L’Appel crucial de la CDHC pour la sauvegarde des sages-femmes autochtones, gardiennes de la vie
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 6 jours
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour
DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES
À l’occasion de la 32ᵉ édition de la Journée internationale des populations autochtones célébrée ce 9 août 2026, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) monte au créneau. Entre hommage vibrant aux sages-femmes traditionnelles, dénonciation de la corruption dévorante et rappel des obligations juridiques internationales, l’organisme réinvente le plaidoyer pour les communautés vulnérables. Plongée au cœur d'une déclaration capitale qui secoue les lignes institutionnelles.

C’est un texte dense, incisif et pétri d’humanité que la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) vient de livrer à l’opinion publique nationale et internationale en ce 9 août 2026. Alors que la communauté internationale célèbre la 32ᵉ édition de la Journée Internationale des Populations Autochtones (JIPA), l’instance de promotion et de protection des droits fondamentaux au Cameroun ne s’est pas contentée d’une simple rhétorique de circonstance. Elle livre une grille de lecture prospective, ancrée dans les réalités locales et guidée par un mot d’ordre universel : préserver la dignité, la mémoire et le bien-être de ceux que le développement moderne a trop souvent relégués aux marges. Placée cette année sous le thème évocateur : « Rendre hommage aux sages-femmes autochtones : préserver la vie et le bien-être », cette journée offre à la CDHC l'occasion de rappeler l'urgence de protéger un patrimoine immatériel et humain inestimable. Pour la CDHC, le thème choisi en 2026 par l’Organisation des Nations Unies (ONU) retentit comme un impératif moral et sociétal. Les sages-femmes autochtones ne sont pas de simples praticiennes empiriques ; elles incarnent le pont vivant entre la médecine ancestrale, la cosmogonie traditionnelle et la survie physique des communautés marginalisées. Dispensatrices de soins dans des zones souvent dépourvues de toute infrastructure sanitaire moderne, elles portent sur leurs épaules la responsabilité d’apporter la vie là où l’accès aux hôpitaux relève du mirage. En réaffirmant la valeur inestimable des systèmes de connaissances autochtones, la Commission exhorte le gouvernement camerounais et l'ensemble des acteurs de la santé à intégrer ces femmes d'exception dans la chaîne globale du bien-être public. Il ne s'agit pas d'opposer la médecine moderne à la tradition, mais de promouvoir des approches culturellement adaptées, capables de préserver la santé maternelle et infantile dans le respect scrupuleux des droits de l'homme.
Le bouclier de la jurisprudence internationale et de l'inclusion
La CDHC ne se limite pas à l'émotion ; elle assoit son plaidoyer sur un socle juridique inattaquable. Dans sa déclaration, la Commission rappelle opportunément l’apport jurisprudentiel majeur de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CrADHP). Dans son arrêt historique du 26 mai 2017 (CnADHP c. République du Kenya), la Cour avait acté que les Ogiek constituaient une communauté autochtone à statut particulier, méritant une protection spéciale de l'État. Le message sous-jacent adressé aux décideurs nationaux est limpide : toute politique, toute décision administrative ou industrielle impactant les terres, le mode de vie ou les ressources des peuples autochtones est frappée de nullité morale et juridique si elle s’affranchit du Principe de Consentement Libre, Préalable et Éclairé (CLIP). Sur le plan national, la Commission salue les avancées notables. Elle met notamment en lumière l’organisation de la première édition du Festival culturel du Sud-Ouest (South West Cultural Festival – SWECUF) tenue à Buéa du 27 février au 1er mars 2026 sous la houlette du MINAC. De plus, les efforts entrepris lors de l’Assemblée générale de l’Alliance des Peuples Autochtones et des Communautés locales pour la conservation en Afrique (AICA), abritée à Yaoundé en mai 2026, rappellent la position constante du Président de la CDHC, Pr James Mouangue Kobila : la protection des peuples autochtones s'étend bien au-delà du foncier pour embrasser l'intégralité de leurs droits civiques, sociaux et politiques. C’est sans doute le volet le plus tranchant de la déclaration. La CDHC met le doigt sur une plaie purulente : l’impact destructeur de la corruption sur la survie des peuples autochtones. La Commission démontre avec une clarté redoutable comment les détournements de deniers publics privent les zones enclavées d'écoles, d'eau potable et de centres de santé dignes de ce nom. Pire encore, la corruption favorise le bradage illégal et l'exploitation sauvage des forêts et des terres d'ancêtres, spoliant ces communautés de leur unique moyen de subsistance. Transposé au thème des sages-femmes, le fléau de la corruption assèche le soutien institutionnel indispensable : absence de médicaments essentiels, carence d'infrastructures de base et abandon des programmes destinés à valoriser la pharmacopée traditionnelle. En nommant le mal, la CDHC hausse le ton et refuse la fatalité.

Bilan et perspectives : Des signaux d'espoir et des recommandations fermes
Tout n'est pas sombre dans ce tableau institutionnel. La Commission se félicite des retombées de sa précédente déclaration de 2025. Preuve d'un dialogue constructif entre la CDHC et les administrations, le Bureau national de l'état civil (BUNEC) a formellement réagi par une correspondance le 15 avril 2026. L'intégration des recommandations de la Commission dans le Plan stratégique de modernisation de l’état civil (ESEC 2025-2029) et dans le Projet de performance annuel (PPA) 2026 du BUNEC constitue une victoire majeure. L’enregistrement à l'état civil des populations autochtones – préalable indispensable à l’exercice de la citoyenneté – est désormais en voie d'accélération. Fort de ce succès, la CDHC formule un nouvel ensemble de recommandations directes : - Aux Ministères sectoriels (MINAS, MINSANTÉ, MINPROFF, MINAT) : Mettre en œuvre une réelle participation inclusive des représentants autochtones et des sages-femmes à l'élaboration de toutes les politiques de développement local, de santé et d'environnement. - Au MINAC, MINAS et MINSANTÉ : Concevoir de toute urgence des programmes intégrés de documentation, de sauvegarde et de transmission intergénérationnelle des savoirs des sages-femmes autochtones, dans le respect du consentement préalable des communautés. - Aux Organisations de la Société Civile (OSC) : Intensifier la sensibilisation sur le terrain pour promouvoir les droits des femmes et des filles autochtones, tout en érigeant les sages-femmes en piliers du bien-être communautaire. À travers cette déclaration solennelle du 9 août 2026, la Commission des Droits de l’homme du Cameroun réaffirme son rôle de sentinelle intrépide. En honorant les sages-femmes autochtones, c'est l'humanité toute entière qui réapprend à respecter la vie, la nature et le savoir des ancêtres. Le message est désormais transmis aux autorités : l'heure n'est plus seulement à la célébration, mais à l'action concrète et inclusive pour qu'aucun citoyen du Cameroun, quelle que soit sa forêt ou sa montagne d'origine, ne demeure invisible.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions des droits humains



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