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Quand l’échec du modèle d’approvisionnement et de distribution condamne les ménages au charbon de bois

il y a 6 heures
5 min de lecture

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GAZ DOMESTIQUE

Au Ministère de l'Eau et de l'Énergie (MINEE), le Ministre Gaston Eloundou Essomba a fini par taper du poing sur la table. Après des semaines d'une asphyxie méthodique du marché du Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL) et le départ non sans conséquences du navire usine Hilli Episeyo, la coupe est pleine. Entre impayés chroniques, spéculation sauvage au profit des industriels et faillite morale de certains distributeurs agréés, le vaste théâtre de l'énergie domestique tourne à la farce tragique. Analyse exclusive et sans concession d'une crise fabriquée par la cupidité et le laxisme.

Des habitant faisant la queue à un point de distribution du gaz domestique dans l'espoir de se procurer le sesame
Des habitant faisant la queue à un point de distribution du gaz domestique dans l'espoir de se procurer le sesame

Le vendredi 25 septembre 2026, dans la pénombre feutrée et habituellement policée des salons d'apparat du Ministère de l'Eau et de l'Énergie (MINEE) à Yaoundé, la comédie du « tout va bien » a définitivement vécu. Face à Gaston Eloundou Essomba, le banc et l'arrière-ban de la chaîne de distribution du Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL) rasaient les murs. Marketers aux cols blancs, responsables de la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP), importateurs au bord de la crise de nerfs et contrôleurs du marché : tous étaient convoqués pour une explication de texte qui aura duré plus de trois heures d'horloge. Un marathon vertigineux où le Ministre, document par document, chiffrage par chiffrage, a mis à nu l'effroyable mécanique de la pénurie. Il faut avoir vu la mine déconfite des barons de la distribution lorsque les dysfonctionnements du secteur ont été égrenés sans fard. Car sur le terrain, loin du confort douillet des sièges sociaux des capitales administratives et économiques, la réalité brûle la peau. À Douala, Yaoundé, Bafoussam ou Bertoua, les consommateurs camerounais vivent le calvaire. Des pères de famille errant à l'aube, bouteille vide au bras ou sanglée sur un taxi-moto, arpentant des dizaines de kilomètres pour essuyer l'éternel « pas de gaz » des gérants de stations-service. Une humiliation quotidienne imposée à des milliers de ménages renvoyés brusquement à l'ère préhistorique du charbon de bois et de la fumée toxique.

Le naufrage des arrangements entre amis : anatomie d'un sabotage

Comment en est-on arrivé là ? Le constat dressé par le Ministre de l'Eau et de l'Énergie est un acte d'accusation d'une sévérité inédite. La crise actuelle n'est pas une fatalité métaphysique ; elle est le produit toxique de la mauvaise foi et de la course au profit facile. Le mal est profond : des retards de paiement scandaleux, voire le non-paiement pur et simple des cargaisons d'importation par certains marketers indélicats auprès des importateurs. Ces derniers, échaudés par des ardoises financières colossales qui asphyxient leur trésorerie, finissent par lever le pied sur les commandes prévisionnelles. Pire encore, le MINEE a levé le lièvre d'un détournement massif d'usage. Alors que le gaz domestique bénéficie d'une subvention colossale de l'État pour préserver le pouvoir d'achat déjà exsangue des populations, certains marketers cupides préféraient vendre en douce ce produit subventionné aux grands complexes industriels ! Pourquoi approvisionner le petit consommateur du quartier à prix homologué quand on peut liquider d'énormes volumes au secteur privé industriel en empochant d'incroyables marges occultes ? Dans le même temps, les points de vente agréés étaient délibérément asséchés, entraînant ces scènes de cohue barbare et de bousculades observées autour des rares dépôts approvisionnés. Une poudrière sociale susceptible d'embraser l'ordre public à tout moment.

