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L'illusion du retour et la réalité de la confiscation de la parole d'État, un signal d'alarme

Dernière mise à jour : il y a 13 minutes

CAMEROUN

Le retour du Chef de l’État à Yaoundé après une absence de plus de deux mois ne saurait refermer la béance institutionnelle ouverte durant son séjour helvétique. En publiant leur déclaration n°12/26 intitulée « La République n'est pas un secret d'État », les figures de la société civile réunies au sein d'Action Civile 237 ne signent pas, le 20 août 2026 à Yaoundé, un simple pamphlet d'opposition. Elles posent un diagnostic au scalpel sur la décomposition méthodique du pouvoir public, l'opacité du sommet de l'État et la saignée financière de nos ressources.


Il est des retours qui ressemblent à des faux-semblants. Soixante-quinze jours après un départ qualifié de « court séjour privé » en Europe, l'atterrissage de l'appareil présidentiel sur le tarmac de Yaoundé-Nsimalen est censé, dans l'esprit du sérail, clore la parenthèse. Mais quelle parenthèse ? Ce que la déclaration de la société civile camerounaise portée entre autres par Hilaire Kamga, Philippe Nanga, Maximilienne Ngo Mbe et Cyrille Rolande Bechon, nous oblige à regarder en face, ce ne sont pas les spéculations de couloir, mais la réalité nue d'une architecture institutionnelle en déshérence. Le cœur de la crise ne réside pas seulement dans l'absence physique, mais dans la déchéance de la parole publique. Lorsque le Ministre de la Communication, Emmabuel René Sadi, Porte-parole officiel du Gouvernement, tente de rassurer la nation le 2 août dernier au micro d'une radio étrangère, il offre au monde le spectacle de l'impuissance. Certifier d'un côté que le Chef de l'État n'est pas hospitalisé, pour ensuite renvoyer la presse à « ceux qui sont avec lui » à Genève pour en savoir plus, relève d'un aveu dévastateur. Qui sont « ceux qui sont avec lui » ? Ni le gouvernement, ni le Parlement, ni le Conseil constitutionnel. En quelques phrases, la parole publique s'est déplacée de l'institution vers la camarilla privée, du formel vers l'officieux. La République s'est dissoute dans le secret d'un entourage sans mandat ni responsabilité devant le peuple souverain.

Le cul-de-sac de la révision constitutionnelle

Pire encore est l'impasse juridique sciemment orchestrée. La révision constitutionnelle d'avril 2026 a réintroduit un poste de Vice-président de la République, érigé en successeur immédiat et doté de la capacité exclusive de saisir le Conseil constitutionnel pour faire constater l'empêchement définitif du Chef de l'État. Or, ce Vice-président n'a jamais été nommé. La démonstration d'Action Civile 237 prend ici toute sa force : la clé de la continuité républicaine a été déposée entre les mains de la seule personne dont l'incapacité éventuelle doit précisément être contrôlée. En subordonnant la saisine du juge constitutionnel à un acte présidentiel discrétionnaire qui n'a jamais été posé, la loi fondamentale a été transformée en un cul-de-sac où toute procédure de vacance ou de démission devient juridiquement inopposable. Ce n'est plus une faille procédurale ; c'est un verrouillage systémique.


La gouvernance par procuration et l'hémorragie financière

Pendant ce temps, la fiction administrative continue de tourner. Les arbitrages économiques patinent, le remaniement gouvernemental annoncé s'évapore, mais les décrets tombent, estampillés de la mention « Fait à Yaoundé ». On invoque la continuité du service par la délégation de signature accordée de longue date au Secrétaire général de la Présidence. Or, une délégation de signature n'est pas un transfert de légitimité décisionnelle. Quand l'omniprésence des « hautes instructions » supplante l'arbitrage direct de l'élu du peuple, c'est l'exercice même de la souveraineté qui devient spectral. Cette vacance au sommet se paie au prix fort sur le terrain économique. Le contraste saisissant révélé entre les 148 kilogrammes d'or officiellement exportés par le Cameroun entre 2021 et 2025 et les 44 tonnes d'or réceptionnées à Dubaï sur la même période pour une valeur de près de 1 900 milliards de FCFA, illustre le coût tragique de l'immobilisme. Pendant que le pouvoir d'État s'évanouit dans les couloirs des hôpitaux ou des hôtels genevois, l'économie nationale subit une hémorragie équivalente à plusieurs années du budget de la santé publique.

L'exigence de la vérité citoyenne

Le retour du Chef de l'État ne saurait effacer ces questions. Action Civile 237 ne demande ni un coup de force ni un arrangement de couloir. En exigeant que le Président de la République assume pleinement ses fonctions ou démissionne, en appelant le Conseil constitutionnel à sortir de sa neutralité coupable et en réclamant la publication intégrale du rapport sur le trafic d'or, la société civile rappelle un principe élémentaire : la gestion d'une nation exige de la reddition de comptes. La création d'une « Cellule Citoyenne de Crise » et l'appel à des concertations pour une transition apaisée marquent une rupture. Les Camerounais ne sauraient demeurer les spectateurs passifs des guerres de clans pour la succession. Si la République n'est pas un secret d'État, alors le moment est venu d'exiger une transparence absolue sur ceux qui gouvernent, sur la manière dont ils gouvernent, et sur l'avenir réservé à la nation.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions de droits humains

 
 
 

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