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120 milliards de FCFA pour une seule ambition, la modernisation urbaine et foncière du Cameroun

DU PDVIR AU PVGFD

Dans les arcanes de la gouvernance urbaine au Cameroun, les acronymes se succèdent mais ne se ressemblent pas toujours. Le 30 juin 2025 a marqué un tournant décisif avec la clôture officielle du Projet de Développement des Villes Inclusives et Résilientes (PDVIR) et la naissance immédiate du Projet Villes et Gestion Foncière Durables (PVGFD). Derrière ce glissement sémantique et technique se cache une refonte structurelle de la vision métropolitaine de Yaoundé et de Douala. Les initiés y voient un changement de paradigme majeur, passant d'une logique de réhabilitation d'urgence à une stratégie globale de modernisation résiliente.




Le Projet de Développement des Villes Inclusives et Résilientes (PDVIR) n'a point démérité. Durant ses cinq années d’activité intense, ce programme pilote a considérablement amélioré l'accès aux infrastructures de base, particulièrement dans les quartiers sous-équipés et historiquement défavorisés. Il a renforcé la capacité des sept villes bénéficiaires (Yaoundé, Douala, Batouri, Ngaoundéré, Maroua, Kousséri et Kumba) à faire face aux risques naturels tels que les inondations dévastatrices et les éboulements de terrain. Le bilan comptable affiche des réalisations d'envergure nationale, notamment l’aménagement de plus de 31,5 kilomètres de routes bitumées ou pavées et l'implantation de 7 kilomètres de réseaux de drains. Ces infrastructures structurantes ont permis d'amenuiser l'insalubrité et d'améliorer de façon substantielle le cadre de vie de près de 650 000 habitants, arrachant des pans entiers du tissu urbain à la précarité. C'est fort de ce bilan que le 24 juin 2026, les salons du Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) ont servi de cadre à une audience cruciale entre Mme le Ministre, Célestine Ketcha Courtès, et une importante délégation de la Banque mondiale, conduite par M. Cheick Fantamady Kanté, Directeur de Division de l'institution. L'objectif de cette rencontre de haut niveau était double : évaluer les derniers dossiers techniques à évacuer pour garantir une clôture harmonieuse et rigoureuse du PDVIR, et faire le point sur l’état d’avancement du processus de démarrage effectif du Projet Villes et Gestion Foncière Durables (PVGFD).. Face à l'urgence des attentes populaires, Madame le Ministre a fermement préconisé l’accélération des procédures administratives afin que les travaux débutent effectivement sur le terrain, perpétuant ainsi l’œuvre du programme déchu.






Si le PDVIR a posé les jalons d’une résilience de proximité, le PVGFD change radicalement d'échelle et s'attaque aux structures lourdes. Doté d'une enveloppe budgétaire globale de 200 millions de dollars américains (soit environ 120 milliards de francs CFA) entièrement financés par l'Association Internationale de Développement (IDA) de la Banque Mondiale, ce méga-projet s'impose comme l’un des principaux leviers opérationnels de la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30) et du Programme National de Modernisation des Villes (PNMV). L'ambition n'est plus sectorielle ni diffuse ; elle cible de manière chirurgicale les métropoles de Douala et Yaoundé, visant à impacter durablement la vie de près de 2,1 millions d'habitants. L'architecture financière du projet, structurée autour de quatre grands axes, témoigne de la clarté des priorités. L'essentiel de l'enveloppe, soit un montant colossal de 170 millions de dollars (environ 85 milliards de francs CFA), est exclusivement consacré aux infrastructures dites « transformatrices » : voiries d'envergure, assainissement lourd, mobilité urbaine et réduction pérenne des risques d'inondation. Le projet prévoit précisément la construction de 24,5 kilomètres de voiries structurantes, incluant des chantiers majeurs comme l'axe Mebe-City/Nkolmesseng - Carrefour Onambele dans l'arrondissement de Yaoundé 4 et l'aménagement de 10 kilomètres de systèmes de drainage complexes.

 

La révolution foncière et institutionnelle

La grande rupture conceptuelle du PVGFD réside dans l'introduction d'un volet totalement absent des opérations antérieures : la sécurisation et la modernisation de l'administration des terres. Une enveloppe de 20 millions de dollars (environ 10 milliards de francs CFA) est spécifiquement dédiée à la gouvernance foncière, impliquant activement le Ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF). L'objectif est d'atteindre la numérisation de 200 000 dossiers fonciers à Douala et Yaoundé, afin de sécuriser durablement les droits de propriété, stabiliser le marché foncier et réduire drastiquement l'asphyxie des tribunaux par les litiges de terrain. Enfin, 10 millions de dollars (environ 5 milliards de francs CFA) appuient le renforcement des capacités des institutions et la gestion globale du projet, couplés à un mécanisme de réponse d'urgence (CERC) permettant de réallouer rapidement des fonds en cas de catastrophe naturelle. Sur le plan de la durabilité, un programme pilote de maintenance routière est instauré pour transférer directement les compétences de gestion aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), garantissant que les ouvrages ne retombent pas dans l'abandon après le départ des ingénieurs. Rappelons qu'en amont de ces déploiements, une mission technique de la Banque mondiale avait séjourné au Cameroun du 9 au 18 mars 2026, couronnée par une audience avec le MINHDU le 17 mars. Cette rigueur préparatoire démontre que le PVGFD ne se résume pas à aligner des tonnes de béton, mais à inventer une nouvelle grammaire de la gestion urbaine.





Tout porte à croire que le cap est maintenu : avec une enveloppe historique et une équipe de communication stabilisée pour vulgariser les réformes, le Cameroun a le devoir de transformer ses métropoles en espaces viables, inclusifs et durables pour les générations futures. Au cœur de cette transition, une constante majeure rassure les observateurs et garantit la fluidité de la mise en œuvre : le responsable de la communication stratégique, Roger Alain Takam a été maintenu dans ses fonctions. Transfuge direct de l'ancienne équipe du PDVIR où il a officié pendant plusieurs années avec brio, ce cadre chevronné a officiellement rejoint la nouvelle nomenclature en mai 2026 en tant que Consultant pour la Banque mondiale. Sa mission demeure inchangée mais s'élargit substantiellement : développer une communication stratégique capable de rendre le projet hautement lisible et compréhensible pour tous, renforcer la confiance et l'adhésion des parties prenantes autour des réformes engagées, et favoriser l'inclusion sociale ainsi que la participation citoyenne. Ce choix de la continuité humaine au sommet de la communication symbolise la volonté claire des autorités camerounaises et du bailleur de fonds de ne pas rompre le cordon ombilical avec les succès passés, tout en se projetant vers des ambitions structurelles démultipliées.



Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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