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Concertation pour la concrétisation du grand projet de construction de la citadelle des mémoires du peuple Sawa

SYMPOSIUM DU NGONDO

 

À l’étroit dans le simple rituel annuel, l’imposant héritage du Ngondo prépare sa grande mue spatiale, spirituelle et juridique. Au Palais de la Culture Sawa, ce 04 septembre 2026, sous le patronage attentif des Chefs traditionnels, d’éminents universitaires et des élites du peuple de l'eau, le grand symposium consacré à l'aménagement des sanctuaires Sawa a jeté les bases d'un projet titanesque : inscrire le génie des ancêtres dans le béton, la pierre, la protection environnementale et le droit public. En s'appuyant sur un Titre Foncier souverain délivré à l'Assemblée coutumière, la cité de l'eau s'apprête à inventer un modèle unique d'économie mixte culturelle où le sacré dicte sa loi à la modernité. Retour l'ambitieuse feuille de route des Chefs, savants et élites du peuple de l'eau.


Il y a des silences qui parlent plus haut que les clameurs du fleuve, et des assemblées solennelles où la terre et l'eau semblent retenir leur souffle pour écouter l'Histoire s'écrire. Lorsque le collège des patriarches (Beyum ba Bato) et le Président du Ngondo, Sa Majesté Gaston Épée Mbodi, réunissent la sève intellectuelle, politique et coutumière du peuple Sawa, ce n'est pas pour un simple exercice de rhétorique ou de nostalgie folklorique. C’est pour répondre, avec toute la gravité requise, au grand rendez-vous du destin. Depuis la décision historique de l’UNESCO, inscrivant en décembre 2024 le Ngondo au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le temps de la contemplation passive est définitivement révolu. Il s'agit désormais de matérialiser le mythe, de donner une chair architecturale, un écrin éco-touristique et une armature institutionnelle pérenne à la trilogie fondamentale Sawa : Nyambé (le culte), Kwa (les oracles) et Dibenga (les manifestations publiques). Au cœur du Palais de la Culture, le grand symposium organisé ce 04 septembre 2026 s'est imposé comme le véritable laboratoire de cette citadelle de mémoire. Autour de figures tutélaires, de dignitaires traditionnels et d'élites engagées à l'instar du Pr. Mouangué Kobila, Président de la CDHC, du Dr. Fritz Ntonè Ntonè, PCA des Aéroports du Cameroun, Pr Édouard Hervé Moby Mpah, Maire de la CAD IVè, l’aréopage de savants, d'ingénieurs et de gardiens de la tradition a dessiné les contours d'un projet pharaonique destiné à métamorphoser pour les siècles à venir les sanctuaires du peuple de l'eau.

Une géographie du sacré sculptée dans la modernité

Le Plan Directeur Architectural et Spatial, fruit d'un intense travail de réflexion populaire et académique engagé depuis les consultations informelles du mois de mars, s'articule rigoureusement autour des trois sanctuaires majeurs : - L’Île de Jébale : Sanctuaire de la pirogue et de la vase sacrée, ce site verra l'édification sur 5 000 m² d'un abri sanctuarisé. Conçu de manière à permettre aux visiteurs et touristes d'admirer la pirogue sans pouvoir la toucher. Le projet prévoit également un lieu de retraite spirituelle pour les piroguiers du sacré quelques jours avant leur plongée rituelle dans les eaux du fleuve, le tout enveloppé d'une ceinture végétale d'arbres rituels. - Le Vortex Etia Koum : Lieu saint d'une profondeur mystique insondable où s'effectuent les consultations oraculaires, cet espace sera orné de statues monumentales à l'effigie des Sirènes et des Mbea Toe (les crevettes mystiques du Wouri). - L’Espace des manifestations publiques (10 hectares) : Cœur battant du premier dimanche de décembre pour la messe de l'eau, le site accueillera un « théâtre antique » couvert de 2 000 places, une proposition portée par le Maire de la ville de Douala, r Roger Mbassa Ndinè et adaptée à la pluviométrie littorale grâce à des matériaux de couverture de pointe. L'ensemble sera magnifié par deux obélisques d'ornementation, un débarcadère avec gare maritime, une forêt sacrée dotée d'un lac de 2 000 m², ainsi qu'un viaduc-rempart matérialisant la longue Odyssée du peuple Sawa, agrémenté des armoiries des cantons et de la façade sculptée des Mbea Toe.

