La crise du golfe et l’urgence des pays producteurs africains de raffiner le pétrole
- Mathieu Nathanael NJOG

- 13 avr.
- 4 min de lecture
ENERGIE
La Chambre africaine de l'énergie rappelle la nécessité stratégique pour les pays africains producteurs de raffiner le pétrole localement afin de réduire la dépendance aux importations coûteuses, stabiliser les prix du carburant et créer de la valeur ajoutée locale. Surtout avec les perturbations de l’approvisionnement sur le marché mondial du fait de la guerre du Golfe.

Avec plus de 600 millions de personnes vivant sans accès à l’électricité, 900 millions de personnes vivant sans accès à des solutions de cuisson propre et une demande africaine en pétrole qui devrait atteindre 4,5 millions de barils par jour d’ici 2050, les acteurs du secteur réunis au Cap en Afrique du Sud du 13 au 17 avril 2026 dans le cadre de l’ARDA Week 2026, le principal rassemblement africain dédié à l'industrie pétrolière, ont lancé un appel en faveur de l’expansion des capacités de raffinage, de la réduction de la dépendance aux importations et de la valorisation accrue des ressources en hydrocarbures du continent. Bien que grand producteur de brut, l’Afrique manque de capacités de traitement, ce qui nécessite des investissements massifs dans les infrastructures. Ils sont estimés à plus de 100 milliards de dollars (environ 50 000 milliards de FCFA) d’investissements dans le raffinage pour répondre à la croissance prévue de la demande. Cela met en évidence une opportunité unique pour les institutions financières étrangères et africaines qui cherchent à mobiliser des capitaux pour des projets à fort impact à travers le continent. Les perturbations de l'approvisionnement mondial provoquées par la guerre du Golfe mettent en évidence la nécessité d'une refonte stratégique des systèmes énergétiques africains.
Remettant au goût du jour la nécessité d'un développement du secteur aval et une refonte stratégique des systèmes énergétiques africains. Réunis à l’ARDA Week 2026, les leaders du secteur ont reconnu que le renforcement des capacités de raffinage de l'Afrique est essentiel pour lutter contre la précarité énergétique, stimuler la croissance industrielle et garantir l'indépendance énergétique à long terme. Dans son discours d’ouverture, le Président Exécutif de la Chambre Africaine de l'Energie, NJ Ayuk, a souligné que l’urgence de mettre en place des systèmes de raffinage et de distribution robustes n’est plus un simple débat politique, mais un impératif économique et social dont l’Afrique doit prendre en charge la réalisation. Plus que jamais, raffiner le pétrole en Afrique est une nécessité stratégique pour réduire la dépendance aux importations coûteuses, stabiliser les prix du carburant et créer de la valeur ajoutée locale. « Construire des raffineries locales permet de limiter l'importation de produits finis, réduisant ainsi la volatilité des prix du carburant et la facture pétrolière ». Il est urgent de changer de paradigme. Passant d’un développement mené par des acteurs étrangers à des investissements pilotés par les africains.

L’Afrique a besoin de 50 000 milliards de FCFA d’investissements dans le raffinage
Il y a plus de 25 ans, c’étaient principalement les entreprises étrangères qui faisaient le gros de ce travail. Aujourd’hui on voit des entrepreneurs africains telles que Dangote et le Sahara Group qui non seulement possèdent des raffineries, mais se positionne aussi comme les champions de l’accès à l’énergie. Cette transition marque un changement structurel plus large dans le paysage énergétique africain, où les entreprises locales mènent de plus en plus le déploiement de capitaux, le développement des infrastructures et l’intégration de la chaîne d’approvisionnement. Malgré ces progrès, le Président de la Chambre Africaine de l’Energie NJ Ayuk a souligné que l’Afrique devait affronter ses « réalités » de front. Car, la précarité énergétique reste très répandue, et y remédier nécessite des politiques concrètes plutôt que des débats idéologiques. « Une grande question pour l’Afrique est de savoir si nous allons embrasser l’innovation, la croissance et la prospérité, ou si nous allons retomber dans une époque où nous nierons les faits et les besoins. Nous devons produire plus d’énergie », a déclaré NJ Ayuk, Président de la Chambre Africaine de l’Energie.
L’expansion des capacités de raffinage est au cœur de cette transformation. Raison pour laquelle l'appel de NJ Ayuk : « Forez, forez ! Raffiner, raffiner encore ! » a ponctué les travaux de ce rassemblement africain dédié à l'industrie pétrolière qui a lieu au CAP en Afrique du Sud. D’où l’unanimité des acteurs du secteur sur l'importance de développer des capacités de traitement locales afin de réduire la dépendance vis-à-vis des carburants importés, de stabiliser l'approvisionnement et de conserver la valeur économique au sein des marchés africains. Ce d’autant plus que le renforcement du raffinage soutient également les efforts d'industrialisation plus larges, en permettant le développement des secteurs pétrochimique, manufacturier et logistique. Cependant, la concrétisation de cette vision nécessite des environnements politiques favorables. Cela implique des mesures incitatives notamment de réduire la fiscalité excessive, de rationaliser les processus réglementaires et de garantir aux entrepreneurs africains l’accès au capital. Mais aussi favoriser la collaboration transfrontalière. A cet effet, il faudrait lever certains obstacles qui freinent le commerce inter-africain de l’énergie et optimiser l’utilisation des infrastructures à l’instar des droits de douane et les formalités douanières. L'écho devrait retentir au Cameroun où l'incendie de la raffinerie de dernière génération de la SONARA a plombé cet élan.
Mathieu Nathanaël NJOG



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