Entre performances virtuelles et réalité du terrain, la satisfaction gouvernementale intérroge
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
GESTION DES PAYSAGES FORESTIERS AU CAMEROUN
Réuni en 5e session ordinaire le mercredi 19 août 2026 à Soa, le Comité de pilotage du Programme à impact pour la gestion intégrée des paysages forestiers du Cameroun a affiché un bilan séduisant au terme de sa quatrième année d’exécution. Présidée par le Ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), Pierre Hele, la rencontre a mis en avant un taux de progression globale de 66 % et d'importantes retombées pour les riverains des segments TNS et TRIDOM. Toutefois, face à la pression extractive croissante, de nombreuses voix s'interrogent sur l'impact réel de ces projets financés par le Fonds Mondial pour l’Environnement (GEF/FME).

Dans la tiédeur moite des salons de Soa, près de Yaoundé, le cérémonial était rodé : discours protocolaires, paraphes sur les rapports de performance et félicitations d'usage. Le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable, emmené par le Ministre Pierre Hele et flanqué de ses partenaires techniques au premier rang desquels le WWF, a déroulé le bilan quadriennal du Programme à impact pour la gestion intégrée des paysages forestiers du Cameroun dans le Bassin du Congo. Lancé le 28 avril 2022 pour une durée de six ans, ce projet structurant ambitionne de catalyser un changement transformationnel dans la conservation des écosystèmes forestiers locaux, en synergie avec les pays voisins de la sous-région (RDC, RCA, Gabon, Congo, Guinée Équatoriale).
Les chiffres d'un satisfécit institutionnel
Sur le papier, la mécanique administrative affiche des résultats présentés comme particulièrement encourageants. Au terme de la période allant de juillet 2025 à juin 2026, la tutelle enregistre un taux d'exécution globale de 66 %, appuyé par des indicateurs clés : - Gouvernance des aires protégées : Amélioration de l'efficacité de gestion sur 1,19 million d’hectares de forêts. - Séquestration carbone : Un volume estimé à 6 millions de tonnes de CO2 capturées grâce au maintien du couvert forestier. - Restauration écologique : 16 000 arbres plantés (dont 4 300 pieds d’ébène et 11 700 arbres fruitiers), permettant la réhabilitation de 34 hectares de terres dégradées. - Inclusion sociale et retombées économiques : Plus de 40 000 bénéficiaires directs touchés (dont près de 50 % de femmes). Dans les segments du Tri-National de la Sangha (TNS) et du Tri-National Dja-Minkebe-Odzala (TRIDOM), la commercialisation des Produits Forestiers Non-Ligneux (PFNL) a généré plus de 220 millions de FCFA de revenus communautaires, accompagnant une baisse mesurée du braconnage.

L'épreuve du terrain : folklore ou transformation réelle ?
Après l'examen du Plan de Travail Annuel Budgétisé (PTAB) de la cinquième année (2026-2027), le Ministre Pierre Hele a vivement exhorté les parties prenantes à poursuivre ce travail dans la synergie et le dialogue. Mais au-delà des bilans comptables validés dans les comités, l'inquiétude persiste au sein de la société civile et des observateurs indépendants. Pour plusieurs acteurs ruraux et ONG environnementales, la frontière demeure floue entre préservation réelle et folklore institutionnel subventionné à coup de bailleurs de fonds internationaux. Alors que la déforestation s'accélère sous la pression des projets miniers, des chantiers d'infrastructures et des exportations agro-industrielles, 34 hectares restaurés et quelques milliers d'arbres plantés paraissent dérisoires face aux centaines de milliers d'hectares de forêts primaires grignotés chaque année en Afrique centrale. La protection du second poumon vert de la planète exige une gouvernance cohérente, engageant rigoureusement les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) et les communautés locales. La question centrale n'est pas seulement de valider des rapports annuels satisfaisants, mais de garantir l'intégrité biologique de ces écosystèmes vitaux face à l'urgence climatique mondiale.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions environnementales



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