Les leçons de maturité des lauréats 2026 face au naufrage managérial des Communes du Wouri
AWARDS DES COMMUNES MODÈLES 2026
En attribuant 50 millions de FCFA à chacune des dix Collectivités Territoriales Décentralisées lauréates de la 2e édition des Awards des Communes Modèles, le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) consacre l'exigence de performance dans la gestion du BIP en passant un message fort : l’argent public transféré aux communes n’a de sens que s’il se transforme en écoles, en pistes rurales ou en Centres de santé. Entre défi sécuritaire, rigueur budgétaire et impératif de décentralisation, immersion dans une cérémonie qui pose les jalons d'une gouvernance locale axée sur le développement réel. Mais au-delà de la célébration des lauréats, le palmarès 2026 sonne comme un désaveu cinglant pour les communes du Wouri : malgré des budgets colossaux, les exécutifs de Douala restent dramatiquement à côté de la plaque.

À Yaoundé, la grande salle des cérémonies a retenti, ce 22 septembre 2026, des échos d'une ambition renouvelée pour le développement à la base. Sous la présidence éclairée d'Alamine Ousmane Mey, Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), la deuxième édition des « Awards des Communes Modèles dans la réalisation des Projets d’Investissement Public » a récompensé dix municipalités d'exception. Enveloppe globale injectée : 500 millions de FCFA, soit 50 millions de FCFA attribués sans marchander à chaque commune lauréate représentant l'une des dix Régions du Cameroun. Mais au-delà des chèques symboliques et des ors de la République, le véritable enjeu de cet événement réside dans le paradigme qu'il promeut : en finir définitivement avec la simple consommation passive des lignes budgétaires pour imposer la performance comme unique étalon de mesure. Pendant trop longtemps, la gestion du Budget d'Investissement Public (BIP) au niveau local s'est empêtrée dans le formalisme comptable : crédits engagés, lignes décaissées, rapports administratifs validés. Pourtant, sur le terrain, l'impact restait trop souvent invisible pour le citoyen lambda. C'est précisément cette distorsion qu'Alamine Ousmane Mey a tenue à dénoncer et à corriger à travers son allocution de circonstance. « La Commune est l’échelon de proximité par excellence », a rappelé avec force le MINEPAT, martelant que c'est au niveau local que l'action de l'État rencontre sans filtre les aspirations directes des populations.
Un palmarès représentatif de toute la diversité nationale
Refusant la langue de bois administrative, le ministre a posé un diagnostic lucide et exigeant : « Un crédit transféré n’est pas encore du développement. Il le devient lorsqu’il est effectivement transformé en une réalisation utile, accessible et durable au bénéfice des populations. » Le message aux magistrats municipaux est clair : une ligne budgétaire n'a pas vocation à nourrir la bureaucratie, elle doit devenir une salle de classe pour les enfants du village, une adduction d'eau potable pour limiter les maladies hydriques, un centre de santé équipé ou une route carrossable facilitant l'évacuation des produits agricoles vers les marchés. Pour cette édition 2026, l'évaluation n'a laissé aucune place au hasard ni au complaisant copinage. Le jury s'est appuyé sur quatre critères drastiques : la qualité de la maturation des projets, la célérité et la transparence de la contractualisation, la rigueur dans l'exécution physique et financière, et enfin l'efficacité du suivi-évaluation. Au terme de ce crible impitoyable, dix communes ont tiré leur épingle du jeu, illustrant le dynamisme de chaque coin de la République : - Ngaoundéré III (Adamaoua) ; - Kobdombo (Centre) ; - Nguelebok (Est) ; - Petté (Extrême-Nord) ; - Loum (Littoral) ; - Touroua (Nord) ; - Nkambé (Nord-Ouest) ; - Pété-Bandjoun (Ouest) ; - Zoétélé (Sud) ; - Idabato (Sud-Ouest). Chacune de ces collectivités ramène chez elle la coquette somme de 50 millions de FCFA, un bonus précieux destiné à alimenter directement les futurs projets d'investissement au profit de leurs administrés.
