Le pacte des cités intelligentes de Yaoundé pour combler un déficit structurel estimé à 2,5 millions de logements
Dernière mise à jour : il y a 4 heures
CAMEROUN – ONU HABITAT
Du 6 au 9 septembre 2026, la visite officielle d’Anacláudia Rossbach, Directrice exécutive d’ONU-Habitat, conjuguée au lancement officiel du Plan d’Action National pour le Développement des Villes Intelligentes, a hissé le Cameroun au cœur des grandes manœuvres de la diplomatie urbaine. Entre impératif démographique, urgence du logement et transition numérique, Yaoundé entend jeter les bases architecturales et institutionnelles d’une cité résiliente, inclusive et tournée vers l'avenir.

Dans le théâtre tumultueux des mutations continentales, la ville moderne a cessé d’être un simple alignement de briques et d'asphalte pour devenir le réceptacle des aspirations populaires et le révélateur tragique des fractures sociales. Face au souffle irrésistible d’une urbanisation galopante qui bouscule les schémas traditionnels d'aménagement, le Cameroun vient de graver une étape charnière dans la pierre de son développement territorial. Le mardi 8 septembre 2026 restera sans doute comme l'acte fondateur d'une ambition renouvelée : réenchanter le cadre de vie citadin par l’alchimie du numérique et la rigueur d'une gouvernance méthodiquement repensée. C’est dans une atmosphère empreinte de solennité, mais irriguée par un pragmatisme de combat, que s'est déroulée la cérémonie de lancement du Plan d’Action National pour le Développement des Villes Intelligentes.
Sous la coprésidence éclairée du Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) et du Ministre des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), la rencontre a vu la participation remarquable d'Anacláudia Rossbach, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies et Directrice exécutive d’ONU-Habitat. Autour de cette tribune de haut vol, le gratin des décideurs publics, la fleur de l'ingénierie technologique et les bailleurs de fonds ont scellé une alliance stratégique d'une portée capitale. Loin des incantations convenues et de la rhétorique de circonstance, le projet déploie une clarté doctrinale limpide : armer les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) d’instruments numériques de pointe pour maîtriser le cadastre foncier, fluidifier la circulation urbaine, rationaliser l'assainissement et moderniser le service public local. En associant au cœur du dispositif des géants des télécoms tels qu'Orange, MTN et CAMTEL, tout en adossant la réflexion à l'expertise académique de l'École Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé, l’État du Cameroun signifie sa volonté de sortir des salons de théorie pour entrer de plein pied dans l’arène de la réalité opérationnelle.

Vingt ans de compagnonnage et l'horizon 2027-2030
Le séjour d’Anacláudia Rossbach en terre camerounaise, étalé du 6 au 9 septembre, s'inscrit au cœur d'un compagnonnage historique initié au tournant des années 2000. Troisième figure de proue de cette chancellerie onusienne du logement à fouler le sol national après les passages marquants de Joan Clos en 2016 et de Maimunah Mohd Sharif en 2021, la diplomate a conduit un marathon institutionnel d'une densité rare. Reçue au nom du Chef de l'État Paul Biya par Ferdinand Ngoh Ngoh, Ministre d’État, Secrétaire général de la Présidence de la République, puis accueillie au siège de la Mission de Promotion des Matériaux Locaux (MIPROMALO) et au sein des départements ministériels clés, l'émissaire des Nations Unies a pu prendre la pleine mesure du gouffre infrastructurel. Avec un taux d’urbanisation galopant qui frôle désormais les 60 % et un déficit structurel abyssal chiffré à plus de 2,5 millions de logements, l'équation camerounaise impose un changement d'échelle immédiat.
Pour répondre à cette urgence systémique, la feuille de route prospective définie pour la période 2027-2030 dessine un quadriptyque d'action particulièrement vigoureux : - L'ancrage institutionnel : Ouverture prochaine d'un Bureau National permanent d'ONU-Habitat à Yaoundé pour catalyser l'expertise technique et accélérer la mise en œuvre des projets. - La boussole stratégique : Finalisation et opérationnalisation urgente de la Politique Urbaine Nationale (PUN) afin d'harmoniser le développement des cités. - Le souverainisme matériel : Impulsion d'une véritable production industrielle de matériaux locaux de construction sous l'égide de la MIPROMALO, condition sine qua non pour démocratiser l'accès au logement abordable. - L'innovation territoriale : Déploiement pragmatique de projets pilotes « Smart Cities », pensés pour être intrinsèquement résilients face aux dérèglements climatiques.
À la croisée des exigences sociales et des révolutions technologiques, le Cameroun trace son sillon avec une détermination méthodique. Mais que l'on ne s'y trompe pas : si la féerie des villes intelligentes se noue à coups d'algorithmes complexes et de maillages en fibre optique, son ultime vérité se jugera au pied du mur citoyen. C'est à la lumière de l'eau potable au robinet, des chaussées dégagées et du toit décent offert à chacun des boulevards de Yaoundé aux ruelles de Bamenda ou Kribi que s'évaluera cette ambition. Le cap est fixé, l'écosystème est mobilisé ; il appartient désormais à la rigueur de l'exécution de transformer l'essai.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions Economiques

.jpeg)
Commentaires