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Quand le quartier prend son destin en main, la salubrité de la cité devient l'affaire de tous

il y a 20 heures
5 min de lecture

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SALON VILLES ET TOITS DU CAMEROUN

Après sept éditions reléguées au second plan des priorités municipales et administratives, la 8ᵉ édition du Salon Villes et Toits du Cameroun (SVTC) marque un tournant historique dans la capitale économique. Du 27 au 29 octobre 2026, la présence inédite des hautes autorités administratives, religieuses et sectorielles a consacré ce forum citoyen porté par le CODAS Caritas Douala. En replaçant l'assainissement de proximité, le tri des biodéchets et la dignité de l'habitat populaire au cœur du débat public, l'événement démontre que la salubrité urbaine n'est plus une simple option technique, mais une responsabilité partagée d'urgence nationale.



Dans les allées de la mythique Salle des fêtes d’Akwa comme au cœur des dix quartiers populaires cibles du Projet d’Appui à l’Amélioration des Quartiers Populaires (AQP), une atmosphère particulière a régné tout au long des activités marquant la clôture de cette 8ᵉ édition. Pour la première fois depuis le lancement de cette initiative citoyenne, les décideurs publics ont franchi le pas de l'engagement direct, rompu avec une indifférence tenace qui aura duré sept éditions. Organisé dans le cadre de l'Octobre Urbain par le CODAS Caritas Douala, le Salon a bénéficié de la présence officielle du Vicaire Général de l'archidiocèse de Douala, Mgr Bernad Hona Tonye représentant Mgr l’Archevêque Métropolitain, et du parrainage du Gouverneur de la Région du Littoral, représenté par le Secrétaire Général de ses Services, Aboubakary Haman Tchouto. Une présence qui témoigne enfin de la prise de conscience des autorités administratives, et demain, espérons-le, des autorités municipales, face à l'ampleur de la crise urbaine. Pendant trop longtemps, les signaux d'alarme tirés par la société civile sur l'insalubrité, l'engorgement des drains d'évacuation et l'auto-construction anarchique s'étaient heurtés à un silence assourdissant. Cette 8ᵉ édition vient réhabiliter le SVTC comme la plateforme incontournable de co-construction et de dialogue urbain dans la métropole économique.


Un appel à un changement radical de paradigme

Le thème retenu cette année sonne comme un manifeste : « Notre quartier, notre responsabilité : assainir et valoriser les déchets ménagers pour garantir un logement décent ». Le représentant du Gouverneur l'a souligné : « Ce thème nous rappelle une vérité fondamentale : l'habitat décent ne s'arrête pas aux quatre murs d'une maison. Un logement ne peut être dit décent que s's'insère dans un environnement immédiat sain, sécurisé, salubre et résilient face aux chocs climatiques. » Ce message vient rappeler aux édiles municipaux et aux services déconcentrés de l'État une réalité incontournable : l'amélioration des conditions de vie dans nos cités ne saurait se limiter à des discours protocolaires, mais exige une action structurée au plus près des ménages. D'autant plus que la saturation des réseaux de drainage provoque des sinistres urbains à répétition et entrave le droit fondamental au logement décent. Exprimant la grande fierté de l'administration territoriale de s'associer à ces assises, Aboubakary Haman Tchouto a dressé un constat sans concession de la situation de Douala, où la vitalité économique et l’expansion démographique s'accompagnent de défis majeurs : dépôts sauvages, accumulation indifférenciée des ordures et encombrement des caniveaux. Au nom du Chef de l'État, Paul Biya, il a lancé un appel solennel : « La gestion des résidus ménagers ne doit plus être abandonnée à la seule puissance publique ou aux sociétés de ramassage comme HYSACAM. Le déchet doit désormais être perçu comme une opportunité et une ressource économique. » Il a ainsi exhorté la Communauté Urbaine de Douala (CUD) et les Mairies d'Arrondissement à renforcer leur synergie avec les acteurs de terrain, en misant sur la création d'emplois verts durables pour la jeunesse et les femmes grâce au tri et au compostage.

