Entre tempêtes fiscales et spectre de pénurie, le géant du surgelé prend l’opinion publique à témoin
CONGELCAM
Face à une décennie de turbulences administratives, de redressements en cascade et de quotas drastiquement rabotés, le mastodonte de la distribution halieutique au Cameroun monte au créneau. À travers une sortie musclée menée par le responsable de la communication, Joseph Flavien Kankeu, l’entreprise du Sénateur Sylvestre Ngouchinghe démonte les accusations de monopole, expose les chiffres chocs de ses déboires portuaires et brandit la sonnette d’alarme à l’aube des fêtes de fin d’année. Chronique d'un bras de fer institutionnel.

Dans le landerneau économique camerounais, rares sont les dossiers qui suscitent autant de passions, de fantasmes et de polémiques que celui de CONGELCAM S.A. Longtemps cloîtrée dans une stratégie de réserve, la firme fondée par l’infatigable entrepreneur et Sénateur Sylvestre Ngouchinghe a décidé de crever l’abcès. Ce jeudi 15 octobre 2026, lors de la conférence de presse donnée à Yaoundé, par la voix de son Responsable de la communication Joseph Flavien Kankeu, le géant du surgelé a choisi la transparence brute pour rétablir une vérité souvent malmenée par les rumeurs et les procès d’intention. Loin d’un simple exercice de communication institutionnelle, cette sortie s’apparente à un véritable réquisitoire contre un environnement des affaires jugé kafkaïen. Entre des redressements fiscaux vertigineux, l’affaire douloureuse des conteneurs débranchés au Port Autonome de Douala (PAD) et une réduction drastique de ses quotas d’importation, CONGELCAM se pose en victime collatérale d’un paradoxe institutionnel. D’un côté, on lui reproche un prétendu monopole absolu ; de l’autre, on bride méthodiquement ses capacités opérationnelles, au risque de précipiter le pays tout entier vers une pénurie de poisson inédite à l'approche des fêtes de décembre.
Tordre le cou au mythe du monopole et des privilèges d'État
La première lame de cette offensive verbale a visé une idée reçue tenace : le monopole de fait que détiendrait CONGELCAM sur le marché national. Chiffres à l'appui, l'entreprise bat en brèche ce narratif en rappelant un fait tâté par l'administration elle-même. Lorsque le Ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA) confesse devant la représentation nationale l’existence d’environ 34 opérateurs agréés, la messe est dite. La réalité du terrain ne relève donc pas d’un monopole anticoncurrentiel, mais bien d’une disparité de moyens colossale. Obtenir un bout de papier autorisant l’importation est une chose ; mobiliser des dizaines de milliards de francs CFA, acquérir des navires congélateurs, s'assurer d'une chaîne logistique infaillible et ériger des infrastructures de stockage de premier plan en est une autre. CONGELCAM le martèle : son empire ne doit rien à une quelconque commande étatique ou à un népotisme providentiel, mais à quatre décennies de sueur, de vision et d’investissements massifs consentis depuis 1982 par son promoteur.
L’engrenage silencieux : redressements en série et naufrage portuaire
Mais c'est en abordant le chapitre de ses déboires administratifs et fiscaux que la conférence a pris des allures de grand déballage. Comment concilier le statut supposé d'enfant gâté de la République avec une décennie de confrontations financières suffocantes ? Le catalogue des embûches dressé par la firme a de quoi donner le vertige : - L’épée de Damoclès de la CONAC : Un rapport de 2018 agitant le spectre d’un impayé douanier de 32 milliards de FCFA au titre de l’exercice 2014, alors même que le secteur bénéficiait d’une exonération légale. Une épée suspendue au-dessus de l'entreprise dans une interminable expectative judiciaire. - L'addition fiscale : Une succession de redressements aussi spectaculaires qu'asphyxiants de 2,2 milliards de FCFA en 2020, 3,2 milliards de FCFA en 2022, et un bond abyssal à 6 milliards de FCFA en 2024. Le traumatisme des 510 conteneurs : En 2023, la destruction de marchandises avoisinant les 13 milliards de FCFA suite au débranchement inexpliqué de 510 conteneurs au port de Douala, un préjudice alourdi par des blocages procéduraux malgré le versement d'une consignation de plusieurs millions. - La descente aux enfers bancaires : Une onde de choc qui a coûté temporairement à l'entreprise son statut de grand standing auprès de la COBAC en 2025, avant un laborieux parcours du combattant pour redorer son blason institutionnel en 2026. Pis encore, l'entreprise dénonce une rupture manifeste d’équité. Alors qu’une trentaine de concurrents se partagent un gâteau de plus de 300 000 tonnes avec parfois des décotes douanières de 25 à 30 %, CONGELCAM voit ses efforts contributifs minorés dans les bilans officiels. En 2025, l'administration salue des montants bien en deçà des 24 milliards de FCFA réellement versés au Trésor public par le mastodonte. De quoi nourrir un sentiment légitime d’injustice et d'acharnement larvé.

L’alerte rouge des fêtes : vers une pénurie de poisson programmée ?
Au-delà des querelles de chiffres et des comptes d'apothicaire, c’est le consommateur camerounais qui se retrouve aujourd’hui pris en otage. Le nœud gordien de la crise actuelle réside dans l'attribution des quotas d'importation. Passée de 200 000 tonnes en 2025 à une portion congrue de 100 000 tonnes pour l'année 2026, l'enveloppe allouée à CONGELCAM a volé en éclats face à la voracité du marché, asséchant les stocks de l'entreprise en un temps record de sept mois. La demande de rallonge de 100 000 tonnes formulée en septembre dernier s'est soldée par une maigre aumône de 30 000 tonnes, un volume jugé dérisoire qui risque d'être consumé en à peine deux mois. Si l'on ajoute à cela des dysfonctionnements dans le calcul des quotas incluant des déclarations périmées, le compte n'y est plus. « Si les conditions actuelles demeurent inchangées, les étals de nos marchés seront fortement dégarnis dès la fin du mois de novembre 2026, ouvrant la voie à des fêtes de fin d’année sous le signe de la tension, de la flambée des prix et de la pénurie », déclare Joseph Falvien Kankeu, Responsable de la communication de CONGELCAM. Une telle prophétie n'a rien d'un alarmisme de circonstance. Dans la filière halieutique, importer ne s'improvise pas : de la commande internationale à l'acheminement maritime vers les côtes camerounaises, les délais logistiques s'étirent d’un à trois mois. Chaque atermoiement administratif se paie donc cash sur les marchés populaires de Yaoundé, de Douala ou de Bafoussam. En posant ainsi les cartes sur la table, CONGELCAM S.A. a voulu se dédouaner par anticipation. L'entreprise refuse net d'endosser le costume de bouc émissaire si la marmite nationale venait à sonner creux à l'heure des réveillons. Ce point de presse inaugural agit donc autant comme un plaidoyer pro domo que comme un cri d'alarme républicain : l'heure n'est plus aux procès d'intention, mais à un sursaut d’équité, de pragmatisme et de dialogue constructif pour sauver l’assiette du citoyen lambda.
Mathieu Nathanaël NJOG



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