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Le Cameroun veut renforcer la transparence pour faciliter le financement du développement

il y a 1 jour
4 min de lecture

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ISAR 43

Du 30 septembre au 2 octobre 2026, la diplomatie financière du Cameroun s’est illustrée à Genève. Conduisant la délégation nationale au Palais des Nations lors de la 43ᵉ session du Groupe de travail intergouvernemental d’experts des normes internationales de comptabilité et de publication (ISAR), le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a porté une ambition claire : moderniser l’information financière et extra-financière. À l’ère où l'accès aux capitaux mondiaux exige plus que de simples tableaux comptables équilibrés, le Cameroun fait le pari de la clarté. Entre gouvernance d’entreprise, critères environnementaux et intégration progressive du reporting de durabilité dans l’espace OHADA, immersion au cœur d'un enjeu stratégique pour le financement de notre développement.


Au Palais des Nations de Genève, l’atmosphère feutrée des conférences internationales ne masque plus la dureté des enjeux économiques globaux. Du 30 septembre au 02 octobre 2026, la 43ᵉ session du Groupe de Travail Intergouvernemental d’Experts des Normes Internationales de Comptabilité et de Publication (ISAR), sous l’égide de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), n'était pas un simple colloque académique. C’était le théâtre d’une bataille cruciale pour les économies émergentes : celle de la crédibilité. À la tête de la délégation camerounaise, le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a fait valoir une vision offensive. Pour Yaoundé, le constat est sans appel : on ne peut plus prétendre attirer des investissements massifs dans un monde en pleine mutation avec des outils d'évaluation obsolètes. Le paradigme défendu est limpide : « mieux informer pour mieux financer le développement ». Pendant trois jours d'intenses travaux, les experts de la CNUCED et les délégués internationaux se sont penchés sur les nouveaux impératifs du reporting financier et non financier. Au centre des débats : la nécessité pour les États et les entreprises de produire une information saine, traçable et conforme aux standards internationaux. Face aux secousses économiques, la clarté des comptes n'est plus une simple obligation administrative, mais le véritable passeport pour accéder aux flux de capitaux internationaux.

Au-delà des chiffres, la mesure de la soutenabilité

Pendant longtemps, la santé d’une entreprise se mesurait exclusivement à l’aune de ses bilans financiers et de son chiffre d’affaires. Ce temps est révolu. Lors de cette session de l’ISAR, les travaux ont mis en lumière l’impératif d’interconnecter l’information financière avec les données extra-financières. C’est ici qu’interviennent les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). Pour le Cameroun, l'enjeu est capital. Les bailleurs de fonds, les fonds souverains et les investisseurs ne se contentent plus d'analyser le rendement comptable immédiat. Ils exigent désormais une visibilité sur l’impact environnemental des projets, la gestion du capital humain, la protection de la biodiversité et l’éthique de la gouvernance. Le Ministre des Finances a réaffirmé la volonté du Cameroun d'élever la qualité et la fiabilité des informations produites par les entreprises et les administrations publiques. La stratégie repose sur un constat pragmatique : des données ESG fiables et auditables permettent de mieux identifier les risques, de rassurer le marché et de renforcer la confiance des partenaires financiers. En structurant cette transparence, le Cameroun entend transformer ce qui était perçu comme une contrainte en un puissant levier d'attractivité.

Démocratiser la transparence sans étouffer l'économie

Si les grandes entreprises disposent de la ressource nécessaire pour s'adapter rapidement aux normes internationales, le défi s'avère plus complexe pour le tissu économique local. La 43ᵉ session de l'ISAR a consacré une part importante de ses réflexions aux besoins spécifiques des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME) en matière de reporting. Au Cameroun, les MPME constituent l'épine dorsale de l'économie, fournissant la grande majorité des emplois. Cependant, elles buttent fréquemment sur le manque de structuration comptable, ce qui les prive d'un accès direct aux financements durables. La démarche portée par la délégation camerounaise ne vise pas à asphyxier ces structures sous un maquis de normes inaccessibles. L’objectif consiste à mettre en place un cadre gradué, permettant aux MPME d'intégrer progressivement la culture de la transparence. En rendant l'information financière et de durabilité accessible aux MPME, le gouvernement ambitionne de les connecter directement aux chaînes de valeur mondiales et aux opportunités de finance verte.

Des échanges bilatéraux à haute valeur ajoutée

L’action de la délégation camerounaise ne s'est pas limitée aux séances plénières. En marge des travaux, Louis Paul Motaze a mené des entretiens bilatéraux de haut niveau avec des responsables de premier plan de la CNUCED, notamment Pedro Manuel Moreno, Secrétaire général adjoint, et Nan Li Collins, Directrice de la Division de l’investissement et des entreprises. Ces réunions de travail ont permis d'asseoir les bases concrètes de la collaboration future entre l'organisation onusienne et le Cameroun : - Une nouvelle phase d’assistance technique pour renforcer les capacités institutionnelles de l'État. - L’accompagnement d’entreprises pilotes pour l'expérimentation du reporting de durabilité sur le terrain. - La formation des professionnels du chiffre (comptables, auditeurs, régulateurs) aux standards ESG. - Le développement des systèmes de données nationaux pour garantir la vérifiabilité des informations.

L'impératif de la crédibilité

L'un des chantiers majeurs évoqués réside dans la prise en compte progressive du reporting de durabilité au sein du cadre comptable de l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA). Le Cameroun entend jouer un rôle d'avant-garde dans cette mutation. Le droit comptable OHADA doit évoluer pour être non seulement un outil de présentation budgétaire traditionnelle, mais aussi un vecteur de finance responsable. En poussant pour l'intégration de la durabilité dans le référentiel OHADA, le Cameroun anticipe les transformations du marché mondial. L’alignement progressif sur les normes ISAR garantira aux entreprises une lisibilité accrue face aux investisseurs internationaux, évitant ainsi le risque de marginalisation financière face aux nouvelles exigences de la finance globale.  À l'heure du bilan, une réalité s'impose : la bataille du financement ne se gagne plus sur de simples promesses. Dans un contexte international de rareté des capitaux, la confiance est la monnaie la plus précieuse. L’engagement du Cameroun à Genève trace une ligne directrice claire. En faisant le choix de la transparence et des normes ESG, le pays prépare le terrain pour la mobilisation de financements durables, essentiels pour sécuriser les investissements futurs et conduire le développement national avec sérénité.

André Som N.

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