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L’enfer blanc qui calcine la jeunesse camerounaise sur fond de complaisances et de rapines uniformisées

DROGUES

Le 26 juin 2026 a marqué la 39e Journée Internationale contre l’Abus et le Trafic Illicite des Drogues. Le thème mondial choisi pour cette édition fait saliver les bureaucrates : « Problème mondial des drogues : enjeux persistants, nouveaux défis, réponses innovantes ». Tout un programme de colloques et de séminaires en perspective, financés à grands frais. Pourtant, à quelques encablures des ministères, dans les « ghettos » de Douala, de Yaoundé, de Bafoussam ou de Bamenda, la « réponse innovante » des dealers locaux a déjà pris de court les autorités depuis bien longtemps. La jeunesse camerounaise se meurt à petit feu, consumée par le Tramadol, la cocaïne, le « caillou » (crack) et d'autres mixtures chimiques artisanales de plus en plus dévastatrices.



La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), dans sa déclaration commémorative, a cru bon de rappeler les fondements juridiques de cette journée, instituée par la résolution 42/112 de l’Assemblée générale des Nations Unies en 1987. L'institution dirigée par le Pr James Mouangue Kobila souligne avec justesse que ce thème s'inscrit en droite ligne de l'Aspiration 4 de l'Agenda 2063 de l'Union Africaine, qui rêve d'une « Afrique exempte de drogue et de crime organisé ». Un vœu pieux, presque cynique, quand on observe le décalage abyssal entre ces projections continentales et la tragédie quotidienne qui se joue sous nos yeux. Certes, la CDHC ne manque pas de saluer ce qu’elle qualifie d'« efforts constants et soutenus des pouvoirs publics », brandissant comme un trophée la saisie spectaculaire opérée le 20 février 2026 à l’Aéroport international de Douala. Ce jour-là, les douanes camerounaises interceptaient six cargaisons de stupéfiants totalisant 2 491 kg, pour une valeur marchande estimée à près de 50 milliards de francs CFA. Le butin donnait le tournis : 1 057 kilogrammes de cocaïne pure et 1 434 kilogrammes de Tramadol, ce fameux analgésique détourné qui décime nos écoles et nos universités. Si cette opération coup de poing démontre que le renseignement ciblé peut fonctionner, elle pose une question de fond que notre rédaction n'hésite pas à formuler : combien de cargaisons de cette envergure traversent chaque semaine nos mailles douanières sans jamais être inquiétées ? Cette saisie record n’est que l’arbre qui cache une forêt tropicale de corruption. Nos frontières terrestres, maritimes et aéroportuaires sont de véritables passoires où le billet de banque fait office de passe-droit universel. Le système douanier, gangrené par des réseaux d’intérêts occultes, plie sous le poids des arrangements financiers, laissant entrer sur le territoire national de quoi aliéner des générations entières de Camerounais.

Le constat le plus effroyable, et que les officiels feignent d'ignorer dans leurs rapports policés, est sans appel : le fléau réside dans le comportement de ceux qui ont juré de protéger la société. Sur le terrain, l'action des Forces de Maintien de l'Ordre (FMO) soulève d'immenses vagues d'indignation. Au lieu de traquer sans relâche les têtes de pont des réseaux de distribution, certaines « brebis galeuses » de la police et de la gendarmerie ont transformé les points de deal en de véritables comptoirs de recouvrements personnels. Le modus operandi est connu de tous les habitants des quartiers populaires. Plutôt que de procéder à des arrestations systématiques et de démanteler les réseaux, ces agents véreux préfèrent collecter une rapine hebdomadaire, voire quotidienne, auprès des grossistes et des dealers de quartier. Le rituel est immuable : une patrouille de routine s'arrête, le « chef de secteur » du réseau glisse une enveloppe d'argent sale entre les mains des hommes en tenue, et la vie reprend son cours destructeur. Les dealers achètent ainsi leur tranquillité et l'impunité de leur commerce mortifère. Plus scandaleux encore, les enquêtes de voisinage révèlent que certains de ces fonctionnaires indélicats ne se contentent pas de toucher des pots-de-vin : ils comptent eux-mêmes parmi les consommateurs réguliers de ces substances ! Lorsqu'on les interroge discrètement sur cette accoutumance flagrante, l'excuse est toute trouvée, cousue de fil blanc : il leur faudrait, disent-ils, consommer ces produits pour se donner le courage nécessaire afin de « mener des opérations dites périlleuses ». Une inversion totale des valeurs où la loi se drogue pour feindre d'arrêter le crime. Comment espérer une répression efficace lorsque le bras armé de l'État est lui-même intoxiqué et financièrement inféodé aux cartels locaux ?





