top of page

L’arbitraire sur le barème des salaires des joueurs.ses professionnels met à nu l’éternel défaillance institutionnelle


FECAFOOT-SYNAFOC

Le Syndicat national des footballeurs camerounais (SYNAFOC) est en colère contre la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) suite à la fixation unilatérale des barèmes salariaux pour la saison 2026/2027. Qualifiant de « misérabilistes » et d'incompatibles avec la dignité humaine des salaires fixés à 75 000 FCFA pour l’Elite Two et le football féminin, l’organisation menée par Daniel Ngos menace d'en référer directement à la FIFPRO et à la FIFA pour violation des cadres de dialogue social international. Analyse d'une nouvelle fronde au sommet du football national.


Le football camerounais a ceci de fascinant qu'il ne s'essouffle jamais dans sa capacité à produire de la crise structurelle. Alors que l’opinion publique sportive attendait l’amorce d’une saison 2026/2027 placée sous le signe de la sérénité et de la restructuration, la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) vient de jeter un nouveau pavé dans la mare. En publiant, le 4 août 2026, sa circulaire n°056/26 relative aux frais d'engagement et aux barèmes salariaux minimums, l'instance faîtière de Tsinga a une fois de plus étalé ses méthodes de gestion autoritaires, déclenchant le courroux légitime du Syndicat National des Footballeurs Camerounais (SYNAFOC). Au cœur du litige, un chiffre qui résonne comme une insulte à la condition d’athlète de haut niveau : 75 000 francs CFA. C’est le montant mensuel dérisoire arrêté par la FECAFOOT pour rémunérer les acteurs du championnat MTN Elite Two ainsi que les praticiennes de la Guinness Super League. Pour l'Elite One, la barre a été fixée à 200 000 francs CFA. Une tarification aux allures d'aumône administrative qui entérine la précarisation d'une corporation déjà exsangue.

La réaction du SYNAFOC, portée par son secrétaire général Daniel Ngos, ne s'est pas fait attendre. Par voie de communiqué, le syndicat monte au créneau avec une fermeté à la hauteur de l’affront. Comment prétendre professionnaliser une discipline lorsque l'instance tutélaire contractualise la pauvreté ? Un salaire de 75 000 FCFA ne permet même pas à un individu de subvenir à ses besoins nutritionnels et logistiques de base dans les métropoles camerounaises actuelles, encore moins d'assumer les exigences physiologiques et matérielles d'un athlète professionnel. En institutionnalisant une telle indigence financière, la FECAFOOT ne fait pas que fragiliser le statut des joueurs et des joueuses ; elle jette un discrédit majeur sur l'intégrité de ses propres compétitions. Il n'est un mystère pour personne dans les chaumières du football local que la misère économique des acteurs est le terreau fertile des paris clandestins, des matches truqués et de la corruption systémique qui gangrènent nos terrains.


 


Le mépris récurrent du dialogue social

Mais au-delà de la maigreur des montants, c'est la méthode de décision qui traduit un absolutisme de gestion inquiétant. La décision a été prise sans aucune forme de concertation, au mépris total des règles élémentaires du dialogue social. La FECAFOOT semble oublier ou feint d'ignorer que le 10 juin 2026, à Hoofddorp aux Pays-Bas, la FIFA et la FIFPRO ont signé un accord historique instaurant une plateforme mondiale de dialogue social et reconnaissant les joueurs comme partenaires sociaux incontournables. En tant qu'association membre de la FIFA, la Fédération Camerounaise est juridiquement et moralement liée par ces directives internationales. Publier une circulaire d'une telle portée socio-économique sans avoir consulté la représentation syndicale relève d'une volonté de prendre avantage d’une position institutionnelle de hors-jeu. Ce manquement n'est d'ailleurs pas un cas isolé : le SYNAFOC rappelle qu'en juillet dernier, lors du Tournoi Interpoules 2026, la FECAFOOT avait déjà imposé un rythme absurde d'une rencontre toutes les 48 heures, en violation flagrante des protocoles sanitaires et des temps de récupération prescrits par les instances internationales.

Saturé par ce qu'il qualifie de déni de démocratie sociale, le SYNAFOC se dit prêt à porter l'estocade. Si la FECAFOOT persiste dans son refus de dialoguer et d'ajuster sa copie, le syndicat se réserve le droit d'activer tous les leviers institutionnels, y compris la saisine formelle de la FIFPRO et des organes juridictionnels de la FIFA. Une menace lourde de conséquences. Alors que l'image du football camerounais est déjà écornée par des querelles intestines sans fin et des épisodes administratifs rocambolesques, un arbitrage international sur la condition des travailleurs du football exposerait à nouveau le Cameroun au ridicule diplomatique et sportif. Il est grand temps que les dirigeants de Tsinga comprennent que la gestion d'un football moderne ne s'improvise pas par des diktats unilatéraux, mais se bâtit dans le respect des droits fondamentaux de ceux qui font le spectacle : les joueurs.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions de sport

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Facebook
  • Twitter
WhatsApp Image 2023-07-27 at 17.40.26 (1).jpeg
bottom of page