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Douala célèbre le levier stratégique de la souveraineté et du développement économique du Cameroun

il y a 20 heures
8 min de lecture

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 JOURNÉE MONDIALE DE L'ÉPARGNE 2026

Du 29 au 31 octobre 2026, la capitale économique du Cameroun a abrité la clôture de la 2ᵉ édition nationale de la 102ᵉ Journée Mondiale de l’Épargne. Sous l'impulsion du Ministère des Finances, représenté par son Ministre Délégué Yaouba Abdoulaye et en présence des acteurs clés du secteur financier, cette grande fête de l'éducation financière a permis d'inscrire l'épargne au cœur de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Entre sensibilisation sur le terrain, constats alarmants sur la volatilité des ressources et propositions de réformes audacieuses comme l'ELOSI, retour complet sur trois jours d'assises décisives.


La Maison du Parti de Bonanjo à Douala a servi de cadre, le 31 octobre 2026, à la cérémonie solennelle de clôture de la deuxième édition nationale de la Journée Mondiale de l’Épargne. La cérémonie s'est déroulée sous la présidence effective du Ministre Délégué auprès du Ministre des Finances, Yaouba Abdoulaye, entouré du Secrétaire Général du MINFI, Edoa Gilbert Didier (Président du Comité d’Organisation), du Gouverneur de la région du Littoral, du Directeur Général du Trésor, de la Coopération Financière et Monétaire Moh Tangongho Sylvester, (Vice-Président), l’Adjoint au Directeur National de la BEAC pour le Cameroun, Asafor Cho Emmanuel, ainsi que des représentants de la du CNEF, des dirigeants de banques, d'établissements de microfinance (EMF), de compagnies d'assurance et d'une importante délégation d'étudiants et des élements des Forces de Défese et de Sécurité. Cette rencontre solennelle est venue parachever une campagne intense de sensibilisation entamée dès le 29 octobre et déployée sur l'ensemble du territoire national, notamment dans les chefs-lieux des 10 régions du pays. À travers une question centrale récurrente et incisive : « Comment rendre l'épargne plus dynamique dans toutes les couches socio-économiques de notre pays ? ». Cette question qui revient avec récurrence dans le contexte camerounais a guidé le choix du thème central des Journées Mondiales de l'Epargne de cette édition, intitulé : « Soutenir ses projets par une épargne efficace »

 

La proximité au cœur du dispositif : des amphis universitaires au Marché Mboppi

Le Comité d'organisation, présidé par le Secrétaire Général du MINFI, Edoa Gilbert Didier a souhaité donner à cette édition une empreinte résolument pédagogique et inclusive. Le 29 octobre 2026, tout a démarré par l'immersion académique. La caravane de l'éducation financière est allée à la rencontre de la communauté universitaire au sein de trois institutions phares : l'Université de Douala, l'Université Catholique Saint-Jérôme et l'Institut Universitaire du Golfe. Les échanges ont porté sur la gestion rigoureuse du budget, l'anticipation des besoins et l'adoption précoce du réflexe d'épargne pour financer les projets futurs. Le 30 octobre 2026, la caravane s’est déportée au Marché Mboppi de Douala. Une opération de sensibilisation de proximité a été menée avec pour objectif d'adresser des messages d'éducation financière directement aux commerçants et aux acteurs de l'économie informelle, dont la contribution à la collecte de la liquidité nationale demeure essentielle. Cette campagne a été renforcée par la diffusion de « Tops Épargne » sur les chaînes de télévision et de radio à forte audience, la réalisation de court-métrages de sensibilisation sur l'assurance-vie et l'envoi de 10 000 SMS de sensibilisation sur tout le territoire.

