La CDHC appelle à garantir l’accès à l’eau et à renforcer la protection des mineurs
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 6 heures
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JOURNEE DE L’ENFANT AFRICAIN 2026
16 juin dernier, le Cameroun s’est joint à la communauté continentale pour commémorer la Journée de l’enfant africain. Trente-cinq ans après la fameuse résolution de l’OUA à Abuja, instituée en mémoire des écoliers massacrés de Soweto, Yaoundé a sorti le grand jeu protocolaire. Le thème de cette édition 2026 sonne pourtant comme une cinglante ironie dans les quartiers de nos cités et l’arrière-pays : « Garantir l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène pour chaque enfant en Afrique ». À l’heure des bilans, la Commission des droits de l’homme du Cameroun a commis une déclaration fleuve. Entre encensements polis de l’appareil étatique et chiffres qui fâchent, l'institution met le doigt là où le précieux liquide ne coule pas.

Derrière les parchemins officiels et le lyrisme constitutionnel, le fameux 21e tiret du préambule de la Constitution du Cameroun du 18 janvier 1996 qui consacre le droit à un environnement sain, la réalité du terrain se fiche éperdument des textes. La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), dans un élan de lucidité qu’il convient de saluer, a jeté les chiffres froids de notre retard structurel au visage des planificateurs du développement. Au Cameroun, l'accès à l'eau potable reste un privilège de nantis ou une loterie géographique. Seuls 70 % de la population globale y ont droit, mais ce chiffre cache mal un gouffre abyssal : 82 % en zone urbaine contre un misérable 52 % dans nos campagnes. Pour ce qui est de l’assainissement, nous naviguons en pleine bérézina. Les installations sanitaires de base ? Une chimère pour la majorité. Seuls 43 % des Camerounais en disposent, avec un grand écart hallucinant entre les villes (58 %) et le monde rural, laissé pour compte à 22 %. Comment, dans ces conditions, garantir l’hygiène de l’enfant africain quand le premier réflexe matinal du bambin de nos villages est de parcourir des kilomètres pour ramener une eau boueuse et suspecte ?
Le miroir d’une fracture sociale
Pourtant, à écouter nos ministères, le paradis aquatique est pour demain. La CDHC rappelle opportunément que la Politique nationale de l’eau (PNE), adoptée en novembre 2019, a été officiellement « lancée » le 11 avril 2025 à Yaoundé. Six ans pour accoucher d'un lancement ! Un rythme de sénateur dont l’administration camerounaise a le secret, sous le regard bienveillant de l’UNICEF. Pour corriger le tir et feindre d'accélérer la cadence vers l'horizon 2030, le Ministère de l’Eau et de l'Énergie (MINEE) a sorti de son chapeau, les 1er et 2 avril 2026, la table ronde stratégique du « Compact national Eau ». Autour de la table, du beau monde : la Banque mondiale, l’Union Européenne et la Société Financière Internationale (SFI). Des réformes structurelles à la pelle pour promettre une gestion résiliente et équitable. Les bailleurs de fonds signent des chèques, les directeurs s’auto-congratulent, mais le robinet, lui, reste désespérément sec. Les enfants attendent toujours de voir la couleur de ces réformes dans leurs gobelets. Mais il n’y a pas que la soif qui tue nos enfants ; il y a aussi la folie des hommes.
La déclaration de la CDHC prend une tournure dramatique lorsqu'elle aborde la question des violences. Infanticides, filicides, mutilations génitales féminines, drames intrafamiliaux... Nos pages faits divers débordent de ces horreurs qui transforment l’enfance en un espace de terreur et de silence. Ce constat alarmant a provoqué un remue-ménage inhabituel au sommet de l’État. Le 1er juin 2026, le Gouvernement a dû se résoudre à aligner ses troupes lors d'une conférence de presse conjointe. On a vu René Emmanuel Sadi de la Communication, Marie-Thérèse Abena Ondoa de la Promotion de la Femme et de la Famille, et Pauline Irène Nguéné des Affaires sociales, flanqués des pontes de la sécurité et de la justice, feindre l’union sacrée pour annoncer une « riposte étatique coordonnée » et la fin de l’impunité. On veut bien y croire. Tout comme on veut croire aux vertus de la séance de travail du 10 avril 2026 entre la CDHC et le MINPROFF pour vulgariser les lignes vertes : le 1523 pour la Commission et le 116 pour le Ministère. Des numéros d'urgence pour sauver des vies, à condition que le réseau ne soit pas aussi défaillant que la distribution d'eau.

Pour que la tolérance zéro ne soit pas un vain mot
Sur le plan international, notre pays brille aussi : le Président de la CDHC, Pr James Mouangue Kobila, également patron du Réseau des Institutions Nationales Africaines des Droits de l'Homme (RINADH), est allé signer le 17 avril dernier à Maseru, au Lesotho, un Accord-Cadre avec le Comité africain d’experts pour renforcer la redevabilité envers les enfants. Grandiloquence extérieure, misère intérieure. L’Examen périodique universel (EPU) de l'ONU avait déjà épinglé le Cameroun en mars 2024, avec 220 recommandations acceptées, dont trois concernent directement l'eau et l'assainissement pour cette Journée de l’Enfant Africain (JEA) 2026.
La CDHC les a ventilées dans les Ministères. Reste à savoir si ces documents ne finiront pas dans les tiroirs poussiéreux de la République. Pour sortir de la léthargie, la Commission formule des exigences précises. Au Gouvernement, au Parlement et aux tribunaux, elle demande d’activer le principe de la « tolérance zéro ». Finies les longues procédures et les compassions de façade : il faut des poursuites accélérées et des sanctions pénales exemplaires pour les bourreaux d'enfants. Enfin, une note d'humanité pour les plus vulnérables : le Ministère des Affaires Sociales est sommé de veiller à ce que les infrastructures d'eau et d'assainissement soient enfin adaptées aux enfants en situation de handicap dans les établissements publics. Célébrer l'enfant africain, c'est bien. Lui donner à boire, le protéger des prédateurs et respecter sa dignité, c’est nettement mieux. À Yaoundé, le temps des discours est consommé ; il est grand temps que les actes coulent de source.
Mathieu Nathanaël NJOG



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