Les Ministres privilégient la concertation approfondie pour relever le défi de la viabilité financière de la Communauté
UEAC
Au terme d’un marathon nocturne en visioconférence sous la présidence de Ludovic Ngatse, le Conseil des Ministres de l'Union Économique de l'Afrique Centrale, lors de sa 46ᵉ Session Ordinaire tenue le 02 octobre 2026, a pris la mesure de la crise financière qui asphyxie les institutions communautaires. Refusant la politique de l'autruche et les faux-semblants budgétaires, les argentiers de la sous-région ont choisi de reporter l'adoption du budget 2027 à une session extraordinaire programmée avant la fin de l'année 2026. L'objectif avoué : exiger des États membres des garanties fermes quant au versement de la Taxe Communautaire d'Intégration et à l'apurement d'arriérés devenus insupportables, tout en entérinant des réformes de gouvernance d'envergure.

Vendredi 2 octobre 2026. Il est 17 heures 40 lorsque les écrans s'allument aux quatre coins de l'Afrique centrale. De Yaoundé à Bangui, de Libreville à N'Djamena, en passant par Malabo et Brazzaville, les Ministres en charge des Finances et de l’Intégration des pays membres de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) répondent à l'appel de leur président en exercice, Monsieur Ludovic Ngatse. Pendant plus de sept heures d'échanges denses, rigoureux et parfois sans concession, les travaux ne s'achevant qu'à 00 heure 50, le Conseil des Ministres de l’Union Économique de l'Afrique Centrale (UEAC) s'est penché sur le devenir financier d'un ensemble régional en quête permanente d'un second souffle. Autour de la table virtuelle, aux côtés des Ministres, la présence marquée des hauts responsables des institutions communautaires témoignait de la gravité de l'heure. Au cœur des débats : le projet de budget de la Communauté pour l'exercice 2027, préalablement ficelé et transmis par le Comité Inter-États. Un exercice comptable qui, d'ordinaire, donne lieu aux cérémonies d'usage, mais qui s'est heurté cette fois au principe de réalité. Face à l'assèchement dramatique des caisses de la Communauté et aux tensions de trésorerie récurrentes qui paralysent le fonctionnement quotidien des organes communautaires, les ministres ont fait le choix du courage politique et de la vérité budgétaire.
TCI et arriérés de contributions, le mal récurrent
C'est un secret de Polichinelle que les observateurs avertis des affaires sous-régionales ne cessent de dénoncer : la mécanique du financement de la CEMAC est grippée depuis plusieurs exercices. Le mécanisme de la Taxe Communautaire d'Intégration (TCI), pourtant conçu comme le pôle de souveraineté financière de l'Union, souffre de dysfonctionnements chroniques au niveau des recouvrements nationaux. Trop souvent perçue aux frontières mais insuffisamment ou irrégulièrement reversée au Trésor communautaire par les administrations financières nationales, la TCI subit de plein fouet les arbitrages budgétaires unilatéraux des États. Il en résulte une accumulation massive d'arriérés de contributions qui asphyxie la Commission de la CEMAC et l'ensemble de ses institutions spécialisées. Prenant acte du rapport sans complaisance du Comité Inter-États, le Conseil des Ministres a unanimement refusé de valider un budget fictif ou fondé sur des recettes hypothétiques. La décision est tombée aux premières heures du samedi : l'adoption du budget 2027 est formellement reportée à une session extraordinaire qui se tiendra impérativement avant la fin de l'année 2026.

