Quand le Parlement d'Afrique Centrale invoque la science pour faire sauter le verrou financier
URGENCE CLIMATIQUE EN AFRIQUE CENTRALE
Au Palais de Verre de Ngoa-Ekelle, les élus du bassin du Congo, sous la férule du REPAR, battent le rappel des troupes. Alors que les grands pollueurs de la planète multiplient les promesses non tenues, les parlementaires d’Afrique centrale ont décidé de changer de paradigme : adosser la législation et les arbitrages budgétaires sur des données scientifiques inattaquables pour exiger une juste rémunération des services écosystémiques de leur massif forestier. Le signal envoyé depuis Yaoundé se veut clair, pragmatique et incisif.

La salle des banquets du Palais de Verre Paul Biya, à Yaoundé, a prêté son décor solennel, ce jour, à l'ouverture d'une rencontre qui fera date dans les annales de la diplomatie parlementaire environnementale. Sous l'égide du Réseau des parlementaires pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale (REPAR), conduit avec une poigne méthodique par son coordonnateur, l’Honorable Jean-Jacques Zam, les législateurs de la sous-région se sont donné rendez-vous pour un exercice de vérité. Le thème retenu pour ces assises sonne comme un manifeste : « Mettre les données au cœur de la décision politique pour la transformation durable des forêts d’Afrique centrale et l’accélération de la mobilisation effective des financements climatiques. » Ouvrant solennellement les travaux au nom du Très Honorable Théodore Datouo, Président de l’Assemblée Nationale (représenté à cette occasion par l'Honorable Hilarion Etong, Premier Vice-Président de l'Assemblée nationale), le perchoir a d'emblée fixé les enjeux. L’Honorable Hilarion Etong n’a pas usé de langue de bois. Rappelant la centralité stratégique du Bassin du Congo, second poumon vert de la planète, le représentant de la Chambre basse a rappelé que la préservation de ce sanctuaire de biodiversité n'est pas un luxe, mais un impératif de survie pour la régulation du climat mondial et la subsistance de millions d'âmes. Toutefois, le ton est désormais à l'émancipation politique et financière. L’Afrique centrale ne saurait demeurer le simple « gardien gratuit » d'un équilibre écologique mondial que d'autres s'emploient à détruire.
Marier la donnée scientifique et la loi : la fin de l'amateurisme
Au cœur du diagnostic posé par l’Honorable Hilarion Etong réside une exigence impérieuse : la fin du pilotage à vue. Pour que le pouvoir législatif puisse exercer toute sa plénitude, qu'il s'agisse de voter des lois climat rigoureuses, d’amender les lois de finances ou d’exercer un contrôle décapant sur l’action gouvernementale, il doit désormais s'imprégner de la rigueur scientifique. L'appel est direct : les faits, les mesures de biomasse, la cartographie précise du carbone séquestré et les indicateurs de vulnérabilité doivent désormais dicter les choix budgétaires et éclairer la rédaction des textes de loi. C’est à cette seule condition que la voix des peuples du bassin du Congo portera auprès des bailleurs de fonds internationaux et dans les conclaves de la diplomatie climatique. Cette préoccupation rejoint opportunément les travaux scientifiques qui se tiennent simultanément à Douala, où plus d'une centaine de chercheurs et de jeunes scientifiques de la sous-région décortiquent la réalité des écosystèmes forestiers. L'enjeu est précisément de jeter un pont inamovible entre la recherche académique, le secteur privé forestier et la représentation nationale. Présent dans la salle, Aristide Chacgom, figure de proue de l'ONG Green Development Advocates (GDA), n'a pas caché l'importance de ce tournant. Pour la société civile, renforcer l’interface entre science, législation et finance climat est la condition sine qua non pour que les politiques d'État cessent d'être de simples voeux pieux technocratiques pour devenir de véritables remparts protégeant les droits des communautés riveraines et leurs moyens de subsistance.

Projets « bancables » et marchés carbone : sortir du piège de la mendicité
Le constat dressé lors de cette première journée consacrée au « Cadrage politique, données scientifiques et finance climatique » est sans appel : les guichets financiers internationaux existent, mais les pays d'Afrique centrale continuent de buter sur des contraintes structurelles et méthodologiques. L’Honorable Hilarion Etong l'a martelé avec force : la sous-région doit urgemment muscler ses capacités d’ingénierie financière. Il ne suffit plus de brandir le titre de « poumon vert » ; il faut concevoir des projets écologiquement irréprochables, techniquement crédibles et financièrement « bancables ». La valorisation des marchés carbone, la fiscalité environnementale et la maîtrise de la finance verte exigent des cadres juridiques nationaux solides et harmonisés. Dans cette optique, l’examen minutieux des travaux de l’Observatoire des Forêts d’Afrique Centrale (OFAC) a permis aux parlementaires de mesurer le chemin parcouru et les lacunes à combler. Sans données fiables sur la déforestation, la dégradation des sols ou le flux de carbone, aucun mécanisme de compensation équitable ne pourra être exigé aux tribunes des COP.
Une feuille de route sous le sceau de l'action
Alors que les travaux se poursuivent jusqu’au 24 septembre, une certitude se dégage déjà des travées du Palais de Verre : le REPAR entend transformer cet essai institutionnel en un véritable outil d'impact sous-régional. Au-delà des formules d'usage, c'est une véritable feuille de route assortie de recommandations contraignantes qui est attendue au terme des échanges. Les représentants du peuple entendent bien utiliser leur pouvoir budgétaire pour forcer la prise en compte des priorités écologiques, tout en exigeant une solidarité internationale enfin effective et mesurable. L'Afrique centrale, forte de ses données scientifiques et de la légitimité restaurée de ses parlementaires, ne veut plus marchander sa survie. Elle exige les moyens de son développement durable. Le débat est ouvert, et Yaoundé en a donné le La.
André Som N.



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