 

Radiographie de l'épargne camerounaise : l'abondance des dépôts face au défi du long terme

L'exposé magistral présenté au nom du Directeur National de la BEAC par Asafor Cho Emmanuel, Adjoint au Directeur National et Secrétaire Général du Comité National Économique et Financier (CNEF), a posé un diagnostic clair et documenté du secteur bancaire et financier camerounais à fin 2025. Le paradoxe bancaire : une liquidité abondante mais volatile présente un encours total des dépôts bancaires : 9 148 milliards de FCFA à fin décembre 2025, soit une multiplication par 5,9 depuis 2006 (avec une croissance moyenne de +9,8 % par an). Une épargne ultra-courte à travers les dépôts à vue (hors livrets) sont passés de 50 % en 2006 à 63 % des dépôts totaux en 2025. La chute des ressources stables (dépôts à terme et régimes spéciaux) s'est effondrée, passant de 22 % en 2006 à seulement 17,2 % à fin 2025. Des produits d'épargne longue quasi inexistants : 0 FCFA enregistrés sur les comptes et plans d'épargne logement à fin 2025, et seulement 0,4 milliard de FCFA sur les plans d'épargne retraite (soit à peine 0,004 % de l'ensemble des dépôts).

 

Du risque de transformation à la cartographie des acteurs

En 2025, le système bancaire affiche 2,25 FCFA de crédits à moyen et long terme (MLT) pour chaque franc de ressource stable (contre un ratio de 1,0 FCFA en 2006). La part des crédits MLT dans l'encours connait une progression de 35 % en 2006 à 50 % en 2025. Pendant la même période 1 966 milliards de FCFA de crédits longs sont adossés à des dépôts à vue en 2025 (contre 1 milliard en 2006). Alors que les banques accumulent 2 073 milliards de FCFA de dépôts non transformés en crédits à fin 2025. N'ayant pas accès à des ressources longues, elles ne peuvent prêter à 5 ou 10 ans sans s'exposer à d'importants risques de transformation et de liquidité. Le secteur bancaire avec ses 18 banques commerciales exploite un réseau de 502 agences. Le coût moyen de leurs ressources (hors frais généraux) s'établit à 1,5 % en évolution en dents de scie. Le secteur de la microfinance (EMF) avec ses 385 EMF agréés en activité (301 de 1ʳᵉ catégorie et 84 de 2ᵉ catégorie) cumulent 1 112 milliards de FCFA de dépôts, soit 11 % de l'épargne nationale collectée. Le coût moyen de leurs ressources tourne autour de 2,70 %. Or le secteur de l'assurance est en recul. La part des compagnies d'assurance dans les dépôts bancaires est passée de 3,4 % en 2016 à seulement 1,7 % en juin 2026 (représentant 189 milliards de FCFA). Pendant ce temps, on peut observer des déséquilibres régionaux et sectoriels avec 88 % des dépôts du pays sont concentrés dans les deux métropoles (Douala et Yaoundé). Les particuliers affichent un excédent net de +1 709 milliards de FCFA, tandis que les entreprises privées présentent un besoin net de financement de 708 milliards de FCFA. Par ailleurs, le niveau des créances en souffrance demeure élevé à 12,3 % (soit 869 milliards de FCFA à fin 2025).

La réponse de la BEAC et les leviers stratégiques

Face au manque de ressources longues du marché, la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) intervient via son Guichet Spécial de Refinancement (GSR). Cet instrument structurel, respectueux de la stabilité monétaire, permet d'apporter le refinancement long (2 à 7 ans, plafonné à 60 % du coût du projet au taux directeur de 3,5 à 5 %) pour des crédits d'investissement déjà accordés par les banques à des projets productifs. Au Cameroun, le GSR a déjà permis de soutenir 152 milliards de FCFA d'autorisations pour 10 projets majeurs, avec des taux d'exécution constatés sur le terrain allant de 38 % à 85 %. Pour corriger ce déséquilibre structurel à la source et décharger progressivement la Banque Centrale, le forum de Douala a mis en lumière la création de l'ELOSI (Épargne Longue Obligatoire Sécurisée et Indexée) : - Le principe est de transformer la Contribution au Crédit Foncier (un prélèvement salarial à fond perdu jusqu'ici) en une épargne longue, nominative, rémunérée et entièrement restituée au salarié lors de sa retraite ou de son départ définitif. – Le mécanisme va consister à prélever par l'employeur et reversée chaque mois à une Caisse de Refinancement Hypothécaire (CRH) via les banques et EMF (avec une ouverture à la diaspora), l'ELOSI sera rémunérée à un taux garanti indexé sur le TIAO (après avis conforme de la BEAC). – L’impact permettra à la CRH d’utiliser cette ressource longue stable pour refinancer des crédits logement de 10 à 25 ans, créant ainsi une véritable ressource longue nationale à la source.

