top of page

Le MINT et la CICOS arment les fleuves de l’intégration sous-régionale contre ses propres souffrances

GESTION DES DECHETS FLUVIAUX

Le fleuve n’est pas seulement une ligne de démarcation ou un décor pour cartes postales doucereuses ; dans l’immensité de l’espace Congo-Oubangui-Sangha, il est le système circulatoire de l’intégration sous-régionale, le cordon ombilical par lequel transitent les marchandises, les cultures et les vies de millions de citoyens. Mais ce cordon s’asphyxie. Entre les sédiments non dragués, l'absence de données fiables sur les débits et, surtout, la prolifération anarchique de déchets issus des unités fluviales, la navigation tournait jusqu’ici à la roulette russe environnementale.



C’est ce nœud gordien qu’a tenté de trancher le Ministère des Transports (MINT) le 1er juillet 2026 à Yaoundé. En recevant officiellement un lot critique d’équipements hydrométriques et d’outils de gestion des déchets fluviaux, le Cameroun, sous l’égide de la Commission Internationale du Bassin Congo-Oubangui-Sangha (CICOS), pose un acte qui dépasse la simple diplomatie de salon. Il s'agit, au fond, de réclamer la souveraineté technique sur nos eaux. La grand-messe, présidée au nom du Ministre Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè par le Secrétaire Général du MINT, Sa Majesté Mveimani Sombo Amba, affichait complet. Autour de la table, la présence du Dr Marie Thérèse Itongo, Secrétaire Générale de la CICOS, et du Directeur Général d’ACTIMA, le bras financier de cette opération disait assez l'importance de l'enjeu. À leurs côtés, un aréopage sectoriel (Eau et Énergie, Environnement, Recherche géologique avec l’IRGM, constructeurs et exploitants d’embarcations) rappelait une vérité crue : la gestion d'un fleuve ne souffre d’aucun silo bureaucratique. Elle est transversale, ou elle est nulle. Le clou du spectacle ? La signature des procès-verbaux de remise des équipements. Dans le jargon feutré des communiqués officiels, on salue « l'intérêt constant accordé au développement durable du transport fluvial ». Dans la réalité du terrain, on actait surtout le passage d'une navigation à vue à une gestion outillée.


L'environnement complexe : l'illusion de l'eau infinie

Pour comprendre la portée de cette dotation, il faut plonger dans la complexité systémique du bassin de la CICOS. Le Dr Marie Thérèse Itongo l’a rappelé sans fard : le transport fluvial est le levier par excellence du désenclavement et de la facilitation commerciale en Afrique centrale. Pourtant, il fait face à des « insuffisances structurelles » chroniques. Le déficit de données hydrométriques fiables empêche toute prévisibilité des tirants d’eau, exposant les barges aux échouements fréquents en période d'étiage (basses eaux). Plus grave encore, l'absence d’un cadre harmonisé de gestion des déchets et le manque d’infrastructures de collecte transforment les cours d’eau en dépotoirs liquides. Les huiles de vidange, les plastiques et les rejets des moteurs des « baleinières » et autres embarcations artisanales s'accumulent dans l'écosystème sans qu'aucune instance ne dispose jusqu'ici des moyens de mesurer l'impact ou de stocker ces polluants. Face à ce vide, la CICOS a dû engager un travail de titan pour élaborer des instruments juridiques et techniques. Mais la loi sans les bras reste impuissante. C'est ici que les équipements d’ACTIMA entrent en scène, offrant le bras armé technique à la gouvernance environnementale des voies navigables. L'histoire des projets de développement en Afrique centrale est malheureusement pavée de cimetières d'équipements de haute technologie, abandonnés dans des hangars faute de maintenance ou de compétences locales. Le Directeur Général d’ACTIMA, tout en magnifiant le partenariat, a subtilement touché du doigt ce défi en insistant sur la nécessité d'une « meilleure connaissance des ressources hydrologiques ».



Pour que ce don ne devienne pas une énième statistique de « coopération passive », la capacité d’implémentation du Cameroun sera scrutée à la loupe. Le projet semble l’avoir anticipé. Dès ce jeudi 2 juillet 2026, les lampions de la rhétorique officielle s'éteindront pour faire place aux ateliers de formation pratique. L'utilisation et la maintenance des outils seront enseignées aux techniciens locaux, avec en point d’orgue une descente sur le site d’installation des stations hydrométriques de Nkolbisson. C’est là, les pieds dans la boue et les mains sur les capteurs, que se jouera la réussite de ce projet. Moderniser le transport fluvial exige de transformer les exploitants d'embarcations et les chercheurs de l'IRGM en gardiens du temple hydrologique. Le Secrétaire Général du MINT, S.M. Mveimani Sombo Amba, a eu le mot juste en qualifiant cette cérémonie d'« acte concret de coopération régionale ». Dans un environnement aussi interconnecté que le bassin du Congo, aucun État ne peut sauver son fleuve seul. La pollution rejetée en amont finit inexorablement sa course en aval, ignorant superbement les frontières tracées par les hommes. Cette dotation n’est donc pas un cadeau de charité ; c'est un investissement de sécurité nationale et sous-régionale. En s'alignant sur les orientations du gouvernement camerounais en matière de protection de l'environnement et de transport, la CICOS démontre sa maturité institutionnelle. Elle quitte la sphère des vœux pieux pour s'ancrer dans le réel. Reste désormais à la chaîne d’acteurs nationaux à transformer ces outils en data exploitables et en actions de dépollution visibles. Car le fleuve observe, et il n'attend plus.



Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Facebook
  • Twitter
WhatsApp Image 2023-07-27 at 17.40.26 (1).jpeg
bottom of page