Le report stratégique du budget
Ce report, loin d'être un aveu d'impuissance ou un simple glissement de calendrier, s'inscrit dans une démarche stratégique assumée. Il s'agit de mettre à profit l'intervalle de quelques semaines pour engager des consultations approfondies et directes au plus haut niveau de chaque Capitale. L'objectif fixé par le Conseil est clair, net et sans ambiguïté : - Obtenir des gouvernements de la zone CEMAC des engagements fermes et vérifiables quant à l'apurement échelonné de leurs arriérés de contributions. - Définir des modalités concrètes et contraignantes d'exécution garantissant l'autonomisation effective du prélèvement et du reversement automatique de la TCI. Par cet acte fondateur, le Conseil des Ministres a rappelé une vérité cardinale : l'indépendance de la Communauté, la viabilité de son action et sa crédibilité vis-à-vis des partenaires extérieurs reposent avant tout sur la sincérité des prévisions et la régularité des flux financiers nationaux. On ne saurait prôner l'intégration régionale le jour et priver la Communauté de ses moyens de subsistance la nuit.
Rigueur, contrôle et développement sectoriel
Si l'examen du budget a cristallisé l'attention, cette 46ᵉ session ordinaire ne s'est pas résumée à un débat d'apothicaire. Le Conseil a su faire preuve d'un dynamisme certain en entérinant plusieurs réformes structurantes destinées à moderniser la gouvernance globale de l'Union. Au chapitre du contrôle et de la bonne gouvernance, les Ministres ont acté la création du Comité d'audit du Conseil des Ministres. Cet organe de supervision de haut niveau vient combler un vide institutionnel majeur et vise à instaurer une orthodoxie financière stricte, à renforcer la transparence des comptes et à garantir la traçabilité de chaque franc CFA dépensé au nom de la Communauté. Sur le plan du développement économique sectoriel, le Conseil a officiellement adopté le Plan d'Action Stratégique (PAS) 2026-2030 de la CEBEVIRHA (Commission Économique du Bétail, de la Viande et des Ressources Halieutiques). Ce document de cadrage quinquennal se veut un véritable levier opérationnel pour : - Booster la production sous-régionale dans les filières de l'élevage, de la pêche et des industries animales. - Soutenir de manière concrète la politique d'import-substitution décidée au sommet des États pour réduire la facture alimentaire extérieure qui pèse lourdement sur la balance des paiements de la zone.
Le cap des grands projets d'intégration maintenu
L'ordre du jour de cette assise nocturne comportait également la présentation par la Commission de la CEMAC d'une série de dossiers techniques d'une importance capitale pour le quotidien des citoyens de la sous-région. Les Ministres ont ainsi pris acte de l'avancement satisfaisant de l'élaboration du Plan Stratégique 2027-2030 de la Commission (PACTE 2030), qui servira de boussole aux actions communautaires futures, ainsi que du calendrier relatif au basculement progressif des institutions vers la gestion par Budget-Programme à l'horizon 2028. Sur le front des infrastructures et du développement durable, le suivi des grands projets d'intégration s'est taillé une place de choix : - Infrastructures de transport : Point d'étape sur la modernisation du corridor routier et ferroviaire Douala-Bangui, artère vitale pour le désenclavement de la République Centrafricaine et la fluidification du commerce transfrontalier. - Gestion durable des ressources : Évaluation des actions menées dans le cadre du programme forestier régional pour la préservation du Bassin du Congo. - Sécurité sanitaire : Lancement officiel du Programme de Sécurité Sanitaire de la zone, couplé à une analyse minutieuse des mesures de riposte et de prévention contre la menace récurrente du virus Ébola. Enfin, les questions de régulation économique et financière n'ont pas été occultées. Le Conseil s'est penché sur la révision du cadre normatif régissant les professions comptables, le renforcement du mécanisme du Tarif Préférentiel Généralisé pour stimuler les échanges intracommunautaires, et l'intensification de la lutte conjointe contre le fléau des faux médicaments qui endeuille nos populations.
L'appel à la mobilisation de nos ressources propres, un impératif vital
Au moment de prononcer le mot de la fin à 00 heure 50, dans la pénombre des bureaux ministériels interconnectés, le Président du Conseil des Ministres, Monsieur Ludovic Ngatse, a tenu à marquer les esprits par un discours de vérité, teinté d'une gravité appuyée. Dépassant la langue de bois administrative, il a lancé un appel solennel et pressant à la conscience collective des six États membres de la CEMAC. Rappelant avec fermeté que la viabilité des institutions sous-régionales n'est pas une charge virtuelle mais « l'affaire de tous », le Président de session a martelé le sens de la résolution prise par le Conseil :« La mobilisation de nos ressources propres n'est plus une simple option technique, c'est un impératif vital pour garantir l'autonomie de notre communauté et financer les projets que nous venons d'acter. » Le message adressé aux capitales est limpide : la CEMAC ne pourra pas indéfiniment porter de grands desseins d'intégration, construire des corridors, sécuriser ses frontières sanitaires et promouvoir l'industrialisation si la volonté politique ne se traduit pas, au quotidien, par le respect scrupuleux des engagements financiers. Rendez-vous est pris avant la fin de ce dernier trimestre 2026 pour le test de grandeur nature.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions Economiques



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