top of page

Ndoh Ida Pih plaide pour un engagement de la diaspora centré sur la confiance et la sécurité au Cameroun

5 oct.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 oct.

​

DEFIS TRANSNATIONAUX

À l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), la chercheuse Ndoh Ida Pih a soutenu avec brio un mémoire de Master II novateur sous la co-tutelle académique de l’ICESCO. En disséquant la stratégie d’engagement de la diaspora portée par l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) et le Gouvernement camerounais, l'étude portant sur la spécialisation en sécurité internationale  jette une lumière crue sur un impératif géopolitique majeur : pour transformer son pôle transnational en levier de développement sans alimenter les tensions sécuritaires, le Cameroun doit impérativement reconstruire la confiance institutionnelle.


À mesure que la mobilité humaine s’impose comme une constante structurante des relations À mesure que la mobilité humaine s’impose comme une constante structurante des relations internationales contemporaines, les États se trouvent confrontés à un défi majeur : les flux migratoires ne se décrètent ni ne s’annulent d'un trait de plume ; ils se gouvernent. Dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques accrues, des mutations démographiques et des crises socio-économiques, la gestion des diasporas a cessé d'être un simple sujet consulaire pour devenir une matrice essentielle de la diplomatie et de la sécurité internationale. C’est dans ce sillon scientifique et stratégique que s’inscrit la soutenance de Master II effectuée le 29 septembre 2026 à l’IRIC par Mlle Ndoh Ida Pih, dans le cadre du programme ICESCO en Diversité Culturelle, Développement, Paix et Sécurité Internationale. Sous l'intitulé de sa thèse, « Le rôle de l'Organisation internationale pour les migrations dans la réintégration de la diaspora et la sécurité internationale au Cameroun », la chercheuse a porté sur le devant de la scène académique une problématique cruciale : comment le Cameroun peut-il remobiliser sa diaspora tout en neutralisant les risques sécuritaires transnationaux ? Le point de départ de cette réflexion s’enracine dans la décision prise en mars 2025 par le Ministère des Relations Extérieures (MINREX), en partenariat avec l’OIM, d'impulser le Projet de Stratégie Nationale d’Engagement de la Diaspora. Officiellement socio-économique, cette initiative vise la cartographie des compétences, le renforcement des capacités institutionnelles et le ciblage des investissements. Mais la thèse de Ndoh Ida Pih démontre fort justement que les retombées de cette dynamique dépassent le cadre comptable : en structurant le dialogue et le sentiment d'appartenance, elle touche directement aux mécanismes de la sécurité nationale et internationale..

Du prisme économique au défi sécuritaire

Pendant longtemps, le discours public au Cameroun a appréhendé la diaspora sous l'angle quasi exclusif des transferts de fonds (remittances), estimés par l'étude à environ 652 milliards de FCFA pour la seule année 2024. Or, réduire les ressortissants de l'étranger à un guichet automatique bancaire constitue une erreur d'analyse fondamentale. La diaspora est une communauté vivante, traversée par des passions politiques, des revendications identitaires, mais aussi par des déceptions accumulées. Mlle Ndoh Ida Pih met ainsi en relief ce qu'on peut appeler la « chaîne confiance-frustration-sécurité ». Le raisonnement s'avère d'une limpidité stimulante : un engagement institutionnel faible génère de la méfiance. Cette méfiance, lorsqu'elle ne trouve aucun canal institutionnel de résolution des griefs, se mue en frustration. Et dans les franges les plus radicalisées ou désillusionnées, cette frustration crée un terreau fertile pour des mobilisations hostiles, des discours de haine numériques ou des financements parallèles d'activités déstabilisatrices. L’analyse couverte entre 2016 (début de la crise anglophone et intensification de l'activisme transnational) et 2025 (lancement effectif de la stratégie de l'OIM) met en garde contre deux écueils. Il ne s'agit ni de criminaliser l'ensemble de la diaspora camerounaise dont l'immense majorité agit dans le respect des lois et le souci du développement familial, ni de fermer les yeux sur les phénomènes transnationaux complexes : cyber-activisme haineux, manifestations hostiles contre les représentations diplomatiques ou flux financiers à haut risque sécuritaire.

Gouvernance et réintégration : Les vérités du terrain

S'appuyant sur une méthodologie qualitative solide à travers des entretiens semi-directifs menés auprès des cadres du MINREX, des responsables de l'OIM et des figures de la diaspora, le travail de Ndoh Ida Pih livre une cartographie nuancée des avancées et des pesanteurs. L'un des enseignements majeurs de l'étude réside dans la séparation explicite entre l'attachement à la patrie et la confiance envers les institutions publiques. Un Camerounais de la diaspora peut nourrir un amour indéfectible pour son pays d'origine, bâtir des écoles dans son village natal et transférer des fonds à ses proches, tout en se montrant très critique envers la bureaucratie centrale. Pour les décideurs politiques, comprendre ce distinguo est crucial : la critique institutionnelle ne signifie pas la rupture avec la nation. Sur le plan opérationnel, l'OIM agit comme un facilitateur technique et non comme un acteur de sécurité. À travers des mécanismes de coordination interministérielle, à l'instar de la réunion de la Task Force tenue au siège de l'OIM à Yaoundé en mai 2026, l'organisation aide l'État camerounais à construire des cadres formels de concertation. Toutefois, ces efforts techniques se heurtent encore à des contraintes administratives, aux tracasseries foncières et au manque de mécanismes fluides de traitement des doléances.

Pour un partenariat durable : Recommandations pour l'avenir

À l'issue de cette présentation académique de haut vol devant un jury attentif, Ndoh Ida Pih formule une série de recommandations pragmatiques. Le Cameroun doit opérer un glissement sémantique et stratégique : passer de l'idée de « mobilisation » de sa diaspora à celle d'un « partenariat stratégique ». Pour y parvenir, plusieurs chantiers prioritaires s’imposent : - Institutionnaliser un dialogue permanent doté de mécanismes transparents de résolution des griefs afin de désamorcer les frustrations avant qu'elles ne prennent une tournure sécuritaire. - Garantir la sécurité des investissements en simplifiant les procédures administratives, fiscales et foncières pour les Camerounais de l'étranger. - Dépolitiser la gestion des flux financiers, en instaurant une transparence financière qui protège les transferts légitimes tout en luttant contre les réseaux illicites. - Intégrer les compétences et le capital intellectuel, en valorisant le transfert de connaissances et l'expertise technique au-delà des seuls apports financiers. En définitive, la thèse de Ndoh Ida Pih rappelle une vérité fondamentale : la diaspora camerounaise ne constitue pas une menace sécuritaire par nature, mais un partenaire incontournable pour l'avenir de la nation. En bâtissant des ponts fondés sur la confiance, la dignité et la participation inclusive, Yaoundé peut transformer son pôle transnational en un bouclier de stabilité et un moteur de prospérité durable.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions de Politiques Internationales

​

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Facebook
  • Twitter
WhatsApp Image 2023-07-27 at 17.40.26 (1).jpeg
bottom of page