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Entre coup d’État scientifique d’Etoudi et alchimie du Sphinx, la mécanique du pouvoir perpétuel

il y a 2 jours
5 min de lecture

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CONSEIL CONSTITUTIONNEL

À peine la dépouille de Clément Atangana avait-elle franchi le seuil de la morgue de l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, ce mercredi 14 octobre 2026, que le grand couperet de l’arbitraire séculaire tombait déjà sur le tarmac de Yaoundé. Par le Décret N°2026/334 du vendredi 16 octobre 2026, Paul Biya a frappé un coup de tonnerre. Deux jours seulement après la mise en bière de celui qui incarna, pendant plus de huit ans, la caricature des arrêts « irrecevable » et « non fondé », le Chef de l’État a propulsé le Magistrat hors hiérarchie Rémy Nama au sommet du Conseil constitutionnel. Dans la même foulée, Abdoulaye Daouda intègre le collège restreint des Sages pour combler le vide laissé par le décès de Bah Oumarou Sanda.


Pour le citoyen ordinaire, bercé par les sonneries du journal de 17 heures du poste national, ce n’est qu'un énième mouvement administratif dans les hautes sphères de l'État. Mais pour l’observateur averti des arcanes du régime de Yaoundé, la rapidité chirurgicale et la facture politique de cette nomination relèvent d'un véritable coup d’éclat. Qui place méthodiquement les pièces du puzzle ? Est-ce la succession politique de fin de règne qui se joue dans l'ombre des couloirs d’Etoudi ? Pourquoi ce choix extérieur qui sonne comme un désaveu retentissant pour les neuf autres membres de l’institution ? L’intérim était pourtant assuré depuis le 7 octobre par le Professeur Paul Nchoji Nkwi, 86 ans, doyen d’âge de la juridiction. Au sein de cet aréopage réputé inviolable siège une pléiade de grands Commis de l'État, d'anciens hauts Magistrats et de Professeurs émérites armés de décennies de pratique jurisprudentielle. Neuf membres subsistaient, tous drapés dans la toge du sacre républicain et la légitimité d'un mandat constitutionnel gravé dans le marbre. Pourtant, le Sphinx du Palais d'Etoudi n'a jeté son dévolu sur aucun d'entre eux. Ni promotion interne, ni reconnaissance de l'ancienneté ou du mérite académique. Ce saut par-dessus la haie est un désaveu d’une brutalité inouïe pour les neuf Sages résiduels. En allant chercher un homme venu directement des services administratifs de la Présidence de la République pour le parachuter à la tête de la plus haute instance juridique du pays, le pouvoir expédie un message d'un cynisme glacial : le collège des membres n’est pas un espace d'émancipation ni de délibération autonome, mais un instrument de sécurisation sous surveillance rapprochée. Choisir l'un des neufs aurait risqué de libérer des velléités d'indépendance, de créer des féodalités internes ou de susciter des jalousies partisanes au milieu des rivalités politiques qui déchirent le sérail. Pour neutraliser toute ambition au sein de la Cour, il fallait imposer un préfet du droit, un exécutant rompu au secret des cabinets présidentiels.

 

L'insider du sérail au goût d’Etoudi

Pourquoi Rémy Nama ? Pour le grand public, le nom est presque anonyme. Mais dans les arcanes de la République administrative, c'est une figure clé. Originaire de la Méfou-et-Akono dans la région du Centre, cet homme discret était jusqu’ici en service au Secrétariat général de la Présidence de la République (SG/PR). Chargé de mission, Conseiller aux affaires juridiques, représentant du Palais au sein des Conseils d'administration stratégiques comme le MATGENIE ou l'APME, Rémy Nama est avant tout l'artisan de la Division des Affaires Judiciaires du Palais. C’est lui qui, dans la pénombre de la tour d'Etoudi, taillait sur mesure les notes confidentielles, blindait la légalité formelle des décisions présidentielles et gérait les dossiers judiciaires et administratifs les plus inflammatoires de la République, du dossier chaud du Port Autonome de Douala aux arbitrages de haute gouvernance. Dans un État où la pérennité du système repose sur la maîtrise absolue de la norme légale, Rémy Nama n’était pas un juriste de prétoire : il était le bouclier juridique de la Présidence. « Lorsque l’État vous choisit, vous servez là où il vous affecte », a-t-il laconiquement déclaré après sa nomination. Cette simple phrase résume tout. L'homme ne monte pas au Conseil constitutionnel pour créer de la jurisprudence ou protéger le citoyen ; il y est envoyé en mission de commandement pour verrouiller la place.

La succession dans l'ombre : Qui pousse les pièces du puzzle ?

On aurait tort d'analyser ce décret comme une décision de routine. Le Conseil constitutionnel n'est pas une Chambre administrative ordinaire : c’est le cœur battant du pouvoir électoral et le juge suprême de la transition politique. C’est cette juridiction qui valide la recevabilité des candidatures à l'élection présidentielle, tranche le contentieux post-électoral, supervise le décompte final et proclame le président élu. Plus grave encore : en cas de vacance du pouvoir ou d'incapacité du Chef de l'État, c'est cette institution qui constate formellement le vide et enclenche l'horlogerie de la transition. Dans la guerre de positionnement féroce que se livrent les clans du sérail pour la succession, le contrôle du Conseil constitutionnel est le centre de gravité politique. Les éminences grises de la Présidence ne pouvaient s'offrir le luxe de laisser la présidence de cette Cour à un Magistrat à la retraite, à un universitaire imprévisible ou à un Sage susceptible de prêter l'oreille aux sirènes d'une faction rivale. En plaçant un technicien de confiance issu de la fabrique des textes du SG/PR, la Présidence sécurise le mécanisme d'homologation des choix du régime. Les pièces du puzzle successoral s’assemblent sous nos yeux : le contrôle des rouages électoraux sur le terrain, le verrouillage du dispositif sécuritaire et, désormais, le tampon constitutionnel confié à l'homme des dossiers secrets d'Etoudi.

L'indépendance en berne : La normale institutionnelle du système

Peut-on valablement parler d'indépendance de la justice quand le Président du Conseil constitutionnel descend les marches du Secrétariat général de la Présidence pour aller revêtir la robe de juge constitutionnel ? La question pose un véritable cas d'école. L'indépendance de Rémy Nama est compromise par la nature même de sa trajectoire. On ne passe pas des décennies à façonner les décisions confidentielles du pouvoir exécutif pour devenir, du jour au lendemain, l'arbitre impartial du droit face aux dérives de ce même pouvoir. Le nouveau patron du Conseil constitutionnel est l'héritier direct de la culture du secret d'État. Sa nomination est le gage qu'aucune mauvaise surprise juridictionnelle ne viendra enrayer la mécanique électorale ou transitionnelle programmée par le sérail. Clément Atangana usait d'une rhétorique classique pour rejeter les recours de l'opposition. Rémy Nama y apportera la rigueur clinique du haut fonctionnaire, la maîtrise parfaite des failles de procédure et une imperméabilité totale aux clameurs politiques de la rue. Mais sur le fond, l'institution demeure plus que jamais le prolongement juridique du Palais. Le peuple camerounais assiste à l'alignement méthodique des pièces de l'échiquier politique. La partie décisive approche, et la Présidence a disposé ses fous et ses tours. Il ne s'agit plus de rendre la justice au nom du peuple, mais de garantir, par le droit, la perpétuation d'un pouvoir qui ne laisse rien au hasard.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions Politiques


 
 
 

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