La Cour d’Appel du Littoral est envoi de donner raison aux employés pour des milliards de FCFA de primes non payés
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 5 heures
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ORANGE CAMEROUN SA
Pendant que la multinationale française rechigne à verser les milliards dus aux travailleurs camerounais, le Parquet Général près la Cour d’Appel du Littoral vient de doucher les espoirs de l’opérateur en donnant raison au SYNTIC. Entre manœuvres dilatoires à Akwa et parfum de condescendance occidentale, notre rédaction fouine dans les rouages d'un scandale à deux vitesses.

C’est l’histoire d’un géant aux pieds d’argile qui, lorsqu’il s’agit d’engranger les bénéfices sur le dos des Camerounais, affiche une croissance insolente de 12,2% dans la zone Afrique et Moyen-Orient en 2025. Mais dès qu’il faut passer à la caisse pour payer ses employés locaux selon les règles de l'art, la multinationale française sort l'artillerie lourde du dilatoire, drapée dans des certitudes qui rappellent les sombres heures du pacte colonial. Heureusement, le Syndicat National Autonome des Travailleurs des Techniques de la Communication (SYNTIC), managé par le redoutable Me Augustin Nguefack, ne lâche rien. Le feuilleton judiciaire qui oppose les employés camerounais à la Direction générale d'Orange Cameroun SA vient de prendre un virage décisif ce vendredi 19 juin 2026 avec les révélations des réquisitions du parquet, laissant l’opérateur historique dans de sales draps. Le document exclusif tombé sur la table de notre rédaction est sans équivoque. Daté du 25 mai 2026, sous le numéro 2026-1283/PG/DLA, le réquisitoire du Ministère public près la Chambre d'arbitrage de la Cour d'Appel du Littoral sonne comme un violent camouflet pour Orange Cameroun et son Conseil, Maître Charles Olivier Boum Bissai. Là où la multinationale tentait de faire croire que les textes invoqués par le syndicat n'étaient pas applicables, le Parquet Général a tranché net : L'action du SYNTIC est non seulement recevable en la forme, mais totalement fondée au fond. La justice requiert ainsi qu'il soit ordonné à Orange Cameroun SA de respecter scrupuleusement les stipulations de la Convention Collective d’entreprise.
Les experts attendus dans les ordinateurs de la comptabilité
Rappelons le cœur du litige : Depuis 2010, Orange Cameroun s’est illustrée dans une gymnastique comptable douteuse. Au lieu de calculer la prime d'ancienneté (4% du salaire de base après deux ans, puis 2% par an) sur le salaire réel de chaque employé, la firme française a préféré tricher en s'appuyant sur l'échelon salarial le plus bas de sa grille. Un hold-up social estimé à plus de 3 milliards de FCFA de préjudice pour 157 anciens salariés. Bien qu'Orange ait admis une « erreur d'appréciation » en 2017 avec un semblant de rappel partiel, le compte n'y est pas. Loin de là. Panique à Akwa : Parallèlement à cette gifle du Parquet Général, le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo fait monter la pression d'un cran. À la suite d'une procédure correctionnelle pour des motifs qui font froid dans le dos : « Abus de confiance spéciaux, entrave à la liberté du travail, coaction d’escroquerie et rétention sans droit de la chose d’autrui —, le tribunal a ordonné un transport judiciaire ». Le but ? Envoyer les magistrats fouiller directement dans « l’état des machines des comptables » au siège de l’entreprise, boulevard de la Liberté à Akwa. Prévue initialement en janvier, puis repoussée de renvoi en renvoi, cette perquisition comptable devait finalement se tenir le 4 juin 2026. Mais voilà, l'odeur de la vérité scientifique semble donner des sueurs froides aux dirigeants d'Orange. Dans une correspondance datée du 2 juin 2026, le Cabinet SCP Ngoulla Fotso & Associés, qui défend l'opérateur, a supplié le Président du Tribunal de reporter l'échéance, prétextant une « indisponibilité des responsables », soudainement appelés hors de Douala. Une énième esquive qui ne trompe personne. De quoi ont-ils peur si leurs comptes sont propres ?

Une prospérité africaine, des miettes pour les indigènes ?
Ce mépris flagrant des textes camerounais fait écho à une colère plus globale qui secoue les filiales africaines du groupe. Pendant que la Maison-mère à Paris distribue généreusement des primes de partage de la valeur allant de 1 000 à 1 400 euros (soit près d'un million de FCFA) à ses salariés français, les collaborateurs africains, eux, sont priés de se contenter des miettes. Et ce, alors même que ce sont les filiales d'Afrique qui maintiennent le groupe à flot avec une croissance à deux chiffres au dernier trimestre 2025. Cette politique des deux poids, deux mesures, qui suinte la condescendance néocoloniale, ne passe plus à Douala. Contacté par notre rédaction pour donner sa part de vérité, le Conseil d'Orange Cameroun a préféré s'enfermer dans un mutisme lourd de sens. La suite ? Elle se jouera au rythme de l’exécution de ce transport judiciaire dans les serveurs d'Orange. Mais une chose est sûre : entre le réquisitoire implacable du Parquet Général et la détermination de fer du SYNTIC, le temps de l'impunité coloniale est définitivement révolu sous le ciel de la capitale économique. Les ouvriers de la première heure réclament justice, et rédaction restera attentif à la suite que nous réserve ce feuilleton judiciaire. Affaire à suivre.
Mathieu Nathanaël NJOG



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