Le Conseil communautaire pointe de lourdes défaillances dans l’exécution des dépenses et des chantiers
Dernière mise à jour : il y a 3 heures
CUD
Réunis du 15 au 22 octobre 2026 sous la présidence du Maire de la Ville, le Dr Roger Mbassa Ndine, les grands conseillers de la Communauté urbaine de Douala (CUD) ont analysé le rapport d’exécution budgétaire au troisième trimestre 2026. L’examen détaillé des travaux en commissions dresse un constat critique : en dépit d’une hausse brute des recettes recouvrées, l’institution municipale accuse un net retard dans l’engagement de ses dépenses d’investissement, l’exécution des chantiers routiers et la gestion de la salubrité publique.

Si la Commission des Finances note un volume global d'émissions de titres de recettes de 72,56 milliards de FCFA sur un budget définitif de 92,15 milliards de FCFA (soit un taux de réalisation de 78,75 %, en hausse de 16,90 % par rapport à 2025), le bilan comptable fait ressortir d'importants déséquilibres : - Recettes fiscales en attente : Le taux d'exécution des recettes fiscales plafonne à 69,64 %. Le rapport révèle qu'un montant de 15,8 milliards de FCFA recouvrés pour le compte de la CUD demeure en attente de reversement par le Trésor public, faussant la présentation des droits acquis de la collectivité. - Effondrement des crédits d'engagement : Au 30 septembre 2026, les dépenses engagées ne représentent que 41,76 % des autorisations d’engagement, tandis que les dépenses liquidées n'atteignent que 38,79 % des crédits de paiement. Ce niveau est jugé très anormal au regard du temps consommé dans l’année (75 %). - Blocages opérationnels : L'exécutif communautaire attribue ce retard à l'absence de dossiers d'appel d'offres (DAO) et de termes de référence (TDR) lors de l'inscription budgétaire, ainsi qu'aux lourdeurs de la nouvelle plateforme de passation des marchés en ligne du MINMAP. - Apurement poussif de la dette : Seuls 36,29 % des restes à payer de l’exercice 2025 ont été apurés (11,92 milliards de FCFA sur 22,11 milliards), en raison de contraintes de trésorerie et du refus persistant de certains prestataires d'être payés par le Trésor public.
Voiries et grands projets : Retards accumulés et menaces de résiliation
L'examen du réseau routier et des infrastructures fait état de dysfonctionnements récurrents dans la conduite des marchés publics : - Chantiers routiers au point mort : La voirie du village Bonendale est à l'arrêt. Le chantier de Bojongo n'affiche que 40 % d'exécution contre 85 % prévus, plombé par des retards de paiement de décomptes et une contestation foncière. L'entreprise adjudicatrice a réclamé un report de sept mois. - Bâtiments administratifs : La livraison de l'Hôtel de Ville accuse un retard prolongé. Concernant l'immeuble R+8, l'entreprise attributaire fait face à une illiquidité critique, amenant le Maire de la Ville à envisager la résiliation imminente du marché. - Projet de la Cité des Cinquantenaires : Pour combler le besoin de financement de 28 milliards de FCFA nécessaire à l'achèvement du site, la CUD a complété un prêt BDEAC de 14 milliards par un mandat de levée de fonds confié à Afriland First Bank. La CUD récupère la gestion et la vente exclusive des appartements, reléguant la SAD au rang de prestataire. - Blocage des équipements de la Régie des Routes et des Constructions (2RC) : Les engins de la 2RC restent non livrés malgré la disponibilité des fonds à la banque UBA. Face aux rigidités du Code des Marchés Publics, le Maire a engagé un plaidoyer auprès du Premier Ministre pour obtenir un Code spécifique aux Collectivités Territoriales Décentralisées.

Salubrité urbaine et gestion des drains : des résultats insuffisants
Les travaux de la Commission Environnement et la visite de terrain mettent en évidence de fortes défaillances environnementales et sanitaires : - Insatisfaction sur la collecte des ordures : La Direction de l’Environnement et du Cadre de Vie affiche un taux de performance de seulement 60 %. Dans le 4ᵉ arrondissement, les prestations de la société GENELCAM sont jugées très insuffisantes au regard des moyens logistiques déployés. - Urgence sanitaire à Mabamda : Lors de la visite du chantier du drain de Mabamda (exécuté par l'entreprise AGAPE, également en attente de paiement), la Commission a constaté que 80 % des habitations riveraines sont dépourvues de latrines, constituant le principal foyer de maladies diarrhéiques de la ville. - Incapacité d'éviction sur les emprises : Sur le drain BOCOM COGEFAR, malgré la pose des Croix de Saint-André sur les logements occupant illégalement l'emprise du canal et l'alimentant en déchets, aucune démolition n'a été exécutée.
Gouvernance et perspectives pour l'exercice 2027
Sur le plan juridique et institutionnel, le Conseil constate un taux de rejet ou de renvoi élevé par la tutelle : sur huit délibérations votées lors de la session précédente, quatre ont été retournées par l'autorité de tutelle, notamment celle instituant un fonds de garantie de 300 millions de FCFA pour la pré-collecte des ordures, rejetée pour manque de consensus préalable avec les Communes d'Arrondissement. Pour le budget 2027, dont les recettes fiscales reposeront à 92 % sur les recouvrements du Trésor Public et du FEICOM (et 8 % sur les fonds propres), les Commissions ont exigé de l'Exécutif l'abandon des actions ponctuelles au profit d'une programmation par objectifs, assortie d'indicateurs de performance, de calendriers fermes et de tableaux de bord mensuels.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Economiques et de la Décentralisation



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