top of page

De l'infrastructure d'appoint au socle de la souveraineté, le bilan d’une coopération cinquantenaire

il y a 3 heures
3 min de lecture

JOURNEE BID AU CAMEROUN

L’organisation, le 14 septembre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé, de la Journée du Groupe de la Banque Islamique de Développement (BID), sous la présidence effective du Premier Ministre, Chief Joseph Dion Ngute, dépasse le cadre formel de la célébration institutionnelle. Derrière l’annonce des 230 milliards de FCFA de nouveaux financements et le cadrage stratégique du projet 2027-2029 se dessine un pivot économique majeur. La coopération bilatérale prend une dimension inédite. Décryptage d’un partenariat en pleine mutation.


Pour appréhender la portée des assises de Yaoundé, il convient de remonter à la genèse : 1976. En finançant le barrage hydroélectrique de Songloulou, première opération de la BID sur le continent dès sa création, l'institution d'Jeddah signait un acte fondateur. Cinquante ans plus tard, le volume des engagements cumulés franchit le cap des 2 000 milliards de FCFA. Aujourd’hui, le portefeuille actif de 441 milliards de FCFA (pour 14 projets) traduit un ciblage d'une grande lucidité politique et sociale. Des 19 milliards de FCFA injectés dans le Plan présidentiel de reconstruction du Nord-Ouest et du Sud-Ouest aux 23,3 milliards de FCFA alloués à l'éducation de base, la BID n'agit plus seulement en bailleur de fonds sectoriel : elle intervient désormais en stabilisateur socio-économique, au cœur même des zones de fragilité du territoire national.

 

Le diptyque de la transformation structurelle

Les conventions paraphes lors de cette journée illustrent l'alignement strict du bailleur sur la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Le projet le plus emblématique reste la réhabilitation de l’axe routier Douala-Bafoussam, financée à hauteur de 212,35 millions d’euros (environ 139 milliards de FCFA). La modernisation de cette artère névralgique du réseau national conditionne l’interconnexion entre le premier poumon industriel du pays et les grands bassins agricoles de l'Ouest et du Nord-Ouest. En parallèle, le Projet de Développement Rural Intégré du Dja (PDRI-Dja), doté de 27,4 milliards de FCFA, s’attaque à l’équation de la sécurité alimentaire. En ciblant la structuration des filières maïs, manioc, plantain, volaille et aquaculture dans une perspective de transformation locale, l'initiative cherche à réduire la dépendance aux importations tout en insérant prioritairement les jeunes et les femmes dans les chaînes de valeur à forte rentabilité.

 

L’ingénierie financière islamique au renfort du secteur privé

L'une des évolutions les plus révélatrices de la Journée du Groupe réside dans la redistribution de l'effort financier vers le secteur bancaire commercial. L’injection annoncée de près de 100 millions de dollars (65 milliards de FCFA) matérialise une transition doctrine : l’État ne peut plus porter seul le poids de la croissance. La ligne de crédit de 20 millions d’euros (environ 14 milliards de FCA) accordée par la Société Islamique pour le Développement du secteur privé (ICD) à AFG Bank Cameroun, doublée des lettres d’intention signées avec Afriland First Bank à hauteur de 50 millions d’euros (environ 32,5 milliards de FCFA), CCA Bank pour un montant de 15 millions d’euros (environ 10 milliards de FCFA) et CBC pour la somme de 10 millions d’euros (environ 6,5 milliards de FCFA), agit comme un catalyseur. Il s'agit de démocratiser l'accès au crédit pour le tissu de TPE/PME nationales, jusqu'ici confronté au renchérissement des taux de crédit classiques et au déficit de garanties.

Le Cadre d'Engagement 2027-2029

La présence de Dr Rami Ahmad, Vice-Président de la BID chargé des opérations, au côté du Ministre de l'Économie, Alamine Ousmane Mey, au-delà de l'audience bilan dédiée à l'accélération des décaissements et au traitement des retards opérationnels, visait l'élaboration du premier Cadre d’Engagement Pays (CEP) 2027-2029. Face à une population camerounaise dont plus de 55 % a moins de 25 ans, la stratégie conjointe à venir devra impérativement convertir le dividende démographique en levier de croissance. L'enjeu des trois prochaines années ne réside pas uniquement dans l'alignement théorique sur l'échéance de l'émergence 2035, mais dans la capacité des deux parties à raccourcir les délais d'exécution des projets, afin que les financements signés au Palais des Congrès se traduisent promptement en opportunités d'emplois, en réseaux routiers viables et en autonomie industrielle durable.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions Economiques

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Facebook
  • Twitter
WhatsApp Image 2023-07-27 at 17.40.26 (1).jpeg
bottom of page