Rituel de l'eau du peuple Sawa
Rituel de l'eau du peuple Sawa

La rigueur de la science face à l'inviolabilité du mystique

L'un des fleurons de ce complexe d'exception sera l'immeuble pyramidal conçu par le Pr. Robert Nzengwa, éminent Ingénieur des ponts et chaussées et premier Directeur de l'École Polytechnique de Douala. Rappelant la traversée historique depuis la Haute-Égypte et Matadi au Congo, cet édifice intégrera un centre de séminaires, des espaces commerciaux, les studios de la Radio communautaire Sawa, les archives du Ngondo, ainsi qu'un pôle muséal interactif dédié aux totems sub-sahariens et un musée virtuel de la faune aquatique et aviaire avec leur nomenclature en langue Douala, français et termes scientifiques. Le programme scientifique aura apporté une grille de lecture philosophique et anthropologique de premier ordre. Tandis que la Pr. Cécile Dolissane Ebossè éblouissait l'auditoire en décortiquant les dimensions symboliques du Culte des Oracles de l’Eau, le Pr. Samé Bongo retraçait la saga migratoire des Sawa à travers le Golfe de Guinée. Le Patriarche Jacques Eyoum Madiba, s'exprimant avec l'humilité et la profondeur d'un sage, rappelait que « restaurer un site, ce n'est pas simplement aligner des pierres, c'est restaurer la continuité sacrée entre les ancêtres, les vivants et les générations à venir. » C'est toutefois la mise en garde magistrale du Pr. Ébénézer Njoh Mouelle qui aura servi de garde-fou moral. Le philosophe a instamment exhorté les concepteurs à préserver la dimension invisible et mystique des espaces contre tout risque de profanation ou de marchandisation abusive : l'accueil des touristes doit s'effectuer dans un cadre strictement qualifié pour que le sacré ne soit jamais bradé sur l'autel du divertissement.

L'armature juridique : Titre Foncier, verrou écologique et PPP

Le symposium a franchi un palier décisif grâce aux contributions combinées d'Isaac Laurent Ekitty Koumkang et de Marcel Kingue France (venu de Nantes), apportant des solutions juridiques d'une netteté remarquable pour encadrer le projet de Marcel Dalle Kingue. La précision capitale apportée durant les débats change radicalement la donne : le Ngondo bénéficie d'un Titre Foncier officiel délivré sur instruction de la haute autorité de l'État (PM/CG). Ce fait juridique majeur extirpe définitivement le terrain du domaine public ordinaire pour l'ancrer dans la propriété irrévocable de la collectivité Sawa et de l'Assemblée du Ngondo. Le verrou de la précarité foncière est ainsi levé. Cependant, la loi environnementale s'impose à tous. En vertu de la Loi-cadre n° 96/12 et des traités internationaux (Convention de Ramsar sur les zones humides), tout aménagement physique sur la berge reste assujetti à une Étude d'Impact Environnemental et Social (EIES) validée par le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du développement Durable (MINEPDED). La préservation de la mangrove sera assurée par l'adoption d'architectures légères sur pilotis et l'usage de matériaux biosourcés. Ce projet s’apparente dans une dimension plus grandes aux Musées des civilisations construites par la ville de Nantes dans quelques villes et chefferies de la région de l’Ouest, dans le cadre du projet de La Route des Chefferies

 

Un modèle d'économie mixte sous charte coutumière

Pour piloter ce vaste complexe d'activités culturelles, éco-touristiques et marchandes, un montage institutionnel inédit est préconisé : - La création d’une Société d’Économie Mixte (SEM) ou un Groupement d’Intérêt Public (GIP) assurera la gestion opérationnelle et commerciale des infrastructures. – La signature d'une Convention-Cadre pour un partenariat juridique formel qui liera la Communauté Urbaine de Douala (CUD), le Conseil Supérieur des Chefs Traditionnels Sawa (Ngondo) et les administrations étatiques. – La sanctuarisation par une Charte Coutumière, il sera annexée aux documents d'urbanisme de la ville de Douala, cette charte donnera une force exécutive légale aux interdictions ancestrales sur les périmètres strictement sacrés. - Le financement et retombées par PPP appuyé sur la Loi n° 2006/012 sur les Partenariats Public-Privé, l'État, la CUD, la Diaspora et des investisseurs privés financeront les équipements marchands (musée, restauration, promenades nautiques) via des concessions de service public. Une clause éthique sine qua non a été arrêtée : une redevance légale sera obligatoirement prélevée sur chaque activité commerciale du site afin d'alimenter un fonds permanent de conservation et de financer des programmes sociaux et éducatifs destinés à la jeunesse Sawa. L'étape suivante, désormais engagée par le collège des organisateurs, consistera à saisir formellement le Ministère des Arts et de la Culture (MINAC) pour faire classer l'ensemble des berges du Wouri au titre du Patrimoine Culturel National (PCN). Au sortir du Palais de la Culture, le message des élites, des universitaires et des patriarches retentit d'un même élan : sur les berges du Wouri, la mémoire ne se contente plus de survivre, elle bâtit son empire.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux culturels


 
 
 

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