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Quand l’approvisionnement en eau potable apprend enfin à parler le langage des nouvelles solutions digitales


CAMWATER

Par la grâce d’un conclave de cinq jours réunis au Complexe MUNDI de Yaoundé sous la férule de son Directeur Général, Blaise Moussa, la Cameroon Water Utilities Corporation tente le tout pour le tout : refondre son infrastructure d’information commerciale et enterrer les méthodes d'un autre âge. Sous la bannière unifiée de l’application « WATERIS », huit solutions applicatives du relevé de compteur à la finance consolidée cherchent leur harmonie. Analyse d'une mue technologique à l'épreuve du sous-sol et des usages.


Au Complexe MUNDI de Yaoundé, la tiédeur de l’air d’août n’assoupit pas la ferveur des grands jours. Il y a dans les travées ce mélange singulier de solennité managériale et d’urgence opérationnelle que connaissent bien les grandes administrations lorsqu’elles prennent soudain la mesure de leur retard technologique. Ce lundi 10 août 2026, la Cameroon Water Utilities Corporation (CAMWATER) ne lance pas simplement un atelier de formation de plus ; elle abat son va-tout dans la guerre contre le papier, l’approximation et la déperdition des recettes. L’exercice a un nom, presque savant : l’Atelier de mise en cohérence intégrative des nouvelles solutions digitales et de renforcement de capacités. Derrière la pompe de l’intitulé se cache une réalité triviale mais vitale. Il s'agit d'arracher l’entreprise d’État aux archaïsmes des procédés manuels, aux registres écornés, aux erreurs de saisie à la chaîne et au calvaire des dépendances matérielles obsolètes qui ont trop longtemps empoisonné les relations entre le consommateur camerounais et son fournisseur d’eau potable. Aux commandes de ce navire en pleine manœuvre, le Directeur Général, Blaise Moussa. Le verbe précis, l'œil fixé sur les indicateurs de performance, le patron de la CAMWATER est venu donner un signal clair aux Cadres dirigeants, Chefs d'Agences, Relais internes et Partenaires techniques réunis pour harmoniser, tester et valider l'interconnexion des huit briques digitales appelées à moderniser en profondeur les prestations de la CAMWATER. L'heure n'est plus à la juxtaposition de bricolages logiciels, mais à l'intégration organique.

 

L’écosystème WATERIS : l’architecture de la dernière chance

Pendant longtemps, le drame des grandes entreprises publiques africaines aura été le silotage. L’informatique y pénétrait par effraction, au gré des opportunités, laissant chaque direction piloter son propre logiciel fermé, incapable de communiquer avec celui du voisin. C’est précisément cette fragmentation mortifère que l’écosystème WATERIS by CAMWATER entend balayer. L’ambition affichée tient en une formule : huit briques, une seule bannière. La colonne vertébrale du dispositif s'appelle WATERIS-COMMERCIAL, véritable tour de contrôle assurant le suivi des abonnés, la contractualisation, la facturation et le traitement des réclamations. Autour d'elle gravite une constellation d’outils spécialisés : WATERIS-METER, l’application mobile confiée aux agents de terrain pour la télérelève des index de consommation ; WATERIS-STOCK, garant de la gestion des matériels et condition sine qua non pour résorber les délais interminables de raccordement ; ou encore WATERIS-PAY, la passerelle conçue pour fluidifier le paiement électronique via les opérateurs de mobile money. Pour que l’argent collecté au guichet virtuel ne s’évapore pas dans les méandres de la bureaucratie, WATERIS-INTEGRATION assure la synchronisation comptable en temps réel. La gouvernance interne est quant à elle confiée à WATERIS-GEC (pour la dématérialisation des courriers) et WATERIS-MAIL, tandis que WATERIS-DASHBOARD promet de remonter, jusqu'au bureau du Directeur Général, la radiographie financière et commerciale de l’entreprise minute par minute. Huit briques, une seule bannière. C'est tout l'objet de cet atelier : faire en sorte qu'elles fonctionnent comme un ensemble et non comme huit outils juxtaposés.

 

L'épreuve du terrain et le choc des cultures

Il ne suffit pas de baptiser des logiciels pour transformer une culture d'entreprise. Les organisateurs de cette grande messe du numérique l'ont bien compris, imposant un calendrier méthodique où la théorie s'efface rapidement devant la démonstration pratique. Du balisage initial du lundi au feu d'artifice méthodologique du jeudi où la chaîne complète, du premier tuyau posé en magasin jusqu’au paiement de la facture finale, a été simulée en direct. L’atelier fonctionne comme un laboratoire d’acclimatation. Car l’enjeu de cette semaine réside dans l’affrontement pacifique mais exigeant entre deux mondes : la piste technique, articulée autour de la migration des données, du paramétrage des systèmes et de la cybersécurité, en passant par la piste métier, qui touche au quotidien brut de l’agent d’Agence confronté à la réalité des usagers. Une méthodologie axée sur le renforcement de capacités et la pratique. Une innovation accompagne l'ensemble de cette formation : tous les supports sont transmis par courrier électronique aux participants à l'issue de chaque session. Cette capacitation s'appuie également sur l'expertise des partenaires techniques du projet (OFFIXPRESS, MAVIANCE, YOOMEE, AFREETECH, ITGSTORE, GREENTECH) ainsi que sur le savoir-faire des équipes internes de la DITRAD. À l'issue de ces cinq jours de travaux intensifs, la CAMWATER entend poser les jalons d'une appropriation progressive et durable de ces nouveaux outils par les agences locales, préalable indispensable au déploiement généralisé au bénéfice des abonnés.

Mathieu Nathanaêl NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions économiques

 
 
 

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