La CDHC plaide pour un « investissement structurel » et interpelle l’État sur la corruption et la sécurité des zones de crise
JOURNEE INTERNATIONALE DE LA PAIX 2026
À l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la paix, célébrée ce 21 septembre 2026 sous le thème « Investir dans la paix – Pour tous, partout, chaque jour », la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) a rendu publique une déclaration dense et sans complaisance. Tout en saluant les avancées diplomatiques, judiciaires et les initiatives de la société civile, l’institution nationale de promotion et de protection des droits fondamentaux met en lumière le poison mortel de la corruption et formule des recommandations urgentes au Ministère de la Défense et à la Délégation Générale à la Sûreté Nationale face à la recrudescence des violences dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord.

Le droit à la paix n’est pas une simple formule d’incantation ni une clause de style réservée aux salons feutrés de la diplomatie internationale. Au Cameroun, alors que le monde entier célèbre ce 21 septembre la Journée internationale de la paix (JIP) 2026, la Commission des Droits de l'Homme du Cameroun (CDHC) a tenu à rappeler avec fermeté la valeur juridique, sociologique et existentielle de ce qu'elle qualifie de « droit racine ». Inscrit au cœur des instruments juridiques majeurs du continent africain, notamment à l’alinéa premier de l’article 23 de la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples (ChADHP) ainsi qu’à l’article 10 du Protocole à la Charte africaine des Droits de l'homme et des peuples relatif aux Droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo), le droit à la paix constitue, selon l’instance dirigée par le Pr James Mouangue Kobila, le substrat indispensable et le socle inamovible sans lequel aucune jouissance effective des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels ne saurait être garantie. Dans une déclaration d'une clarté incisive, la CDHC s'approprie le thème mondial retenu cette année par l'Organisation des Nations Unies (ONU) : « Investir dans la paix : Pour tous, partout, chaque jour ». Un leitmotiv qui résonne comme un appel pressant aux autorités publiques camerounaises, aux acteurs de la société civile et aux partenaires internationaux pour sortir des approches réactives et embrasser une véritable stratégie de consolidation de la paix par la base.
Les « architectes du quotidien » à l'honneur
S'alignant sur la philosophie de cette édition 2026, la Commission a accueilli avec une satisfaction marquée ce thème qui remet l'humain et le citoyen local au centre du dispositif sécuritaire et social. Pour la CDHC, l'orientation choisie par les Nations Unies exhorte avant tout les Gouvernements à valoriser et à soutenir activement les « architectes de la paix au quotidien ». Qui sont ces artisans de l'ombre ? Ce sont ces acteurs de première ligne leaders communautaires, médiatrices de terrain, associations de jeunes, autorités traditionnelles et religieuses qui, loin des projecteurs des chancelleries, impulsent l’action locale, restaurent la confiance brisée par des années de querelles, renforcent la cohésion sociale et édifient une paix durable à partir de la base. Par cette prise de position, la Commission réaffirme avec force que la paix ne saurait être l’apanage exclusif des enceintes diplomatiques, mais demeure une construction collective, quotidienne, inclusive et profondément enracinée dans le vécu des populations.
Symboles diplomatiques et victoires judiciaires à l'international
Dans son analyse des efforts accomplis, la CDHC salue les initiatives constantes des pouvoirs publics et de leurs partenaires pour préserver la stabilité et le vivre-ensemble harmonieux. Parmi les événements fondateurs de l'année 2026, l'instance nationale met un accent particulier sur la portée historique du voyage apostolique du Souverain Pontife au Cameroun, du 15 au 18 avril 2026, à l’invitation du Président de la République, Paul Biya, qualifié par la Commission d’éternel « mendiant de la paix ». Un moment d'une rare intensité émotionnelle et spirituelle aura marqué cette visite : la Rencontre pour la paix avec la communauté de Bamenda, organisée le 16 avril 2026. Pour la CDHC, ce rassemblement au cœur de la région du Nord-Ouest témoigne de la centralité accordée à la réconciliation nationale et au rétablissement durable de la sérénité dans les zones secouées par la crise anglophone. Sur le front judiciaire et financier international, la Commission salue deux avancées majeures obtenues grâce à la coopération transfrontalière : - La traque des bailleurs de fonds du terrorisme aux États-Unis : La CDHC salue la sentence historique prononcée le 26 août 2026 par le Tribunal fédéral du district occidental du Missouri (Western District of Missouri), siégeant à Kansas City. Cette juridiction américaine a condamné Francis Chenyi Sr. et Lah Nestor Langmi à 15 ans d’emprisonnement chacun, et Claude Ngenevu Chi à 63 mois de prison ferme, pour leur implication directe dans une conspiration visant à fournir un soutien matériel et financier à des groupes terroristes sécessionnistes opérant sur le sol camerounais. L'assèchement des flux financiers illicites : La participation active de la délégation camerounaise, conduite par le Ministre des Finances (MINFI), à la 5ᵉ Conférence ministérielle internationale « No Money for Terror » (NMFT), tenue le 19 mai 2026 à Paris. Une présence stratégique qui a permis de consolider la synergie transfrontalière face aux circuits financiers obscurs qui alimentent les rechargements en armes et en munitions des groupes armés.