Les orientations stratégiques des pouvoirs publics

Le mot du Ministre des Finances, contenu dans la plaquette des assises, a rappelé que le taux d'épargne nationale du Cameroun se situe actuellement autour de 15 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Ce niveau demeure insuffisant pour porter le taux d'investissement au seuil de 29 % fixé par la Stratégie Nationale de Développement (SND30), condition indispensable pour atteindre une croissance forte, inclusive et l'émergence du pays sous la très haute impulsion du Chef de l'État, Paul Biya. Dans son allocution solennelle, le Ministre Délégué auprès du Ministre des Finances, Yaouba Abdoulaye, a martelé quatre priorités gouvernementales majeures : - La promotion d'une véritable culture de l'épargne : Démystifier l'idée selon laquelle l'épargne est réservée aux plus riches ; en faire une habitude de discipline financière dès le plus jeune âge. - La sécurisation des ressources et la protection des épargnants : Renforcer la transparence, appliquer la réglementation prudentielle de la COBAC et appeler les citoyens à la plus grande vigilance face aux placements informels non autorisés ou aux promesses de rendements irréalistes. - L'innovation financière et la digitalisation : Mettre les 30,9 millions de comptes de monnaie électronique (Mobile Money) et les solutions de la FinTech au service de l'inclusion financière pour rapprocher les services bancaires de toutes les couches socio-économiques. - L'orientation de l'épargne vers l'économie productive : Canaliser la liquidité vers les PME, l'agriculture, l'industrie et la transformation locale. Le Ministre Délégué a également interpellé les institutionnels pour qu'ils mobilisent leurs excédents vers le long terme, notamment la sécurité sociale (190 milliards de FCFA) et le secteur des assurances (145 milliards de FCFA). En s'adressant directement à la jeunesse et aux étudiants présents à la Maison du Parti de Bonanjo, le Ministre Délégué a conclu en affirmant que « l'épargne est une école de responsabilité, de prévoyance et de liberté », les invitant à devenir les ambassadeurs de cette culture financière sur tout le territoire national.

Récapitulatif des axes d'action issus des assises

Les recommandations issues des trois panels de débats de haut organisé lors de cette conférence de clôture sur les thématiques : - Les leviers d’amélioration de l’épargne nationale, avec un accent sur l’épargne de la diaspora, la finance islamique et les nouveaux canaux de placement. - Le développement de l’épargne face aux défis de l’innovation technologique, notamment le mobile money, les fintechs, la digitalisation et la protection des consommateurs. - L’efficacité de l’épargne dans le contexte camerounais : diagnostic, risques et voies d’amélioration, ont porté sur : - Le développement de produits adaptés afin d’inciter les banques et les EMF à créer des dépôts à terme et plans d'épargne retraite défiscalisés, avec des taux progressifs selon la durée. La dynamisation du marché financier, invitant ainsi la BVMAC et la COSUMAF à émettre des obligations et OPCVM en petites coupures accessibles aux ménages. – La mobilisation de la monnaie électronique pour créer des produits d'épargne bloquée adossés aux réseaux de monnaie mobile en partenariat avec les opérateurs de télécoms. – Le renforcement institutionnel de manière à opérationnaliser la garantie des dépôts via le FOGADAC et faire appliquer par la COBAC le ratio de liquidité structurelle (de type NSFR). Plus qu'une simple halte pédagogique, ces assises de Douala sonnent comme un électrochoc salvateur. En transformant le bas de laine informel en un véritable fleuve d'investissements productifs, le Cameroun tient enfin la boussole de son autonomie financière : bâtir l'émergence de demain sur la solidité de l'épargne d'aujourd'hui.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Financièress et Economiques

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INDICATEURS DE PILOTAGE BEAC / CNEF

Indicateur

2006

2025

Objectif

Couverture Crédits MLT / Res. Stables 

   1,00x      

     2,25x     

Baisse

Part des Ressources Stables / Dépôts  

  22,3 %     

    17,2 %    

Hausse

Créances en souffrance / Crédits      

  12,5 %     

   12,3 %    

Baisse

Ressources ELOSI collectées           

 

  À créer   

Hausse

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