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Le Maire de la ville remet 21 engins de la dernière chance aux Communes d’Arrondissement de la capitale

il y a 21 heures
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Dernière mise à jour : il y a 4 minutes

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YAOUNDÉ

À trois mois de l’échéance d’un mandat municipal exceptionnellement étiré de cinq à six ans, la Communauté Urbaine de Yaoundé a procédé, ce jeudi 08 octobre 2026, à la rétrocession officielle de 21 engins de génie civil aux sept Communes d’Arrondissement de la capitale. D’un coût global de plus de 2,2 milliards de FCFA financés par la Banque Africaine de Développement (BAD), ce matériel lourd, ambitionne de juguler la crise des inondations, d’aménager des voiries urbaines sécondaires dans un piteux état et d’offrir une bouffée d'oxygène à une cité étouffée sous les immondices. Derrière le faste protocolaire de l’Hôtel de Ville se dessine toutefois une transition douloureuse vers la décentralisation opérationnelle, au moment où la gestion urbaine tangue, tandis qu'à Douala, le dialogue de sourds entre exécutifs d'un même parti continue de paralyser l'action de proximité.


C’est sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville de Yaoundé, sous un ciel chargé des incertitudes de la saison des pluies, que le Maire de la Ville, Luc Messi Atangana, a présidé à 12 heures précises la cérémonie officielle de rétrocession de 21 engins mécaniques rutilants. Financé à coup de milliards via le Fonds Africain de Développement (FAD) dans le cadre du Projet Complémentaire d’Assainissement Pluvial Durable de Yaoundé (PCADY), le lot remis à chacune des sept municipalités d’Arrondissement comprend une niveleuse, une pelle chargeuse et une tractopelle. Sept camions ayant déjà précédé cette dotation, les élus locaux restent désormais dans l’attente des sept compacteurs manuels annoncés sous le sous-traitant UNOPS. Entouré des cadres du MINEPAT et des représentants techniques, notamment Ollame Bekale, Country Program Officer de la BAD, le Maître d’ouvrage n'a pas caché l'enjeu stratégique de la manœuvre. Il s'agit, sur le papier, d’armer les exécutifs de proximité pour le curage assidu des caniveaux, la libération des emprises pluviales et le reprofilage de la voirie secondaire. Une véritable opération de sauvetage pour Yaoundé, la « capitale poubelle » trop souvent prise au piège par la montée des eaux dès la moindre averse tropicale.

L’autonomie municipale au risque du timing et du calendrier politique

Si l’initiative est saluée à sa juste valeur par les populations excédées par l'insalubrité, l'observateur averti de la scène politique nationale ne saurait faire l'économie d'une question gênante : pourquoi avoir attendu l'ultime ligne droite du mandat pour opérer ce transfert d'équipements stratégiques ? Prévue par la loi sur la décentralisation, cette délégation de compétence opérationnelle survient alors que les exécutifs communaux touchent au terme d'un bail de six ans, le mandat initial de cinq ans ayant été prorogé par le pouvoir central. Pour les Maires des Communes d’Arrondissement, à l’instar du Dr Alexandre Thomas Essomba, Maire a.i de Yaoundé IV venu parapher la convention de rétrocession, la satisfaction se teinte inévitablement d’une pointe d’amertume opérationnelle. Recevoir des équipements lourds à quelques semaines de l'échéance électorale s'apparente à une course contre la montre. Les conventions signées encadrent rigoureusement la maintenance et l'usage de ce matériel précieux pour éviter qu'il ne finisse au rebut par défaut de gestion, mais la question des moyens financiers d'exploitation (carburant, techniciens, maintenance lourde) demeure l'équation non résolue du quotidien municipal.


Yaoundé et Douala : deux modèles d'exécutifs locaux, un même maillage partisan

Cette livraison de matériels à Yaoundé met en lumière, par contraste, le marasme institutionnel qui paralyse la métropole économique, Douala. Dans la cité métropolitaine du Wouri, la collaboration entre la Communauté Urbaine de Douala (CUD) et les Communes d'Arrondissement (CAD) vire régulièrement à la foire d'empoigne administrative, pourtant animée par des responsables tous issus de la même chapelle politique, le RDPC au pouvoir. Là où Yaoundé opte pour une rétrocession d'engins en nature adossée à un projet structurant financé par les bailleurs de fonds, Douala s'enfonce dans une méfiance réciproque. Les Maires des Communes d'Arrondissement de Douala dénoncent la tutelle « caporaliste » du Maire de la Ville, exigeant le versement direct de transferts financiers équivalents pour choisir librement leurs investissements sans compte-emploi imposé. De leur côté, les services de la CUD rétorquent que l'attribution directe de matériel comme à Yaoundé constitue la seule garantie contre la dispersion des deniers publics. Dans cet imbroglio de querelles d'écoles et de luttes d'influence au sein du parti de la flamme, seules les Communes d’Arrondissement de Douala II et Douala VI ont accepté la main tendue pour doter leurs services d'engins d'assainissement. À Yaoundé comme à Douala, le constat reste lucide : l'alignement des engins ne suffira pas à effacer des années de déficit d'entretien urbain. Le geste posé le 08 octobre par Luc Messi Atangana trace une voie vers la décentralisation active, mais son succès réel dépendra de la capacité des futurs élus à transformer ce matériel lourd en résultats visibles dans la boue du quotidien des citoyens.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions de Collectiivités Territoriales Décentralisées

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