Le rôle crucial de la société civile : l'exemple du sommet des médiatrices de Bamenda
Tout en réaffirmant ses propres actions de veille et d'interpellation à l'instar du communiqué de presse publié le 21 janvier 2026 pour condamner fermement le massacre odieux de 14 civils issus de la communauté Mbororo, perpétré le 14 janvier 2026 dans le village Gidado (Arrondissement de Ndu, Région du Nord-Ouest) par des terroristes sécessionnistes, la Commission apporte un soutien appuyé aux initiatives citoyennes. Elle cite en exemple l'organisation non gouvernementale Mother of Hope Cameroon (MOHCAM), dont la direction a été reçue en audience par le Président de la CDHC le 9 septembre 2026. L'ONG s'est illustrée par la tenue, les 4 et 5 juin 2026 à Bamenda, du Sommet régional des femmes médiatrices du Nord-Ouest. Cette plateforme a permis de réunir des médiatrices communautaires pour consolider le maillage social, échanger des pratiques de gestion de crise et réaffirmer le rôle incontournable des femmes dans le rétablissement de la paix et la lutte contre l'extrémisme violent.
La corruption : le cancer qui mine la paix positive
Le point le plus incisif de la déclaration de la CDHC réside sans doute dans sa démonstration du lien direct entre mauvaise gouvernance et insécurité. Sans détour, la Commission pointe du doigt la corruption comme l'obstacle majeur à tout investissement durable dans la paix. Selon la CDHC, la corruption agit comme un destructeur systémique : - En fragilisant les institutions : Elle détourne les ressources publiques destinées aux services sociaux de base (santé, éducation, infrastructures), érode la confiance fondamentale entre le citoyen et l'État et prive les politiques publiques de cohésion sociale de leurs financements vitaux. - En agissant comme catalyseur de violences : En accentuant les inégalités criardes, la marginalisation et le sentiment d'injustice, la corruption crée le terreau fertile sur lequel germent les tensions intercommunautaires, les frustrations populaires et les recrutements par les groupes extrémistes. - En sapant la « paix positive » : Au regard du thème 2026, la corruption prive les citoyens d'une stabilité durable, équitable et inclusive, indispensable pour que la paix ne soit pas seulement l'absence de guerre, mais la présence d'une justice sociale effective pour tous, partout et chaque jour.
Urgence sécuritaire : les recommandations fermes au MINDEF et à la DGSN
Face à la persistance d'attaques intolérables contre ce que la Commission qualifie de « sanctuaires scolaires », ainsi que contre les civils, les autorités traditionnelles et les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), la CDHC conclut sa déclaration par des directives opérationnelles précises. L'instance nationale de protection des droits fondamentaux recommande spécifiquement au Ministère de la Défense (MINDEF) et à la Délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN) de hausser d'un cran les dispositifs de protection et de prévention dans les régions à haut risque du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l'Extrême-Nord. La CDHC exige une sécurisation renforcée pour : - Le corps enseignant et les élèves, afin d'écarter définitivement la menace qui pèse sur l'école et de préserver le droit sacré à l'éducation ; - Le personnel de santé et les structures hospitalières, régulièrement pris pour cibles ou entravés dans leurs missions humanitaires ; - Les chefs traditionnels et les leaders communautaires, garants de la mémoire et du dialogue local, cibles récurrentes d'intimidations et d'assassinats ciblés ; - Les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) elles-mêmes, notamment lors des opérations délicates de déploiement, des patrouilles de routine et des missions d'escorte dans les zones d'embuscade. En publiant cette déclaration globale, la CDHC rappelle aux décideurs politiques que la paix ne se décrète pas : elle se finance, se protège par la justice, s'entretient par la probité et se bâtit main dans la main avec les citoyens.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé des Questions des Droits Humains


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