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La pseudo Docteur « Croqueuse de Diamants » fait son mea-culpa pour échapper à la prison


EXERCICE ILLEGALE DE LA MEDECINE

Au Cameroun, la comédie sociale a ceci de fascinant qu’elle finit toujours par butter sur l’épreuve du réel. On peut régner sans partage sur les réseaux sociaux, faire pleuvoir des coupures de bank-notes sur une foule fascinée par le clinquant, et s'inventer une stature de bienfaitrice nationale sous le pseudonyme scintillants de « Croqueuse de Diamants ». On peut même, dans un élan d'audace propre aux apprentis sorciers de notre époque, troquer le sac à main de luxe pour la blouse blanche de praticien. Mais quand la santé publique entre dans la danse, le décor de carton-pâte finit irrémédiablement par s'effondrer.


Manuella Nimpa vient d’en faire l’amère expérience. Celle que la toile camerounaise avait ironiquement rebaptisée « La Docta » vient de rendre les armes. Prise au piège d’un scandale sanitaire d'une gravité inédite, l’affaire dite du Body Filler, l’influenceuse a publié un méa-culpa retentissant, actant la fermeture définitive de son officine clandestine de chirurgie esthétique. Une reddition en rase campagne qui met fin, du moins sur le papier, à une aventure médicale aussi grotesque que dangereuse. Pour comprendre la violence de la chute, il faut se souvenir de l’ascension. Dans un paysage numérique camerounais saturé par la quête du buzz et le culte de l'argent facile, Manuella Nimpa s’était taillée une place de choix. Son fonds de commerce ? L’extravagance, le « mora », l’étalage décomplexé d’une opulence dont la source demeurait aussi floue que les règles de gestion de certains départements ministériels. Mais la générosité ostentatoire sur Facebook et TikTok ne suffit plus lorsqu’il s'agit d'étancher une soif d'influence intarissable. La « Croqueuse de Diamants » s'est alors découvert une vocation nouvelle : la sculpture des corps. Sans titre, sans diplôme, sans la moindre qualification médicale reconnue par la science ou la loi, la voilà propulsée dans l'univers hautement délicat du Body Filler.

Injections volumatrices, remodelage fessier, altérations morphologiques à risque... Le tout pratiqué dans des salons dorés reconvertis en blocs opératoires d’occasion. Au Cameroun, où le déficit d'encadrement des dérives du Web laisse souvent le champ libre aux charlatans du virtuel, l'entreprise a prospéré un temps, sous le regard médusé des observateurs avertis. « On ne s'improvise pas médecin parce qu'on a le coup de main ou parce qu'on sait manipuler une seringue devant un objectif de smartphone. La santé humaine n'est pas un filtre Snapchat. ». Il a fallu l'alerte précoce et tenace de chercheurs et d'experts de la santé, au premier rang desquels le Dr Albert Ze, pour que la mascarade commence à se fissurer. L'économiste de la santé a levé le lièvre : des produits de composition douteuse injectés sans protocole, des risques infectieux majeurs, des menaces réelles de nécrose et de complications mortelles pour les clientes crédules. L'affaire prend rapidement une tournure institutionnelle. L'Ordre National des Médecins du Cameroun (ONMC), soutenu par le Ministère de la Santé publique, sort de sa torpeur habituelle pour engager des poursuites pour exercice illégal de la médecine.

Le texte de la capitulation : l'art du mea-culpa sous pression

Acculée par la rigueur de la loi et la menace d'un séjour prolongé derrière les barreaux, la femme d'affaires s'est résolue à publier un long message d'excuses. Un texte façonné dans la pure tradition des contritions publiques, où la formule policée tente de masquer la panique face aux sanctions pénales. « C'est avec beaucoup d'humilité et un profond sentiment de responsabilité que je m'adresse aujourd'hui à vous [...]. J'annonce ce jour la fermeture définitive de toutes mes activités liées aux injections esthétiques et à toute pratique susceptible d'être assimilée à un acte médical. » L'aveu est limpide, presque clinique. En reconnaissant que ses activités étaient « susceptibles d'être assimilées à un acte médical », Manuella Nimpa concède en réalité l'inqualifiable : elle a franchi la ligne rouge de la légalité sanitaire. Le champ lexical du regret « humilité », « apaisement », « indulgence » s'étale au fil des lignes dans une tentative d'adoucir la sévérité de l'opinion publique et, surtout, de clémence auprès de la chancellerie et des instances de régulation. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Ce mea-culpa n'est pas le fruit d'une illumination spontanée ou d'un soudain sursaut d'éthique professionnelle. C'est le résultat direct de la fermeté institutionnelle. Face au risque de poursuites judiciaires d'envergure et à la levée de boucliers du corps médical, la « Docta » a compris que le vernis des réseaux sociaux ne protégeait pas des cellules de la police judiciaire.

 

Une leçon pour la république numérique : la fin du Far West ?

Ce scandale met en lumière la béance d'un problème sociétal bien plus profond : la prolifération de la médecine marronne à l'ère des réseaux sociaux. Au Cameroun, la fascination pour les normes esthétiques importées et le désir de transformation rapide ont créé un marché juteux où s'engouffrent sans vergogne des profils non qualifiés. L'affaire du Body Filler doit servir de jurisprudence administrative et morale. Elle rappelle avec une acuité particulière que la médecine n'est pas une prestation de service comme une autre, et que la vie des citoyens ne saurait être abandonnée aux appétits mercantiles d'influenceurs en mal de légitimité. L’Ordre des médecins et le Ministère de la Santé publique ont marqué un point décisif en contraignant la « Croqueuse de Diamants » à plier bagage. Mais cette victoire ne sera que pyrrhique si elle ne s'accompagne pas d'un nettoyage en profondeur de ce secteur informel de la beauté où d'autres officines opérant dans l'ombre continuent d'injecter le danger à tour de bras. Manuella Nimpa promet désormais de « collaborer pleinement avec les autorités » et d'orienter ses affaires vers des activités conformes à la loi. Espérons, pour le bien public et pour le sien, que le message soit définitivement assimilé. Car si l'on peut toujours réparer une erreur de jugement par un discours d'excuses bien formulé, on ne ressuscite pas une victime du charlatanisme. La comédie est finie ; il est temps que la loi règne.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyse Stratégique

 
 
 

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