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La CDHC face à l’hydre de la terreur scolaire somme toutes les parties prenantes à agir positivement

il y a 2 jours
4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 19 heures

PROTECTION DE L’ÉDUCATION

À l’occasion de la 7e Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, la Commission des droits de l’homme du Cameroun dresse un diagnostic au vitriol de la situation dans les zones de crise. Entre enlèvements d'enseignants à prix d'or, inertie internationale et appels désespérés au dépôt des armes, l'institution nationale interroge le seuil de résistance de nos écoles.


C’est un cri d’alarme aux résonances presque tragiques que pousse la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) en ce 9 septembre 2026. Alors que le monde célèbre la 7e Journée Internationale pour la Protection de l’Education contre les attaques, l'institution nationale des droits de l'homme s'approprie sans détour l'interrogation centrale posée cette année par l'UNESCO : « L’éducation peut-elle survivre aux attaques ? La résilience des communautés humaines ». Derrière ce thème qui résonne comme un défi existentiel, la CDHC met en lumière une réalité poignante : celle de ces milliers d'enfants, d’enseignants et de familles qui, dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, continuent de braver la barbarie pour que le savoir ne s'éteigne pas. Mais jusqu'à quand la seule « résilience » des communautés pourra-t-elle pallier la violence sourde des fusils ?

Le savoir pris en otage : l'odieux business des rongeurs de la République

Les chiffres égrenés par la Commission dans sa déclaration du jour font froid dans le dos et dévoilent sans pudeur ce qu’il faut bien appeler l’« économie de la terreur ». Entre le 10 septembre 2025 et le 8 septembre 2026, au moins quatre épisodes d’enlèvements majeurs ont ciblé les acteurs du monde éducatif. Le bilan humain et financier est révoltant : neuf membres du personnel éducatif arrachés à leurs familles et à leurs élèves, victimes d'un véritable marché de la détresse humaine. Pour libérer ces pédagogues dont le seul crime est de transmettre la connaissance, les ravisseurs ont exigé des rançons cumulées dépassant la somme astronomique de 77 millions de francs CFA. Un chiffre vertigineux qui démontre à quel point l'école camerounaise est devenue, pour les groupes armés non étatiques et les bandes terroristes, une rente financière sanglante. En transformant le corps enseignant en monnaie d'échange, les marchands de haine ne cherchent pas seulement à s'enrichir ; ils sapent méthodiquement les fondements de la nation.


L'inertie internationale et le labyrinthe de la résolution 2601

Au-delà des attaques directes sur le terrain, la CDHC pointe un doigt accusateur sur un échec tout aussi dévastateur : la lenteur structurelle dans l'application des instruments juridiques internationaux. L'institution se dit vivement préoccupée par la léthargie qui entoure la mise en œuvre de la résolution 2601 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, adoptée en 2021. Censé constituer un rempart inexpugnable pour la préservation du caractère civil des écoles et la protection des apprenants, ce texte majeur reste, sur le terrain camerounais, trop souvent réduit à de vœux pieux. Qu'il s'agisse de la collecte méthodique des données, de la prévention des intrusions militaires dans les lieux d'apprentissage ou, plus grave encore, du suivi des enquêtes et des poursuites judiciaires contre les bourreaux, la chaîne de justice et de protection internationale montre d'inquiétantes faiblesses. Une impunité de fait qui alimente le sentiment de vulnérabilité chez les acteurs du sous-système éducatif.

Entre engagements de l'État et impératif de désarmement

Pourtant, le cadre normatif existe. La Commission rappelle judicieusement que lors de l’adoption du Rapport du Passage du Cameroun au 4e cycle de l’Examen Périodique Universel (EPU) le 26 mars 2024, l’État a accepté 220 recommandations, dont six concernent directement la protection de l’éducation contre les attaques. Ventilation en a été faite par la CDHC aux administrations compétentes ainsi qu'aux organisations de la société civile. Mais la théorie du droit international doit de toute urgence s'incarner dans la réalité des salles de classe. Face à l'urgence, la CDHC interpelle directement le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration (CNDDR). Il lui est recommandé de muscler ses campagnes de sensibilisation et d'accompagnement pour accélérer le dépôt volontaire des armes par les combattants repentis, dans le respect rigoureux des exigences combinées de sécurité et de justice.


L'ultimatum de la raison : déposer les armes pour sauver l'avenir

L'appel le plus solennel de la Commission s'adresse enfin directement aux bourreaux de l'école : les membres des groupes terroristes sécessionnistes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que les fanatiques de Boko Haram dans l'Extrême-Nord. La CDHC leur exige une cessation immédiate et définitive de toutes les hostilités, menaces et agressions dirigées contre les élèves, les enseignants et les Forces de défense et de sécurité. Rappelant que l'éducation est un « bien public mondial » et un « droit constitutionnel intangible » selon l'Académie française et l’UNESCO, la Commission somme ces hommes en armes de rejoindre sans délai les centres du CNDDR. C'est à ce prix, et à ce prix seulement, à travers la resocialisation, la formation professionnelle et la réinsertion économique que les ruines des écoles martyrisées pourront laisser place à la reconstruction. Car fermer une école, c'est condamner toute une génération à l'obscurantisme. Et cela, le Cameroun ne saurait l'accepter.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Questions des droits Humains



 
 
 

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