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Quand la CDHC exige une mutation structurelle des politiques publiques et une guerre sans merci contre la corruption de guichet

il y a 3 jours
5 min de lecture

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JOURNÉE INTERNATIONALE DES PERSONNES ÂGÉES

À l’occasion de la 36e édition de la Journée internationale des personnes âgées, la Commission des Droits humains du Cameroun (CDHC) jette un pavé dans la mare des politiques publiques. Face à la transition démographique, à l’allongement de l'espérance de vie et aux affres du quotidien entre corruption administrative et précarité sanitaire, l'institution plaide pour une refonte globale de la prise en charge de nos aînés. Une interpellation au scalpel qui remet la dignité humaine au cœur du débat national.

Une activité de la Mutuelle des Personnes Agées du Cameroun
Une activité de la Mutuelle des Personnes Agées du Cameroun

On aurait pu n'y voir qu'une célébration rituelle de plus dans le grand agenda des journées internationales. Il n'en est rien. Pour la 36e édition de la Journée Internationale des Personnes Agées (JIPAg), la Commission des Droits humains du Cameroun (CDHC) a choisi de poser le diagnostic là où le bât blesse. Placé sous le thème « L’ère de la longévité : repenser les systèmes pour vivre plus longtemps », le mot d'ordre de cette année résonne comme un rappel à l'ordre institutionnel. Au Cameroun, la transition démographique n'est plus une simple vue de l'esprit pour démographes en chambre. L'augmentation progressive de l'espérance de vie et le vieillissement de la population imposent une mutation structurelle que l'appareil d'État ne peut plus se permettre d'ignorer. La Commission rappelle avec gravité que vivre plus longtemps ne doit pas être une sentence d'isolement ou de déchéance, mais le fruit d'un progrès social et médical traduit en années de dignité, de santé et d'autonomie. Pour l'institution citoyenne, le constat est clair : la société camerounaise s'allonge, mais ses structures publiques demeurent calquées sur une réalité sociologique en passe d'être révolue. Il devient impératif de reconfigurer l'organisation des soins, les systèmes de protection sociale, l'emploi, l'apprentissage tout au long de la vie et même l'urbanisme pour bâtir un environnement sécurisant et véritablement inclusif.

Les membres de la Mutuelle des Personnes Agées du Cameroun
Les membres de la Mutuelle des Personnes Agées du Cameroun

Le forum « VIHeillir » et l'urgence de la santé communautaire

Si la Commission salue les efforts des autorités traditionnelles et des partenaires au développement, elle s'appuie sur des initiatives concrètes pour étayer sa position. L'une des avancées majeures citées avec satisfaction remonte au 7 avril 2026 à Yaoundé. Lors de la Journée Mondiale de la Santé, le Forum Communautaire de Plaidoyer et de Partage d’Expériences, placé sous le patronage du Ministère de la Santé Publique (MINSANTÉ) et la coordination du Dr Laure Ciaffi, a marqué un tournant. Né du Projet interpays VIHeillir, initié dès 2020 conjointement au Cameroun et au Sénégal, ce forum a permis de braquer le projecteur sur une réalité souvent occultée : la prise en charge des personnes âgées vivant avec le VIH ou souffrant de pathologies chroniques. Les travaux de ce Collectif ont formulé des propositions audacieuses, réclamant l'intégration des plus de 60 ans dans la Couverture Santé Universelle (CSU) au moyen de paquets de soins subventionnés et spécifiquement adaptés. Mais sur le terrain, le tableau reste sombre. La CDHC ne masque pas sa vive préoccupation face au sous-équipement chronique des formations sanitaires et au déficit de compétences spécialisées en gériatrie. Qu'il s'agisse de la prévention, du suivi de proximité, de la santé mentale ou des soins palliatifs, l'offre médicale actuelle peine à répondre aux besoins physiologiques et psychologiques fondamentaux de nos seniors.


