L’Autorité Aéronautique pose les jalons pour la production des carburants d'aviation durables au Cameroun
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 23 heures
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TRANSITION ÉCOLOGIQUE
Réuni le 6 août 2026 dans la capitale administrative, le Groupe de travail dédié à la réduction des émissions de CO₂ dans l'aviation civile a arrêté les orientations stratégiques du Cameroun pour le déploiement des biocarburants aéronautiques. Entre arbitrages fonciers méticuleux, valorisation des résidus agro-industriels et coopération institutionnelle élargie, l’Autorité Aéronautique prépare activement l'atelier national qui posera, fin août, la première pierre d'un ciel vertueux.

Il est des réunions dont la portée dépasse le simple formalisme administratif pour toucher à l'ossature même du développement futur d'une nation. L'assise tenue le jeudi 6 août 2026 au siège de la Cameroon Civil Aviation Authority (CCAA), au cœur de Yaoundé, appartient incontestablement à cette catégorie. Sous la conduite de M. Akum Ritzetelar, Chef de la Division du Transport Aérien (DTA) et représentant personnel du Directeur Général, Mme Paule Assoumou Koki, le Groupe de travail chargé du suivi et de la mise en œuvre du plan d'action pour la réduction des émissions de CO₂ s'est penché sur l'équation la plus complexe du transport moderne : concilier l'essor du trafic aérien et l'exigence impérieuse de la transition écologique. Au centre des discussions figurait un objet d'étude aussi ambitieux que stratégique : l’état d'avancement de l’étude de faisabilité relative à la production et au déploiement des carburants d’aviation durables (connus sous l'acronyme anglais SAF pour Sustainable Aviation Fuels). Alors que l'échéance internationale de décarbonation du transport aérien se rapproche à grands pas, le Cameroun entend ne pas être un simple spectateur de cette mutation globale, mais bien un acteur souverain de sa propre transition énergétique. La rencontre visait également à affûter les outils et à caler l'agenda opérationnel en vue du très attendu atelier national de lancement, programmé du 31 août au 1ᵉʳ septembre prochain. L'ambition affichée est claire : faire de cet événement à venir une plateforme décisive de validation stratégique, appuyée sur des données rigoureuses et une adhésion sans faille de l'ensemble de l'écosystème national.
Une coalition interministérielle et industrielle, et le dilemme de la biomasse
L'enjeu dépasse largement le seul périmètre des pistes d’atterrissage. Pour transformer la contrainte environnementale en opportunité industrielle, la CCAA a réussi le pari de rassembler autour d'une même table les leviers économiques et décisionnels les plus puissants du pays. La présence des piliers du secteur énergétique national, au premier rang desquels la Société Nationale de Raffinage (SONARA) et la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) témoigne de la dimension éminemment stratégique de l'entreprise. Il ne s'agit pas seulement d'importer des technologies clés en main, mais de penser l'intégration des biocarburants dans l'archipel pétrolier et logistique existant. Autour de ce noyau dur, un parterre institutionnel impressionnant s'est mobilisé. Pas moins de huit départements ministériels ont pris part aux arbitrages : - Le Ministère des Transports (MINT), tutelle technique ; - Le Ministère des Finances (MINFI) et le Ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire (MINEPAT) pour l'ingénierie financière et la soutenabilité budgétaire ; - Le Ministère de l'Eau et de l'Énergie (MINEE) et le Ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED) pour les cadres normatifs et environnementaux ; - Le Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain, le Ministère des Domaines, du Cadastre et foncier (MINDCAF), le MINDDEVEL ainsi que le Ministère du Commerce (MINCOMMERCE). Sans oublier la Société Aéroports du Cameroun (ADC), maillon terminal indispensable pour le stockage et l'avitaillement des aéronefs. Cette convergence rare illustre la prise de conscience collective : la transition vers les carburants durables est un projet de société intersectoriel.
L'un des moments forts des débats a porté sur la délicate question des matières premières (feedstock) et du foncier. Le piège classique dans lequel tombent nombre de projets de biocarburants à travers le monde est la compétition directe entre cultures énergétiques et cultures alimentaires, facteur de déforestation et d'insécurité alimentaire. Sur le territoire national, la disponibilité des terres arables est estimée à seulement 10 %. Consciente de cette contrainte structurelle et désireuse d'éviter tout conflit d'usage, la CCAA a présenté une stratégie pragmatique et vertueuse : privilégier, à court terme, la valorisation des déchets et résidus agricoles. Plutôt que d'accaparer de nouvelles surfaces cultivables, l'option retenue consiste à s'appuyer sur les gisements biométriques déjà générés par les géants de l'agro-industrie locale : - La Sodecoton au Nord, avec ses tiges et résidus d'égrenage ; - La Sosucam dans la Haute-Sanaga, avec les bagasses de canne à sucre ; - La Cameroon Development Corporation (CDC) dans le Sud-Ouest, forte de ses sous-produits de palmier à huile et de hévéa. Ces résidus agro-industriels présentent l'avantage d'être concentrés, disponibles et à faible empreinte carbone indirecte. En revanche, le groupe de travail a acté le report à une phase ultérieure du traitement des déchets ménagers et municipaux. Bien que volumineux, le gisement urbain présente une complexité de tri et des coûts de collecte et de prétraitement actuellement trop élevés pour garantir l'équilibre économique des premières unités de transformation.

