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Le REDHAC réarme moralement et financièrement les points focaux des clubs de paix du Cameroun

il y a 1 jour
4 min de lecture

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RENCONTRE

Face aux crises sécuritaires et aux fragilités communautaires qui secouent le Cameroun, la paix ne se décrète pas du haut d'un bureau : elle se bâtit patiemment à la base. Réunis au siège du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC), cinq clubs de paix venus des zones de vives tensions ont croisé leurs trajectoires. Entre retours d'expérience poignants, exposition de savoir-faire artisanaux et remises d'appuis aux activités génératrices de revenus, cette session stratégique a jeté les bases d'une autonomisation financière indispensable à la pérennité de leur engagement citoyen.


Au siège du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC), l’atmosphère n’était ni à la litanie des doléances stérile, ni à la théorisation déconnectée des réalités du terrain. En réunissant les délégués de cinq clubs de paix venus des régions de l’Extrême-Nord, de l’Est, de l’Ouest et du Sud-Ouest (Maroua, Bertoua, Bandjoun, Mutengene et Buea), l’organisation panafricaine a voulu marquer un temps d’arrêt stratégique. Face aux secousses multiformes qui ébranlent le tissu social camerounais, de la crise anglophone aux menaces de Boko Haram, en passant par les déplacés de la RCA, ou encore les étincelles des processus électoraux, l’urgence est plus que jamais au réarmement de la base. Sur la trentaine de structures communautaires essaimées à travers le territoire national sous la houlette du REDHAC, ces cinq clubs sélectionnés incarnent des laboratoires vivants de la cohésion sociale. Mais pour que la paix ne demeure pas un vœu pieux, encore faut-il que ses artisans au quotidien disposent des outils conceptuels et matériels pour tenir la distance.

Un miroir sans complaisance sur les réalités du terrain

Loin des grands discours feutrés, l’atelier s’est affirmé d’emblée comme un espace de vérité et de partage d’expériences brutes. Tour à tour, sous la facilitation méthodologique de l’équipe d'experts conduite par Marcel Mani Epée, Responsable des Programmes au REDHAC et Ngum Funiba, Coordonnatrice du réseau des club de paix du REDHAC, les représentants des clubs ont dressé le bilan de leurs initiatives. Et le catalogue des actions menées force le respect : Encadrement et réinsertion socioprofessionnelle de filles et femmes victimes de violences basées sur le genre, formation aux métiers de l’artisanat (couture, peinture, sculpture), sensibilisation contre la toxicomanie en milieu jeune, création de clubs relais dans les lycées ou encore promotion du dialogue intercommunautaire. Sur le plan économique, plusieurs groupes ont déjà franchi le pas de la souveraineté locale à travers l'agriculture vivrière, l'élevage ou la fabrication d'engrais biologiques. Mais cette vitalité cache des fêlures organisationnelles que les participants n’ont pas hésité à mettre à nu. Entre la baisse d'engagement de certains membres exigeant des motivations financières immédiates, la difficulté à lever des fonds locaux et la défiance de certaines autorités administratives ou traditionnelles, le chemin est semé d’embûches. Plus édifiant encore : la réticence de certains chefs d’établissements scolaires, guidés par des appétits pécuniaires, ou encore l'exigence informelle de « frais de carburant » par des responsables locaux pour honorer de leur présence les activités de paix. À cela s'ajoute un déficit criant de visibilité et d'outils de marketing social à l'ère du numérique.


De la culture de la paix à l'émancipation économique

C’est précisément pour briser ce cercle vicieux de la dépendance et de l’épuisement institutionnel que la rencontre a articulé ses travaux autour de deux axes indissociables : le leadership participatif et l’entrepreneuriat communautaire. Facilitée avec rigueur par l'équipe d'encadrement, la phase technique a doté les responsables associatifs de compétences pratiques en planification stratégique, tenue de caisse, mécanismes de redevabilité et gouvernance interne. L’objectif affiché par le REDHAC est limpide : faire de l’Activité Génératrice de Revenus (AGR) non pas un simple supplément d’âme, mais le véritable moteur de l’autonomie opérationnelle des clubs. Savoir monter un mini-plan d’affaires, distinguer rigoureusement les caisses de l’organisation des poches des membres, et réinvestir une quote-part des bénéfices dans des actions d’intérêt général constitue désormais la feuille de route imposée pour pérenniser l’action citoyenne. La concrétisation de cette vision s’est traduite par la remise solennelle d'un appui financier direct aux cinq clubs de paix participants. Un capital d’amorçage conçu comme un levier pour consolider leurs projets économiques respectifs et financer la recherche de nouveaux débouchés.

L'ingéniosité locale sous le feu des projecteurs

Le temps fort de cette journée d'échanges aura été sans conteste l'exposition-vente organisée dans les locaux du REDHAC. Une vitrine colorée et vivante démontrant avec force que la consolidation de la paix passe aussi par le savoir-faire manuel et la valeur du travail communautaire. Produits maraîchers, articles d'artisanat d'art, vêtements issus des ateliers de couture associative : les délégués de Maroua, Buea, Bertoua ou Bandjoun ont donné à voir le visage d'une jeunesse résiliente qui refuse la fatalité des armes et de la misère. En clôturant les travaux, la direction du REDHAC a réitéré son engagement indéfectible aux côtés de ces « sentinelles » des droits humains. En quittant Douala, les représentants des cinq clubs repartent non seulement avec des outils de gestion rénovés et des moyens financiers renforcés, mais surtout avec la conviction renouvelée que la paix durable au Cameroun se construira par des communautés autonomes, dignes et économiquement debout.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions de Droits Humains et de Politiques Publiques

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