La « corruption de guichet » et transmettre plutôt que marginaliser

Là où la déclaration de la Commission prend une tournure particulièrement incisive, c'est lorsqu'elle met le doigt sur les déviances managériales et la gouvernance publique. Avec une sévérité appuyée, la CDHC établit un lien direct entre le détournement des deniers publics, la corruption rampante et la violation manifeste des droits des personnes âgées. Les fuites de capitaux et la mauvaise gestion financière assèchent les caisses publiques, privant les infrastructures de santé et de protection sociale des ressources indispensables à leur modernisation. Plus grave encore, la Commission dénonce l'existence d'une « corruption de guichet » institutionnalisée. Pour trop de personnes âgées, l'accès à un soin de santé élémentaire ou la perception légitime d'une pension de retraite durement gagnée relèvent du parcours du combattant, trop souvent conditionnés par des exigences de passe-droits ou des paiements indus. Cette petite corruption du quotidien vient frapper de plein fouet les seniors les plus vulnérables et les plus démunis, les excluant de fait des services publics cruciaux et entachant le pacte républicain. Face à cette marginalisation rampante, la CDHC réitère les recommandations stratégiques qu'elle formulait déjà lors de la 35e édition de la JIPAg, le 1er octobre 2025. L'institution demande au Ministère de la Jeunesse et de l'Éducation Civique (MINJEC), en synergie avec le Ministère des Affaires Sociales (MINAS), de dynamiser la participation des seniors à la vie de la cité. Il ne s'agit pas de contraindre, mais de valoriser. En s'appuyant sur le « Projet Volontariat Sénior », les pouvoirs publics sont invités à créer des passerelles permettant aux aînés de transmettre leurs précieux savoirs, de s'investir dans l'éducation civique des plus jeunes et d'accompagner les initiatives communautaires, dans le strict respect de leur libre choix et de leurs capacités physiques. La solidarité intergénérationnelle ne saurait être un vain mot ; elle doit trouver s'incarner dans des politiques de terrain concrètes.

 

Digitalisation à outrance : Le risque de la fracture numérique

L'autre volet crucial abordé par la Commission concerne la modernisation à marche forcée de l'administration camerounaise. À l'ère du tout-numérique, la CDHC tire la sonnette d'alarme quant aux risques d'exclusion systémique qui pèsent sur les personnes âgées. Pour parer à cette menace, la Commission adresse une recommandation ciblée au Ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), à l'Agence nationale des technologies de l'information et de la communication (ANTIC) ainsi qu'au MINAS. Il est préconisé la mise en œuvre urgente d'un Plan National d'Alphabétisation et d'Inclusion Numérique dédié aux aînés. Ce plan devrait inclure la conception d'interfaces numériques simplifiées, des modules de formation adaptés et une sensibilisation accrue face aux risques d'escroquerie et de cybercriminalité en ligne dont les personnes âgées sont les cibles privilégiées. Mais la Commission pose un garde-fou essentiel : le numérique ne doit pas devenir un mur infranchissable. Les administrations et prestataires de services doivent impérativement maintenir des modalités d'accès non numériques pour l'ensemble des démarches financières et administratives vitales. Cela passe par la préservation de guichets physiques dédiés et la mise à disposition d'un accompagnement humain bienveillant. En synthétisant ses exigences adressées au MINSANTÉ, au MINAS et au Ministère du Travail et de la Sécurité sociale (MINTSS), la Commission des Droits humains du Cameroun trace une feuille de route sans ambiguïté pour l'exécutif. L'intégration opérationnelle du panier de soins pour personnes âgées au sein de la CSU ne peut plus attendre. Le respect du consentement libre et éclairé, la prise en charge de la santé mentale et le développement de services médicaux de proximité doivent cesser d'être des vœux pieux inscrits dans des rapports d'experts.

Mathieu Nathanaël NJOG 

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions Economiques

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