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L’impossible armistice d’une guerre de souveraineté aux marches de la CEMAC

BATAILLE ENTRE COBAC ET CDEC

L’implacable réplique de Richard Evina Obam au Secrétaire Général de la COBAC lève le voile sur un affrontement doctrinal, juridique et politique qui menace de fracturer les architectures communautaires de l'Afrique Centrale. Les deux parties n’arrivent toujours pas à observer un cessez-le-feu, pourtant, ce conflit est porté devant la Cour de Justice de la CEMAC à N'Djamena qui devra les départager.



C’est une missive au vitriol qui fera date dans les annales des institutions financières d’Afrique Centrale. Datée du 15 juin 2026, la correspondance du Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC), Richard Evina Obam, adressée au Secrétaire Général de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC), s’apparente à une véritable déclaration de rupture épistolaire. Derrière la froideur habituelle de la courtoisie administrative se joue en réalité un duel à mort, une « bataille à flèches mouchetées » où chaque paragraphe décoche un trait acéré contre le régulateur régional. Ce conflit, loin d’être une simple querelle d'experts ou un arbitrage technique de technocrates, engage l’épineuse et existentielle question de la souveraineté économique des États face à ce qui est perçu à Yaoundé comme l’impérialisme technique et l'ingérence illégitime des institutions de la CEMAC.

 

Genèse d’un outil de souveraineté face aux appétits corporatistes

Pour comprendre la violence de cette déflagration textuelle, il convient de rembobiner le fil d’une histoire tumultueuse, commencée dès la mise en opération effective de la CDEC. Conçue par l’État du Cameroun comme un instrument stratégique, un levier alternatif majeur de financement du développement national, la Caisse s’est immédiatement heurtée à une double résistance : celle, endogène, du lobby bancaire national, et celle, exogène, du gendarme de Libreville. L’enjeu de cette guerre de tranchées n'est rien d'autre que la captation et la centralisation des fonds dits dormants, dépôts réglementés, consignations judiciaires, administratives et comptes d’épargne inactifs qui, pendant des décennies, ont grassement nourri les trésoreries des banques commerciales de la place sans réelle contrepartie pour l’investissement public de long terme.





Dès l’inflexion du décret présidentiel matérialisant le transfert obligatoire de ces avoirs vers les comptes de la CDEC, l'Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Cameroun (APECCAM) est montée au créneau. Redoutant une crise de liquidité systémique et la perte sèche d’une rente financière historique et quasi gratuite, les pontes de la finance privée ont multiplié les notes secrètes, les manœuvres de couloir et les protestations feutrées auprès des autorités de tutelle. C’est sous l’influence, à peine dissimulée, de ces lobbies corporatistes que la COBAC a enclenché sa contre-offensive réglementaire. Le 11 juillet 2024, le régulateur régional portait le premier coup de poignard en publiant une injonction discriminatoire interdisant formellement aux établissements de crédit d'obtempérer aux réquisitions légales de la CDEC. Une immixtion flagrante dans l'ordre juridique interne camerounais, immédiatement vécue par Yaoundé comme un crime de lèse-majesté économique.

 

Le péché originel de 2024 et la dérive institutionnelle du droit dérivé

Dans sa philippique du 15 juin 2026, Richard Evina Obam ne se contente pas de défendre son institution ; il démonte, avec la rigueur d’un légiste de haut vol, ce qu’il qualifie sans ambages de « processus fumeux » orchestré conjointement par la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) et la COBAC. L'argumentaire juridique est implacable et met à nu les failles constitutionnelles de l'intégration régionale. En bon droit communautaire, tout transfert de compétences des États membres vers la Communauté doit impérativement s'opérer par des actes de droit primaire : traités, actes additionnels ou conventions dûment ratifiés par les Parlements ou les Chefs d'État. Or, en faisant adopter deux règlements ordinaires pour tenter de capter et brider le modèle des Caisses de dépôts, les technocrates de la sous-région ont opéré un « passage en force » caractérisé.

Ce vice de forme fondamental fait aujourd’hui l’objet d’un recours en annulation pendant devant la Cour de Justice de la CEMAC à N'Djamena, instance dont le DG de la CDEC espère ouvertement qu'elle « saura dire le droit ». L'actuel patron de la CDEC enfonce le clou en fustigeant une « obsession incompréhensible à dépouiller les Caisses de Dépôts de leur substance ». La nouvelle manœuvre du Secrétariat Général de la COBAC qui a initié une prétendue consultation pour modifier subtilement le droit primaire en élargissant la définition des « opérations de banque » afin d'y intégrer subrepticement les dépôts réglementés et les consignations est qualifiée d’hérésie financière universelle. Si ce projet réglementaire venait à prospérer, la zone CEMAC deviendrait le seul espace économique au monde où un service public régalien et souverain est assimilé par artifice légal à une activité commerciale de crédit, dans l'unique but de museler un outil étatique.

 

L’axe Yaoundé-Libreville : Soupçons de collusion et « liaisons incestueuses »

C’est sans doute le volet le plus incendiaire de la missive, celui qui transpose une divergence technique en une affaire d’État explosive. Quiconque connaît la grille de lecture journalistique sait décrypter ici les réseaux d'influence qui encombrent l’administration publique. Le Directeur Général de la CDEC dénonce ouvertement une « connexion suspecte » entre le Secrétariat Général de la COBAC et certains officiels camerounais « au sens de la déviance avéré ». Les mots sont pesants, presque infamants sous des latitudes administratives d'ordinaire si

 
 
 

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