Une jeunesse sacrifiée sur l'autel de l'exclusion

Pendant que les billets de banque circulent sous les tables, les ravages au sein de la jeunesse prennent des proportions de catastrophe sanitaire majeure. La CDHC note avec préoccupation que les personnes souffrant de troubles liés à l'usage de drogues font face à une exclusion sociale féroce, à la stigmatisation et à la discrimination. Au Cameroun, devenir addict équivaut à une condamnation à mort sociale. Nos hôpitaux psychiatriques, à l’instar de l’Hôpital Jamot de Yaoundé, sont débordés par des adolescents en rupture totale avec la réalité, présentant des bouffées délirantes aiguës causées par la consommation de drogues synthétiques de plus en plus toxiques. Les établissements scolaires ne sont plus des sanctuaires du savoir, mais des marchés ouverts où circulent les comprimés de contrebande sous l’œil parfois impuissant ou complice des personnels administratifs. Face à ce naufrage collectif, la CDHC brandit ses outils diplomatiques et légaux. Elle rappelle que le Cameroun a accepté 220 recommandations lors de son passage au 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU) le 26 mars 2024, dont deux sont en parfaite consonance avec la lutte contre ce fléau. L'institution réitère également ses interpellations à l'endroit de plusieurs ministères clés : les Enseignements secondaires (MINESEC), l'Éducation de base (MINEDUB), la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), les Affaires sociales (MINAS) et la Jeunesse (MINJEC), les enjoignant d'intensifier les campagnes de sensibilisation.

La Commission recommande par ailleurs au gouvernement de muscler la coordination multisectorielle en renforçant les ressources du Comité National de Lutte contre la Drogue (CNLD) pour mieux harmoniser les actions avec l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et la société civile. Enfin, elle renvoie la balle dans le camp des familles, appelant les parents à briser le tabou par un dialogue ouvert, non stigmatisant, et à exercer une vigilance accrue sur les fréquentations et les activités numériques de leur progéniture. Ces recommandations sont techniquement irréprochables. Mais sur le terrain de la république réelle, elles se heurtent à un mur d’inertie. Sensibiliser des enfants dont les modèles de réussite sociale sont des trafiquants enrichis et insolents de reniement moral relève de la gageure. Demander aux familles de dénoncer les points de vente alors qu'elles savent pertinemment que les policiers locaux partagent la recette avec les dealers est un exercice à haut risque pour les populations. La célébration de cette 39e Journée internationale ne doit pas se limiter à un vernis hypocrite de plus. Le Cameroun ne peut plus se permettre de tolérer que sa force vive soit ainsi sacrifiée pour enrichir une poignée de criminels et de fonctionnaires corrompus. Les réponses dites « innovantes » évoquées par le thème de l’ONU doivent d’abord se traduire chez nous par une purge impitoyable au sein des forces de maintien de l’ordre et des administrations douanières. Il est impératif que les « brebis galeuses » soient traquées, révoquées et jetées en prison avec la même sévérité que les trafiquants qu'elles protègent. Sans une justice implacable pour couper les têtes de la corruption systémique, les déclarations de la CDHC et les saisies aéroportuaires ne resteront que de la littérature pour archives nationales. La patrie est en danger d'abrutissement généralisé, et le réveil pourrait être d'une brutalité sans précédent.


Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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