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Une agora engagée pour sauver le débat démocratique dans un environnement pollué par la désinformation

il y a 22 heures
5 min de lecture

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MÉDIAS, ÉDUCATION ET CITOYENNETÉ

Dans un espace informationnel atomisé où la prolifération des fausses nouvelles et la polarisation idéologique menacent les fondements de notre contrat social, le think tank The Okwelians a réuni, le samedi 26 septembre au cœur de son QG métamorphosé en agora intellectuelle, d’éminents penseurs et praticiens de la communication. Autour du thème central « Médias, éducation et citoyenneté : comment mieux informer, transmettre et faire société ? », cette Journée inédite a esquissé les contours d’un nouvel écosystème médiatique camerounais capable d’éduquer, de relier et de refonder le commun. Récit d’une plénière fondamentale qui résonne comme un appel urgent au réarmement moral et civique par l’information.

Il y a des samedis où la réflexion collective prend l’allure d’une véritable insurrection intellectuelle. Ce samedi 26 septembre, les locaux du think tank The Okwelians n’étaient plus un simple siège associatif : ils se sont mués en un véritable vaisseau médiatique vibrant, un laboratoire d'idées où la parole libre et rigoureuse a repris ses droits. Dans une atmosphère empreinte d’une gravité studieuse, la Journée « Médias, Éducation et Citoyenneté » s'est ouverte sur une question souveraine, presque existentielle : comment mieux informer, transmettre et faire société à l’ère du soupçon généralisé ? Cette initiative s'inscrit en droite ligne du prolongement stratégique des débats amorcés le 3 mai dernier lors de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse, où la question cruciale de la souveraineté narrative du Cameroun avait été posée avec acuité. Face à la fragmentation galopante des espaces publics, alimentée par des algorithmes marchands qui privilégient le clash au détriment de la nuance, il devenait impérieux de réunir des esprits éclairés pour ausculter le malade médiatique et proposer des thérapeutiques durables. Le point de presse tenu en amont du traditionnel Dîner des Partenaires avait déjà donné le ton de cette exigence. Il a permis de réinstaller avec force, dans le débat public national, les enjeux cardinaux d'une transformation structurelle du Cameroun, tout en dévoilant la feuille de route ambitieuse qui guidera la prochaine édition du sommet phare de l'organisation : The Okwelians Summit (#TOKS27). Entre les leçons tirées de l’édition 2025 et les projections pour 2027, la conviction demeure intacte : aucune émergence économique ou sociale ne saurait advenir sans une convergence sincère des énergies de l’État, du secteur privé, de la société civile et des partenaires internationaux. Et au centre de cette convergence se trouve la qualité du verbe et de l'information.


La triade d’experts : autopsie d'un écosystème en mutation

Pour décortiquer ces mécanismes complexes, la plénière a mobilisé un panel d’une complémentarité remarquable. Autour de la table, trois figures majeures de la pensée médiatique et journalistique camerounaise ont croisé leurs visions : Michel Lobe Ewane, Directeur de publication d’InfraNews et figure tutélaire de la presse africaine ; le Pr Jery Bouelet, universitaire et chercheur émérite en Sciences de l’information et de la communication ; et le Dr Aristide Bitouga, analyste chevronné des dynamiques sociopolitiques et médiatiques. Chacun, avec la singularité de sa lorgnette, a apporté une pierre décisive à cette entreprise de déconstruction. Michel Lobe Ewane a rappelé avec la véhémence du praticien chevronné l’éthique de la responsabilité qui doit animer le journaliste à l’ère des réseaux dits « sociaux ». Informer, a-t-il soutenu en substance, ne consiste pas à jeter en pâture des bribes de faits décontextualisés pour alimenter le buzz, mais à structurer la pensée du citoyen, à lui donner des clefs de lecture audibles et vérifiables pour appréhender la complexité du monde. De son côté, le Pr Jery Bouelet a apporté la rigueur conceptuelle de l'université pour disséquer les mutations structurelles de l'écosystème médiatique national face au rouleau compresseur du numérique. L'universitaire a mis en garde contre l'illusion d'une démocratisation de l'information qui se traduirait en réalité par une dégradation de la qualité des savoirs transmis. Enfin, le Dr Aristide Bitouga a interrogé la fonction anthropologique du média comme vecteur de reliance sociale, soulignant la responsabilité historique des faiseurs d'opinion dans la prévention des fractures identitaires et de la polarisation des esprits.

 

De la simple diffusion à la « reliance sociale » : refonder la transmission

Au-delà de la critique formelle, le cœur des échanges a porté sur la capacité des médias à redevenir de puissants espaces de transmission et de construction du commun. Les intervenants ont démontré tour à tour que les médias ne sauraient être réduits à de simples tuyaux neutres ou à des réceptacles passifs d’actualités éphémères. Ils possèdent une fonction créatrice : celle d'instituer du sens, de forger des représentations collectives et de sécréter le liant social sans lequel aucune communauté politique ne peut survivre. Dans le contexte camerounais actuel, caractérisé par un affaiblissement inquiétant des repères civiques et une défiance croissante envers le discours institutionnel, l'éducation aux médias apparaît comme un chantier de salut public. Il ne s'agit plus seulement d'apprendre à lire ou à écrire, mais d'apprendre à décoder l'image, à débusquer la manipulation, à vérifier la source et à résister aux passions tribales ou partisanes. Mieux informer devient alors un acte fondamental de citoyennisation. C'est créer les conditions cognitives et émotionnelles pour que des individus d'horizons divers se comprennent, dialoguent et partagent un destin partagé. Comme l'ont souligné fort justement les panélistes, la souveraineté d'une nation réside d'abord dans sa capacité à produire son propre récit, à raconter ses victoires, ses doutes et ses aspirations avec ses propres mots, sans abandonner les clefs de son imaginaire national à des agendas extérieurs ou à des algorithmes déshumanisés.

Le chantier du commun : un engagement collectif et sans concession

Au terme de cette plénière d'une densité exceptionnelle, un constat s'impose à l'esprit : la bataille pour la qualité de l'information est indissociable de la bataille pour la démocratie et la cohésion sociale au Cameroun. On ne bâtit pas une République solide sur les sables mouvants de la désinformation institutionnalisée et de l'invective quotidienne. En réunissant ces intelligences critiques, le think tank The Okwelians a une fois de plus démontré sa vocation d'éveilleur de consciences et de catalyseur de synergies. Mais la fin des travaux ne marque pas la fin du combat. Au contraire, elle sonne le départ d'un chantier titanesque qui interpelle la responsabilité individuelle et collective de chaque acteur du corps social : pouvoirs publics, éditeurs de presse, journalistes, universitaires, mais aussi simples citoyens-consommateurs d'information. Car au fond, la réinvention de notre paysage médiatique est l'affaire de tous. Il s'agit de redonner au mot « informer » sa noble étymologie : donner une forme, guider l'esprit, bâtir la cité. La feuille de route est désormais tracée, claire et exigeante. Il ne reste plus qu'à retrousser nos manches et à traduire ces analyses éclairées en politiques publiques, en pratiques journalistiques vertueuses et en comportements citoyens responsables. Le chantier est ouvert, vaste et urgent. Engageons-nous sans trembler !

André Som N.

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