Le second poumon vert de la planète fait face, entre les impératifs de développement et l'urgence de sauvegarde
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 1 jour
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GOUVERNANCE FORESTIÈRE DANS LE BASSIN DU CONGO
Les 18 et 19 août 2026, l’hôtel La Falaise de Yaoundé a abrité un atelier sous-régional sur la conversion des forêts dans le Bassin du Congo, couplé à l’évaluation de la quatrième année d’exécution du projet de gestion intégrée financé par le GEF/FME. Organisées par l’ONG Green Development Advocates (GDA), ces assises ont réuni plus de cent acteurs politiques, peuples autochtones, chercheurs et organisations de la société civile à l’instar du SAILD. Au-delà des discours convenus, les participants ont dressé un diagnostic sans complaisance des pressions extractives et agricoles qui menacent l'un des derniers sanctuaires mondiaux de la biodiversité.

Dans les salons feutrés de l’hôtel La Falaise, au cœur de la capitale politique camerounaise, le contraste entre l'élégance du cadre et la gravité des enjeux ne pouvait être plus saisissant. Pendant quarante-huit heures, la communauté environnementale d'Afrique centrale s'est réunie autour d'une interrogation fondamentale : comment concilier les exigences légitimes de développement socio-économique avec la préservation impérieuse du deuxième poumon écologique de la Terre ? Placé sous le thème « Gouvernance et coopération sous-régionale pour la conversion des forêts dans le Bassin du Congo », cet atelier stratégique, doublé de l'examen de parcours de la quatrième année du projet de gestion intégrée financé par le Fonds Mondial pour l’Environnement (GEF/FME), a réaffirmé la complexité de l'équation forestière sous-régionale.
L'hémorragie silencieuse d'un patrimoine universe
Car pendant que Yaoundé valide ses plans de travail budgétisés, le massif forestier d'Afrique centrale subit un assaut d’une violence inouïe. En trois décennies (1990-2020), la sous-région a perdu plus de 352 000 km² de couvert forestier soit environ 8,5 % de sa superficie totale, l'équivalent de millions de terrains de football partis en fumée. La géopolitique du bois a basculé : désormais, près de 90 % de la ressource ligneuse coupée dans le Bassin du Congo prend la route de l'Asie. Le volume d’exploitation a plus que doublé depuis la période où l’Union Européenne régnait en maître sur le marché. Derrière cette frénésie commerciale se cachent une déforestation accélérée, une fragmentation des habitats et une pression insoutenable sur le foncier communautaire.
Le constat dressé par les acteurs de la société civile, réunis à Yaoundé à l'initiative de Green Development Advocates (GDA) ou à Douala sous l'égide du SAILD, est sans appel. Ce n'est plus seulement de la coupe de bois ; c’est une dynamique d'accaparement. Exploration pétrolière, grands chantiers d'infrastructures, projets miniers et agro-industrie sauvage grignotent chaque jour un peu plus ce régulateur climatique mondial. Cette conversion brutale entraîne une réduction progressive des superficies forestières, accentue les conflits d’usage des terres et provoque une dégradation des écosystèmes aux conséquences dramatiques pour la biodiversité et les populations riveraines. Elle soulève des enjeux majeurs en matière de respect des engagements climatiques, de gouvernance foncière et de justice environnementale. Face à ces défis, États, ONG, partenaires techniques et communautés locales tentent tant bien que mal de promouvoir des approches conciliant conservation et droits des populations dépendantes de la forêt.

Le mirage de la conservation contre la réalité de l'accaparement
L'un des faits marquants de cette rencontre aura été la franchise des interventions concernant le statut réel des zones dites « protégées ». Derrière la rhétorique lissée de la préservation de la nature se dissimule fréquemment une dynamique d'éviction au détriment des populations locales et des peuples autochtones. Lorsque les concessions extractives chevauchent les aires protégées ou les territoires traditionnels, la conservation théorique cède la place à la spoliation pratique. La faune, le microclimat et la stabilité hydrologique subissent de plein fouet ces arbitrages défavorables, tandis que les riverains se retrouvent dépossédés de leurs moyens de subsistance sans véritable compensation.
Le projet financé par le FME entend précisément rompre avec ces approches exclusives en promouvant une gestion intégrée. L'ambition affichée est claire : maintenir l'intégrité biologique des écosystèmes tout en démultipliant les opportunités économiques pour les communautés qui en sont les gardiennes historiques. Mais sur le terrain, le passage du concept à la pratique se heurte encore aux lenteurs bureaucratiques et aux résistances d'intérêts financiers solidement ancrés. Comme l'ont souligné les représentants du SAILD, la conversion des forêts ne relève pas d'une fatalité technique, mais de choix politiques et d'une gouvernance du domaine foncier morcelée entre ministères sectoriels aux agendas contradictoires.
Un répertoire de solutions : de la technologie aux savoirs ancrés
Loin de se cantonner aux déplorations usuelles, les participants venus du Cameroun, du Gabon, de Centrafrique, du Congo et de RDC ont articulé des pistes de réponse concrètes : - Consacrer le droit des communautés : Rendre obligatoire et souverain le Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP) tout en légitimant la cartographie participative pour que les populations locales cessent d'être de simples spectatrices. - Garantir la transparence par la technologie : Combiner l'imagerie satellite en temps réel aux signalements citoyens via la téléphonie mobile pour traquer l'exploitation et le défrichement illégaux avant que l'irréparable ne soit commis. - Directivité des financements : Revoir l'architecture de la finance climat en simplifiant les procédures pour injecter les fonds directement auprès des entités villageoises et des ONG de terrain, véritables remparts sur le premier rideau.
De la mémoire de Robinson Djeukam à l'urgence planétaire
Cet atelier revêtait également une charge symbolique particulière pour GDA, qui célèbre quinze années de combat. L'ombre tutélaire de son fondateur, le Dr Robinson Djeukam, disparu en 2015, a plané sur les travaux. Juriste pionnier du droit forestier et défenseur infatigable des droits communautaires, son héritage continue d'irriguer la réflexion. La rencontre a aussi permis d'aborder l'intégration du genre dans le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC) du Cameroun, rappelant que les femmes rurales supportent de manière disproportionnée les impacts de la dégradation environnementale. Alors que l'Europe étouffe sous des vagues de chaleur récurrentes et que le dérèglement climatique montre ses crocs à l'échelle globale, le Bassin du Congo ne peut plus être traité comme une simple réserve extractive ou un catalogue de projets pilotes. Il absorbe des milliards de tonnes de carbone et fait vivre des millions de personnes.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions environnementales



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