Réunion de crise présidée au Ministère de l'Eau et l'Energie par le Ministre Gaston Eloundou Essomba
Réunion de crise présidée au Ministère de l'Eau et l'Energie par le Ministre Gaston Eloundou Essomba

L'ombre portée du départ du Hilli Episeyo et le piège du 100 % importé

Cette crise structurelle vient percuter de plein fouet une vulnérabilité géopolitique et industrielle majeure. Depuis le départ en juillet dernier du navire-usine Hilli Episeyo qui assurait une part cruciale de la production locale de butane au large de Kribi, le Cameroun a vu son modèle énergétique vaciller. Le pays ne produit plus son gaz : il l'achète désormais entièrement à l'extérieur. Le marché national repose désormais à 100 % sur les importations marines. Dès lors, le moindre grain de sable dans la logistique internationale se transforme en tsunami sur le marché local. L'arrivée tardive d'un seul butanier au Port de Douala-Bonangeri suffit à paralyser tout le pays. Quand bien même le navire accoste comme ce fut le cas le mardi 15 septembre avec le début du déchargement d'une importante cargaison destinée à desserrer l'étau, la chaîne logistique interne peine à suivre. Si l'on ajoute à cela une explosion de la demande nationale de près de 15 %, des voies de communication dégradées bloquant la livraison dans le Grand-Ouest, et le cas non résolu du parc de bouteilles de la SCTM qui plombe l'offre globale, le piège parfait s'est refermé sur le consommateur.

La circulaire du 23 septembre : le MINEE sort le flic de sa poche

Face à cette anarchie organisée, Gaston Eloundou Essomba a décidé de passer du temps des palabres à celui de la répression administrative. La lettre circulaire Nº 000013/MINEE, signée le 23 septembre 2026, sonne le glas de la récréation. Le texte ne formule plus des recommandations cordiales ; il dicte des ordres de bataille impératifs à tous les maillons de la chaîne : - Discipline d'importation : Obligation stricte pour les importateurs de respecter le calendrier prévisionnel des livraisons arrêté par le Comité mensuel de suivi du marché du GPL.- Assainissement financier : Paiement effectif et obligatoire des factures d'importation dans le respect absolu des délais contractuels pour éviter le blocage des navires. - Justice dans la distribution : La SCDP doit répartir les cargaisons conformément aux parts de marché réelles, tout en donnant la prééminence aux contrats commerciaux légitimes. - Priorité nationale : Priorisation absolue de la réception des importations destinées au marché camerounais, tout en garantissant le simple transit des produits destinés aux pays voisins (Tchad, Centrafrique). - Fin des acteurs fantômes : Exigence pour toute société de distribution agréée de disposer au préalable d'un parc réel d'au moins 10 000 bouteilles identifiables avant d'effectuer le moindre enlèvement vers les points consommateurs. Le message ministériel est assorti d'un ultimatum sans équivoque : tout contrevenant s'expose immédiatement à la suspension et au retrait purement et simplement de son agrément de distribution.


Le mirage du dépôt de Bonabéri et le test de la vérité

Sur le terrain, la bataille de la communication fait rage. On a vu les équipes de la SCDP déployer un activisme médiatique frénétique pour rassurer la ménagère. Au dépôt de Bonabéri à Douala, véritable poumon de la distribution, les images de camions manœuvrant de 5 heures du matin à 23 heures et de 1 500 tonnes de gaz traitées par jour visent à montrer un appareil d'État à l'œuvre. Des stocks de réserve annoncés à Maroua (5 jours), Bertoua (9 jours) ou Yaoundé (429 tonnes) cherchent à étouffer le sentiment de panique générale. Mais les mots et les parades d'urgence ne suffisent plus à remplir les foyers des cuisinières. La circulaire du 23 septembre 2026 marque un tournant institutionnel crucial, mais elle ne vaudra que par la fermeté de son application. Le Gouvernement a fixé le cadre ; il lui appartient désormais de faire tomber les têtes de ceux qui enrichissent leur portefeuille sur la détresse énergétique des ménages. Les spéculateurs sont prévenus : la récréation est terminée. Les ménages camerounais, eux, n'attendent plus des promesses, mais du gaz dans leurs bouteilles.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé des Questions Economiques


 
 
 

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