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À Rome, le Dr Taïga plaide pour une application concrète et financée des normes sanitaires

il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 11 minutes

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CONFERENCE MONDIALE DE LA FAO

Protéger les élevages, détecter les maladies plus tôt et sécuriser les aliments : voilà ce que les normes internationales doivent permettre au quotidien. Le 22 septembre 2026, à la Conférence mondiale One Health de la FAO à Rome, le Ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, le Dr Taïga, a défendu une application concrète et opérationnelle de ces normes. Face aux décideurs politiques, bailleurs de fonds et institutions internationales, le membre du gouvernement camerounais a plaidé pour que les textes réglementaires ne restent pas de vœux pieux, mais se traduisent par des investissements massifs dans les laboratoires, le renforcement des compétences et la solidarité transfrontalière. Analyse et décryptage d'un plaidoyer sans détour pour la souveraineté sanitaire et pastorale de l'Afrique.


Le Ministre  de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), le Dr Taïga au perchoir de la Conférence Mondiale One Health de la FAO
Le Ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), le Dr Taïga au perchoir de la Conférence Mondiale One Health de la FAO

C’est dans l’enceinte prestigieuse du Sheikh Zayed Centre, au cœur du siège de la Food and Agriculture Organization (FAO) à Rome, que le Ministre camerounais de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), le Dr Taïga, a porté la voix du Cameroun et des nations d’Afrique centrale. Du 21 au 23 septembre 2026, la capitale italienne accueillait la Conférence mondiale sur l’application de l’approche « Une seule santé » (One Health) dans les systèmes agroalimentaires. Pour le Dr Taïga, l'enjeu dépassait de loin le cadre feutré des protocoles et des joutes oratoires multilatérales. Face à une assemblée d'Experts, de Ministres et de Bailleurs de fonds, le Chef de la délégation camerounaise s'est voulu pragmatique et tranchant : « Une norme n’a d’effet que si elle est connue, appropriée et appliquée ». Cette déclaration résonne comme un rappel à l'ordre réaliste face à la tentation technocratique qui caractérise souvent les grandes conférences internationales. À quoi servent les standards sanitaires élaborés dans les capitales occidentales si les zones pastorales d'Extrême-Nord du Cameroun, des confins du Tchad ou des plaines d'Afrique de l'Est manquent d'infrastructures de diagnostic et de chaînes de froid opérationnelles ? Pour le patron du MINEPIA, la norme n'est pas une fin en soi ; elle est un instrument d'action publique qui doit se matérialiser par des laboratoires équipés, du personnel qualifié, un partage fluide de l’information sanitaire entre la santé animale, humaine et environnementale, ainsi qu’un financement pérenne de la prévention. Dans ce cénacle mondial, la position camerounaise a rappelé une évidence souvent négligée : la sécurité sanitaire mondiale se joue à l’échelon le plus fin des territoires locaux. Des services vétérinaires de terrain jusqu’aux étals des marchés vivriers, le respect des règles sanitaires conditionne non seulement la santé des cheptels, mais aussi la sécurité alimentaire de millions de ménages et la protection des consommateurs.

Une réponse concrète par la dette souveraine et le partenariat public-privé

Loin de se borner à des leçons théoriques, le Dr Taïga a étayé son propos en exposant les résultats concrets de la politique sanitaire vétérinaire mise en œuvre au Cameroun. Au centre du dispositif présenté : le Projet de Développement de l’Élevage (PRODEL), une initiative stratégique appuyée par un emprunt contracté par l’État du Cameroun auprès de la Banque mondiale. Ce choix politique illustre l'engagement du gouvernement à investir des ressources souveraines pour sécuriser son capital animal. Grâce à la mobilisation de ces fonds publics, le Cameroun a pu réaliser des campagnes de vaccination entièrement gratuites ciblant la quasi-totalité du cheptel de petits ruminants (moutons et chèvres) sur l'ensemble du territoire national, trois années consécutives durant. Les retombées de cette politique de masse ne se sont pas fait attendre. Évalué à l’aune de l'outil international de suivi et de diagnostic PMAT (PPR Monitoring and Assessment Tool), le Cameroun a franchi un palier décisif en se hissant au stade 3 de l’approche progressive de contrôle de la Peste des Petits Ruminants (PPR). Ce positionnement technique atteste des progrès majeurs accomplis par le pays vers l’éradication définitive de cette épizootie dévastatrice. Mais la véritable innovation stratégique défendue par le MINEPIA réside dans la structuration du secteur vétérinaire. Conscient des limites de la seule intervention étatique sur un territoire vaste et complexe, l’État du Cameroun a utilisé les financements publics pour encourager l'installation en clientèle privée de plus d'une centaine de docteurs vétérinaires. Cette mesure structurante a produit un triple effet positif : - Densification du maillage sanitaire : Rapprocher les soins vétérinaires des éleveurs ruraux et des zones d'accès difficile. - Insertion socioprofessionnelle : Offrir des perspectives d’auto-emploi durables et valorisantes aux jeunes diplômés des facultés de médecine vétérinaire. - Élévation de la qualité de service : Améliorer la réactivité et la précision des interventions sanitaires auprès des éleveurs et des producteurs locaux. Ce modèle éprouvé sur le terrain camerounais a servi de socle aux arguments développés par le Dr Taïga devant la communauté internationale à Rome.

Le piège financier des efforts isolés Transfrontalier et interdépendance

L’intervention du Ministre camerounais au Sheikh Zayed Centre de la FAO a mis en lumière un paradoxe central des politiques de santé animale en Afrique subsaharienne : la vulnérabilité des succès nationaux face aux carences régionales. « Le Cameroun est relié aux pays voisins par la mobilité pastorale et le commerce du bétail. Les animaux traversent les frontières, et les investissements nationaux restent vulnérables lorsque la lutte contre les maladies et les services vétérinaires sont insuffisamment financés dans les territoires voisins », a martelé le Dr Taïga. Cette analyse met en exergue les réalités géographiques et socio-économiques du Bassin du Lac Tchad et de l'Afrique centrale. Les flux de transhumance et les circuits commerciaux du bétail ignorent les frontières héritées de la colonisation. Un pays qui consent d'importants sacrifices financiers en contractant de la dette pour vacciner son cheptel, s'expose à des réinfections récurrentes si les États limitrophes ne disposent pas de moyens équivalents pour surveiller et vacciner leurs propres cheptels. Pour le Cameroun, il ne s'agit pas seulement d'un risque épidémiologique, mais d'une menace économique directe. Abandonner la coordination transfrontalière équivaudrait à brader les investissements publics consentis et à condamner les finances de l’État à des pertes sèches. Pour prémunir les États contre ce risque financier et sanitaire, le Dr Taïga a formalisé devant la tribune de la FAO une feuille de route axée sur trois engagements indissociables : - Pérennisations des ressources nationales : Les États doivent maintenir leurs lignes budgétaires dédiées à la vaccination, à la surveillance épidémiologique et au diagnostic de laboratoire, y compris après la clôture des projets sous financements extérieurs. - Financement dédié aux zones transfrontalières : Allouer des moyens spécifiques pour accompagner la mobilité des communautés pastorales, coordonner les opérations sanitaires aux frontières et instaurer des mécanismes de suivi conjoint entre pays voisins. - Alignement stratégique des bailleurs : Fédérer les gouvernements, les institutions régionales (UA-BIRA, PRAPS, CEEAC, CEMAC, IGAD) et les partenaires techniques (FAO, OMSA) autour de plans d’investissement pluriannuels intégrés, chiffrés et mesurables.

Mathieu Nathanaël NJOG

 Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé des Questions Economiques

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