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BGFI Bank Cameroun était chercher l'onction numérique à Paris pour booster la finance d'Afrique centrale

CONGRES MONDIAL DE VISA INTERNATIONAL

Pendant que le commun des Camerounais scrute nerveusement l'écran de son smartphone avec la carte bancaire numérique en priant pour que le réseau d'un énième opérateur de Mobile Money ne s'effondre pas en pleine transaction, la haute finance locale, elle, a pris de la hauteur. Direction : Paris. C’est là, sous les ors de la capitale française, que s’est ouvert le très sélect Congrès mondial de Visa International. Dans les rangs des invités VIP, une délégation camerounaise qui ne voulait pour rien au monde rater ce « Shadow Cabinet » de la monétique mondiale : BGFI Bank Cameroun.



Officiellement, on nous sort le grand lexique managérial, celui qui donne bonne conscience dans les rapports annuels : « contribuer à la transformation des services financiers en Afrique centrale ». Soit. Mais entre le marbre des salons parisiens et la terre rouge des réalités d’Afrique centrale, le fossé numérique reste encore un canyon que même la carte Visa la plus « Gold » a du mal à franchir. Au menu des réjouissances intellectuelles de ce sommet : l'explosion du commerce électronique, le renforcement de la cybersécurité (un mot qui fait doucement sourire dans une sous-région où le « broutage » et les arnaques au forfait mobile sont devenus des sports nationaux) et, bien sûr, l’indéboulonnable « inclusion financière ». L’intention est louable, voire christique. On nous promet d'intégrer des millions de laissés-pour-compte du système bancaire traditionnel. Mais posons les vraies questions, loin des projecteurs de la Seine : comment Visa et BGFIBank comptent-ils évangéliser les commerçantes du marché de Mokolo ou les grossistes de Mboppi, pour qui le seul « cloud » fiable reste la tontine du quartier et les bas de laine ?

À Paris, on parle algorithmes et intelligence artificielle ; au pays, on cherche d'abord la stabilité du courant électrique pour faire fonctionner un simple terminal de paiement (TPE). Cependant, ne jetons pas le bébé avec l'eau de la réserve de change. Pour BGFIBank Cameroun, ce pèlerinage parisien n'est pas qu'une simple partie de plaisir ou une occasion de collectionner les badges magnétiques. C'est un positionnement stratégique crucial. Dans un marché bancaire d'Afrique centrale ultra-concurrentiel, où les banques traditionnelles se font grignoter des parts de marché par les télécoms convertis en banquiers de rue, BGFIBank doit impérativement muscler son jeu. Le premier avantage de cette présence est politique et réputationnel : s’asseoir à la table de Visa International, c’est s’offrir un certificat de respectabilité technologique. Ensuite, c’est une question de souveraineté technique. En discutant en direct avec les ingénieurs de Visa, la banque s'assure un accès direct aux architectures de sécurité de dernière génération.




Ce qui va (vraiment) changer pour l'Afrique centrale

Pour le client VIP de Douala ou de Yaoundé, cela se traduira (on l’espère) par des cartes bancaires qui ne se bloquent pas mystérieusement lors d'un voyage à l'étranger et par des applications mobiles qui ne s'essoufflent pas à la moindre mise à jour. Si l’on nettoie le jargon marketing des communiqués de presse, que reste-t-il concrètement pour l’économie de la CEMAC ? - Le saut technologique vers le sans-contact : Les retombées directes devraient se matérialiser par l'introduction de solutions de paiement de « rupture ». On parle de généralisation du paiement par QR Code interconnecté et de la technologie NFC (paiement sans contact via smartphone ou montre connectée). De quoi accélérer la numérisation des flux de cash qui échappent encore au fisc. - La digue anti-cybercrime : En scellant des protocoles de sécurité directement avec Visa, BGFIBank espère réduire drastiquement la fraude sur les cartes bancaires, un fléau silencieux qui coûte des milliards aux institutions financières de la zone. - L’interopérabilité tant attendue : Le véritable Graal de ce congrès réside dans la capacité à faire dialoguer le monde fermé des comptes bancaires avec l'univers océanique du Mobile Money.

Si BGFIBank ramène dans ses valises des passerelles Visa permettant à un micro-entrepreneur de recevoir un paiement Visa directement sur son portefeuille mobile sans frais confiscatoires, alors le voyage n’aura pas été vain. En somme, BGFIBank Cameroun est allée chercher à Paris les briques technologiques pour construire l'écosystème de demain. Reste maintenant à savoir si ces solutions « haute couture » importées de France sauront s'adapter au « prêt-à-porter » économique d'une Afrique centrale qui demande surtout de la simplicité, de la baisse des tarifs bancaires et, surtout, de la confiance. Messieurs les banquiers, les discours de Paris étaient beaux. Place maintenant aux applications concrètes sur le goudron de Douala. Le Canard veille au grain.




Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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