Quand le château de cartes d’Infantino s'effondre par l'Afrique et les relevés bancaires
FIFA
Au départ, il y a la litanie habituelle des postures victimaires, des violons panafricanistes accordés à la hâte et des sermons enflammés servis sur les plateaux de télévision internationale. Mais à la fin, la comptabilité est une maîtresse froide : elle exige des pièces, des chiffres, des dates. Les diatribes rhétoriques s'envolent, seuls les relevés bancaires restent.

Le grand déballage qui secoue aujourd'hui le sommet du football mondial n'est plus une simple querelle d'arrière-boutique ou un fait divers de vestiaire. En voyant le très prestigieux quotidien britannique The Times poser ses projecteurs sur les circuits financiers reliant Moscou, Yaoundé et Doha, c’est tout le système de gouvernance du patron de la FIFA, Gianni Infantino, qui vacille. Et dans ce théâtre d'ombres où la morale s'achète à coups de mandats internationaux, Samuel Eto’o Fils n’apparaît plus comme le bouclier suprême de la cause continentale, mais comme le rouage central d'une mécanique d'influence en bout de course.
L'illusion du « grand frère » et la diplomatie du compte privé
Lorsque le président de la FECAFOOT s'installe sur les plateaux pour déclarer, l'œil humide et le ton martial, qu'il subit une cabale orchestrée pour son soutien indéfectible à son « grand frère » Gianni Infantino et au football africain, l'esbroufe frôle le sublime. Mais depuis quand la défense des intérêts du continent africain se négocie-t-elle via des comptes personnels logés à la Qatar National Bank ? Les faits révélés par la presse internationale sont d’une précision chirurgicale. On parle d'un virement de plus de 500 000 euros (soit environ 370 millions de FCFA), lié à l'organisation du match amical Russie-Cameroun d'octobre 2023, parti des caisses de la Fédération russe pour atterrir directement sur un compte privé au Qatar. Face à cette accusation d’une gravité sans précédent, la réponse d’une institution crédible tient en un seul document : un relevé bancaire attestant de la rétrocession intégrale des fonds dans les caisses de la fédération. À la place de cette preuve comptable élémentaire, le public a eu droit à un verbiage juridique embarrassant. Sept pages de communiqué du Comité d'urgence de la FECAFOOT rédigées pour « dissiper le doute », mais sans l'ombre d'un chiffre, sans la moindre trace d'un bilan, confessant au passage par une maladresse de plume historique des « décisions pratiques de captation de ces sommes ». Contester l'origine ou la fuite des documents administratifs, c'est déjà, dans l'art judiciaire, authentifier le dossier de l'accusation. Quand la défense admet la captation en contestant simplement le facteur, le doute n'est plus permis : le système a fabriqué sa propre cartographie de l'opacité.

Le « Feymanisme » institutionnel et la géopolitique du chantage
Comme le rappelait avec une ironie mordante un observateur avisé : «Le football actuel à tous les niveaux est politisé. Ils jouent tous à leurs jeux entre feymans. Donc si un individu de ce système veut vous faire croire qu'il défend une soi-disant cause collective, soit il joue sa propre survie, soit il vous prend pour des mougous.» C’est là le cœur du drame. Gianni Infantino n'a pas inventé le football, mais il en a théorisé la privatisation. Pour maintenir son hégémonie face à une UEFA frondeuse et à des fédérations en quête de transparence, le patron de Zurich a appliqué une recette vieille comme le monde : la gouvernance par le dossier. En étouffant les audits, en fermant les yeux sur les dérives financières de certains barons locaux en échange de leur loyauté électorale lors des congrès de la FIFA, Infantino s'est constitué un parc de fédérations vassalisées. Mais le piège de cette politique du chantage est qu'elle ne résiste pas au temps. Les récentes expulsions à vie de Vincent Cassell (Montserrat) et de Bassam Adeel Jaleel (Maldives) – ce dernier condamné pour avoir siphonné les fonds du plan de secours Covid-19 pour s'offrir des appartements – ne sont que des contre-feux allumés dans la précipitation par la commission d'éthique de la FIFA. En sacrifiant quelques lampistes périphériques pour tenter de démontrer un semblant d'impartialité, Zurich espérait calmer l'ouragan. L'effet produit est exactement l'inverse : la question brûle désormais toutes les lèvres. Pourquoi frapper à vie le dirigeant des Maldives pour détournement de fonds Covid et observer un silence assourdissant face aux opérations qataries de l'icône camerounaise ?
Le grand désamour des présidents africains
Le piège s'est refermé le jour où la rhétorique du « complot contre l’Afrique » a rencontré ses limites. De quelle Afrique parle-t-on ? Celle des 54 fédérations membres dont une quarantaine, excédée par les postures de marionnette au service de projets de privatisation des droits commerciaux de la FIFA, exige aujourd'hui publiquement que nul ne s’improvise leur porte-parole sans mandat ? Le panafricanisme n'est pas un tampon encreur pour blanchir des opérations bancaires litigieuses. Où était ce prétendu patriotisme continental lorsque des alliances d'appareil ont sacrifié des figures locales sur l'autel des intérêts zurichois ? La vérité est que le continent refuse d'être le faire-valoir d'un tandem en perdition. Les dirigeants africains ont compris que la défense du football continental exige de l'indépendance, de la rigueur et de la redevabilité, non une soumission aveugle aux desiderata d'un président de la FIFA aux abois. À force de réclamer sur tous les plateaux que l'on « sorte les dossiers », le président de la FECAFOOT a fini par obtenir gain de cause. Mais la transparence n'est pas un menu à la carte où l'on choisit les plats à sa convenance. Les dossiers sortent, un par un, étalant au grand jour la gestion patrimoniale d'une institution sacrée. La légende des terrains ne saurait effacer la rigueur qu'exige la gestion des deniers publics. L'heure des discours grandiloquents est terminée. Seuls les registres comptables disent la vérité, et aujourd'hui, les carottes sont cuites.
André Som N.



.jpeg)
Commentaires