Le paradoxe du Littoral : la leçon d'humilité de Loum aux géants de Douala
Si la consécration de la Commune de Loum dans le Littoral vient récompenser une rigueur managériale exemplaire au niveau départemental, elle met en lumière, par contraste, un bien cruel paradoxe. Comment expliquera-t-on que, dans une région concentrant l'essentiel de la richesse industrielle et commerciale du pays, ce soit une municipalité de l'arrière-pays agricole qui décroche le palme de l'efficacité budgétaire, laissant les métropoles urbaines sur le carreau ? Le cas de la ville de Douala, avec ses six communes d'arrondissement et sa Communauté urbaine, interpelle au plus haut point. Véritable poumon économique du Cameroun, la capitale économique brasse des dizaines de milliards de FCFA de budget global et absorbe chaque année d'importants transferts du BIP. Pourtant, lorsqu'il s'agit de satisfaire aux critères de maturation des projets, de contractualisation à temps et de livraison d'ouvrages durables, la mégapole semble littéralement « à côté de la plaque ». Entre chantiers abandonnés ou interminables, voiries dégradées au premier coup de pluie, drains d'évacuation sous-dimensionnés et dysfonctionnements structurels dans la passation des marchés, l'investissement public à Douala souffre d'un manque d'efficacité chronique. La surbureaucratisation et les querelles d'attribution intercommunales l'emportent trop souvent sur la culture du résultat direct pour le citoyen. La distinction accordée à Loum sonne donc comme une gifle salutaire : la performance n'est pas une question de volume budgétaire, mais de volonté politique, de rigueur technique et d'intégrité managériale.

La leçon de courage des zones à défis sécuritaires
S'il est un point qui a particulièrement retenu l'attention des observateurs et suscité une vive émotion lors de la cérémonie, c'est bien la distinction accordée aux communes d'Idabato, de Nkambé et de Petté. Situées dans des zones frontalières ou sujettes à des contraintes sécuritaires majeures, ces municipalités auraient pu trouver dans le contexte hostile une excuse commode à l'inertie ou au retard d'exécution. Il n'en a rien été. Le Ministre Alamine Ousmane Mey a tenu à saluer la résilience exceptionnelle et le patriotisme de ces exécutifs communaux qui ont su maintenir la continuité du service public, braver l'adversité et livrer des infrastructures de qualité dans les délais impartis. Leur succès démontre que là où existent la volonté politique, la rigueur de gestion et l'implication des populations locales, les obstacles sécuritaires ne sauraient bloquer indéfiniment la marche vers le développement. Présentant l'architecture méthodologique ayant présidé à la sélection des lauréats, Arnault Christian EMINI, Directeur Général de l'Économie et de la Programmation des Investissements Publics (DGEPIP), a résumé la philosophie sous-jacente des Awards en quatre verbes cardinaux : « Mesurer, reconnaître, partager, progresser. » Cette démarche marque un tournant dans la pédagogie de la décentralisation au Cameroun. Il ne s'agit pas seulement de sanctionner les retards ou de stigmatiser les mauvais élèves, mais de repérer les « best practices » (bonnes pratiques), de les mettre en lumière et de transformer les municipalités primées en véritables pôles d'apprentissage pour leurs paires. Les lauréats de cette année deviennent ainsi des ambassadeurs de la bonne gouvernance locale, appelés à essaimer leur savoir-faire en matière de préparation, de passation des marchés et de suivi de chantier.
Un saut quantitatif et qualitatif vers la matérialisation de la décentralisation
Le passage de cinq (5) Communes distinguées lors de la première édition en 2025 (portant sur l'exercice 2024) à 10 communes en 2026 (pour l'exercice 2025) témoigne d'une montée en puissance de l'initiative. En doublant le nombre de lauréats et en portant l'enveloppe globale à un demi-billion de francs CFA, le MINEPAT démontre sa volonté d'institutionnaliser la culture du résultat au sein des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Alors que le processus de décentralisation entre dans une phase cruciale de transfert effectif des compétences et de ressources substantielles, la question de la qualité de la dépense locale devient existentielle. Les Awards des Communes Modèles apportent une réponse concrète : prouver que la gestion de proximité, lorsqu'elle est exercée avec probité, méthode et transparence, constitue le levier le plus puissant pour l'amélioration durable des conditions de vie des citoyens camerounais. Il reste désormais à espérer que le signal envoyé depuis Yaoundé résonnera dans l'ensemble des 374 communes du Pays. Car la compétition de 2027 est déjà lancée, et la barre de l'exigence, elle, ne cessera d'être revue à la hausse.
André Som N.
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