Le projet WESAF et l'adossement scientifique
Si le gisement agro-industriel constitue la rampe de lancement, le déploiement à grande échelle nécessitera néanmoins des ancrages territoriaux solides. Les discussions ont mis en lumière la nécessité d'une concertation étroite entre le MINDCAF, le MINEPAT et les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) pour identifier les terres les plus propices à l'implantation des infrastructures de raffinage et de stockage. C'est dans cette perspective que s'inscrit le projet pionnier WESAF. Ce dernier prévoit l'exploitation d'un site pilote de 300 hectares dédié à la production de biocarburants dans le département de la Manyu (Région du Sud-Ouest). La singularité et la force du projet WESAF résident dans son modèle social : il intègre directement les planteurs locaux dans la chaîne de valeur. Loin d'être un modèle d'enclave extractive, le projet vise à créer une dynamique de co-développement rural, garantissant aux agriculteurs des revenus complémentaires stables tout en sécurisant l'approvisionnement de l'unité de transformation. Cette marche vers une aviation civile camerounaise décarbonée ne s'effectue pas à l'aveugle. Elle s'appuie sur une démarche scientifique rigoureuse et un accompagnement international de haut niveau. Sur le plan académique, la CCAA exploite activement les données de recherche et les inventaires de biomasse fournis par les universitaires et chercheurs de l’Université de Maroua et de l’Université de Dschang. L'expertise universitaire apporte un éclairage indispensable sur la caractérisation chimique des gisements, leur saisonnalité et leur impact socio-économique territorial.
Sur le plan technique et normatif, la démarche s'inscrit en totale conformité avec les exigences mondiales, sous le regard bienveillant et l'appui technique de deux partenaires majeurs : -L'Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI), à travers son programme d'assistance et ses standards CORSIA ; - L'Union Européenne, qui apporte son expertise en matière de certification de durabilité et de transferts de technologies. - En route vers l'atelier de fin août : l'exigence de la donnée À mesure que s'approche l'échéance de l'atelier national de lancement du 31 août au 1ᵉʳ septembre 2026, l'heure est à la consolidation des travaux. En clôturant les échanges de cette journée de travail intense, le représentant du Directeur Général de la CCAA a adressé un appel pressant à l'ensemble des parties prenantes. Il a exhorté les représentants des ministères, des sociétés d'État et du secteur privé à intensifier le partage d'informations et la transmission des données statistiques manquantes d'ici le milieu du mois. L'objectif est sans équivoque : doter le collège d'experts d'une base de données irréprochable, consolidée et incontestable. C'est à ce prix, celui de la rigueur scientifique, du consensus institutionnel et du réalisme économique que l'étude de faisabilité atteindra son niveau de maturité optimal. Le Cameroun se donne ainsi les moyens de faire décoller, sur des bases solides, un projet pionnier qui positionnera le ciel national à la pointe de l'aviation verte en Afrique centrale.
Mathieu Nathanaël NJOG



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