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Les édiles de l’AMVC étaient à l’hémicycle pour solliciter le déblocage des leviers du développement

il y a 2 jours
4 min de lecture

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DÉCENTRALISATION ET FISCALITÉ LOCALE

Sous la conduite de leur Président, Roger Mbassa Ndine, une délégation des Maires de villes du Cameroun a été reçue avec les honneurs solennels par le Président de l’Assemblée Nationale, le Très Honorable Théodore Datouo. Au cœur de ce plaidoyer inédit dans la salle Marigoh Mboua : l'asphyxie financière des grands centres urbains, l'urgence de réformer la fiscalité locale et l'exigence d'un calendrier parlementaire en adéquation avec la volonté de décentralisation portée par le Chef de l'État.


Au Palais de Verre de Ngoa-Ekelle, les travées de la salle des Commissions Marigoh Mboua ont abrité, le jeudi 29 octobre 2026, un moment charnière pour l'architecture institutionnelle camerounaise. Pour la première fois depuis l'accession au perchoir du Très Honorable Théodore Datouo, les Magistrats municipaux des plus grandes agglomérations du pays, unis au sein de l'Association des Maires de Villes du Cameroun (AMVC), ont franchi les portes de la représentation nationale. Un corps-à-corps démocratique et républicain entre le pouvoir législatif et les exécutifs municipaux, ces « Gouverneurs du quotidien » placés en première ligne du développement local. À la tête de cet état-major d'édiles bâtisseurs, Roger Mbassa Ndine, Maire de la Ville de Douala et Président de l'AMVC. Autour de lui, un prétoire impressionnant par sa représentativité géographique et politique : Luc Messi Atangana pour la capitale Yaoundé, le Commandant Roger Tafam pour Bafoussam, Goura Beladji pour la métropole septentrionale de Garoua, et Paul Efome Ngale pour la cité balnéaire de Limbe. Ensemble, portant la voix des 14 Maires de villes du pays, ils sont venus délivrer un message dénué de langue de bois : le moteur de la décentralisation tourne à plein régime sur le plan normatif, mais ses rouages financiers s'enrayent dangereusement sur le terrain.

L'urgence d'une refonte fiscale

Si la rencontre revêtait une dimension protocolaire évidente, l'AMVC tenant à formuler ses félicitations chaleureuses au nouveau Président de la Chambre basse, le fond des débats s'est rapidement imposé avec la gravité des grands enjeux nationaux. Les Magistrats municipaux ont mis en lumière un paradoxe désormais insoutenable pour les finances communales : le décalage abyssal entre le transfert continu de nouvelles compétences par l'État central et la rareté des ressources mobilisables. « Comment développer nos villes si nous n'avons pas les moyens de notre politique ? Comment créer des emplois et moderniser les infrastructures urbaines si la fiscalité locale reste asphyxiée par des carcans juridiques obsolètes ? » Cette interrogation, formulée en filigrane par Roger Mbassa Ndine, résume le cri du cœur de l'ensemble des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Les Maires de villes ont pointé du doigt les lourdeurs administratives, les blocages dans le recouvrement des taxes locales et les contraintes qui brident leur autonomie financière. Loin d'une simple démarche de revendication sectorielle, l'AMVC a posé le diagnostic d'un système qui exige des réponses législatives fortes, concrètes et urgentes. La fiscalité locale, levier essentiel pour financer la salubrité publique, la voirie et la création d'emplois pour la jeunesse, nécessite une remise à plat que seul le Parlement peut consacrer par la loi.


Des modèles régionaux au service de la cause commune

L'un des faits marquants de ce conclave aura été la démonstration d'une solidarité sans faille entre métropoles, nourrissant le plaidoyer d'expériences concrètes et innovantes. Dans le Grand-Nord, la vision portée à Garoua par le Maire Goura Beladji illustre parfaitement cette quête d'efficience malgré les contraintes. En faisant reposer sa gouvernance sur des débats d'orientation budgétaire participatifs, la pérennisation de l'opération « Jeudi Propre », la modernisation du marché reconstruit et la prise en compte socio-économique des vendeuses Mbororo, Garoua prouve que l'attractivité territoriale exige des coudées franches et une ingénierie financière solide. À l'Ouest, l'exemple de Bafoussam, sous l'impulsion du Commandant Roger Tafam, a également enrichi la réflexion solennelle. Sa démarche axée sur la digitalisation de la gestion des marchés, la transparence dans la collecte des recettes municipales et la modernisation du cadre de vie démontre que la rigueur locale porte ses fruits, mais qu'elle se heurte inévitablement au plafond de verre des textes fiscaux actuels. Ce croisement de réussites locales, qui prolonge les travaux de la 7ᵉ Assemblée Générale de l’AMVC tenue en juin dernier à Bafoussam autour du thème « Du diagnostic à l'attractivité : valoriser le capital local pour un développement économique local performant », est venu rappeler au Bureau de l'Assemblée Nationale que les solutions existent déjà sur le terrain. Elles n'attendent plus qu'un cadre légal rénové.

 

Vers une alliance législative et municipale

Face à ce réquisitoire rigoureux mais profondément constructif, le Très Honorable Théodore Datouo a fait preuve d'une écoute particulièrement attentive. Entouré de ses plus proches collaborateurs, le Président de l'Assemblée Nationale a tenu à saluer le civisme et le sens du patriotisme des édiles. Rappelant avec force que la décentralisation constitue une priorité absolue et irréversible du Chef de l'État, Paul Biya, le patron de la Chambre basse a indiqué la voie à suivre. Il a souligné l'importance cruciale d'une synergie accrue entre l'Assemblée Nationale et le Sénat afin que les doléances relatives à la fiscalité locale et au transfert des ressources soient inscrites avec la priorité requise dans l'agenda législatif. Surtout que le Senat, la plus haute instance de représentativité des CTD ne cesse de raffermir cette synergie avec l’organisation de la Journée Annuelle de Rencontre et d’Échanges entre le Sénat et les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). La 2ᵉ édition s’est tenue en juillet dernier sur le thème, ronflant à souhait et programmatique à volonté : « Les rapports de collaboration entre les Régions, les Communautés Urbaines et les Communes : état des lieux et synergies possibles ». L'audience du 29 octobre s'inscrit ainsi comme l'acte fondateur d'un second canal de dialogue permanent et direct entre le pouvoir législatif et les exécutifs municipaux. En sortant de la salle Marigoh Mboua, la délégation de l'AMVC n'a pas seulement réaffirmé son rôle d'acteur de premier plan du progrès social ; elle a posé les jalons d'un nouveau contrat républicain où la loi viendra enfin donner aux villes les moyens de leurs ambitions. Les observateurs avertis y voient un retard dans la démarche et considère la démarche comme la pose des jalons pour les exécutifs issus des prochaines élections annoncées en 2027. Ils n’y voient pas la reconduction de plus de 30% des exécutifs sortants. Surtout que le reflet de leur cité respectif renvoie pour la plupart un échec cuisant.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Economiques et de Décentralisation


 
 
 

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