La prise de conscience institutionnelle

Pendant longtemps perçu comme une charge exclusive incombant aux pouvoirs publics ou aux entreprises de nettoiement, le déchet ménager fait l'objet d'un changement de paradigme salutaire. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : avec près de 3 000 tonnes de déchets ménagers produits chaque jour dans la métropole économique et un taux de collecte inférieur à 70 %, il ne fait l’ombre d’aucun doute que l'alternative locale s'impose d'elle-même. S'exprimant au nom du Délégué Régional du MINHDU Littoral, Michel Zanga Zambo, Chef de Service Régional de l’Habitat et de l’Architecture, a posé les jalons institutionnels de la problématique. S'appuyant sur la Loi d'urbanisme de 2004 et les résolutions des États Généraux de la gestion des déchets, il a réaffirmé les attributions de chaque acteur : - Le MINHDU : garant de la politique nationale, du soutien structurel et de la réglementation. - Les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) : maîtres d'ouvrage exclusifs de la collecte, du tri et de la mise en place de brigades d'hygiène. - Les Organisations de la Société Civile (OSC) et les Ménages : acteurs majeurs de la pré-collecte porte-à-porte, du tri à la source et du bannissement des rejets dans les caniveaux. Le représentant du MINHDU a conclu par une sollicitation urgente auprès des partenaires pour doter les Mairies d'arrondissement de zones de regroupement et de tri de proximité, indispensables pour éradiquer les décharges sauvages.

Caution spirituelle et éthique écologie intégrale

Prenant la parole au nom de l’Archevêque Métropolitain de Douala, Mgr Bernard Hona Tonye, Vicaire Général, a adossé la réflexion urbaine à une profondeur théologique et sociale poignante. Citant l'apôtre Paul dans son Épître aux Romains, où la Création tout entière gémit dans l'attente d'être libérée de la dégradation, l'homme d'Église a fait écho aux orientations d'ONU-Habitat sur la régénération des villes. S'appuyant sur l'encyclique Laudato Si’ du Pape François, le représentant de l'Archevêque a développé le concept d'« écologie intégrale ». Indiquant que dans une métropole comme Douala, la crise environnementale ne peut être dissociée des fractures sociales et humaines. L'insalubrité draine dans son sillage des épidémies et des endémies qui frappent de plein fouet les populations les plus précarisées. A cet effet, si les logiques administratives souffrent parfois de dysfonctionnements, les incivismes individuels et l'insouciance aggravent la déchéance du cadre de vie. La mission de la cité, a-t-il rappelé, est « d'assurer une inclusion digne pour tous ses habitants afin que Douala retrouve son rayonnement spirituel et humain ». Tout en saluant l'action pionnière des associations de quartier, il a appelé à passer des interventions d'urgence à des modèles intégrés, systémiques et durables, invitant chacun à un sursaut individuel et collectif.

Résultats du projet AQP et innovation citoyenne

Loin des grands discours théoriques, cette 8ᵉ édition a apporté des preuves concrètes qu'un changement local est déjà en marche. Sous la houlette du Coordinateur du CODAS Caritas Douala, les résultats du Projet d'Appui à l'Amélioration des Quartiers Populaires (AQP) enregistrés depuis juin 2026 témoignent de la puissance de la mobilisation communautaire. Cette dynamique a été renforcée par les interventions du secteur privé innovant, à l'instar de BIXCAR ENERGY, dont les solutions de transformation des biodéchets ménagers, qui représentent 76 % du volume des poubelles, en biogaz de cuisson ouvrent des perspectives prometteuses pour les cités et résidences collectives. L'innovation majeure de ce SVTC 2026 reste la consécration du tout premier Concours des meilleures initiatives locales. Durant deux mois, l'ensemble des dix quartiers populaires cibles s'est fortement mobilisé pour structurer et mettre en œuvre des projets nés de la réflexion des habitants eux-mêmes. Le 29 octobre, lors de la cérémonie de clôture à la Salle des fêtes d'Akwa, les cinq meilleures initiatives écocitoyennes ont été dévoilées et récompensées sous les applaudissements d'autorités désormais réconciliées avec la cause urbaine. En scellant cette alliance retrouvée entre sommet administratif et base communautaire, la 8ᵉ édition du Salon Villes et Toits du Cameroun rappelle une leçon essentielle : la propreté de Douala ne viendra pas d'un miracle extérieur, mais de la conscience partagée que notre quartier est le prolongement direct de notre propre maison.

Mathieu Nathanaël NJOG

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