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La ritournelle d’une évaluation financière à mi-parcours ou le mirage des chiffres

COMMUNAUTE URBAINE DE DOUALA

Au terme de la session ordinaire du Conseil de Communauté tenue le 30 juillet 2026, la Communauté Urbaine de Douala (CUD) affiche un bilan financier en demi-teinte pour le deuxième trimestre. Si le rendement fiscal et le niveau global des émissions de recettes sauvent les apparences avec un taux satisfaisant de 51,30 %, l’exécution réelle des dépenses d’investissement accuse un retard chronique, frôlant une forme d’asphyxie opérationnelle. Entre planification tardive de l’Exécutif, goulots d’étranglement dans l’ordonnancement des crédits et gestion approximative des incivisme urbains, examen minutieux d'une comptabilité publique où le diable se niche résolument dans le détail des lignes budgétaires.


La session du Conseil de Communauté de Douala réunie depuis le 23 juillet aux travaux en Commissions et clôturé le 30 juillet 2026 par la séance de tenue au Palais de la Culture Sawa sous l'œil vigilant du préfet du Wouri, Sylyac Marie Mvogo, et la présidence du Maire Roger Mbassa Ndinè, n’a pas dérogé à la règle. Sous les lambris des rapports de Commissions, les 52 grands conseillers présents ou représentés ont autopsié l'exécution du budget de l'exercice 2026 à mi-parcours. Et comme à l'accoutumée dans les arcanes de la capitale économique, l'arithmétique budgétaire offre un double visage : celui, reluisant, de la collecte des droits, et celui, beaucoup plus sombre, de la capacité réelle à dépenser pour le contribuable. À première vue, le tableau d'affichage des recettes présente une tenue honorable. Sur un budget définitif arrêté à 91 849 955 057 FCFA, les émissions de titres de recettes au 30 juin 2026 grimpent à 47 121 401 790 FCFA, affichant un taux de réalisation de 51,30 %. On repasse tout juste la barre fatidique du temps consommé (50 %). Mais le diable, exigeant, réclame une lecture comparative. Par rapport au deuxième trimestre 2025, ces émissions enregistrent une contraction de 74 225 433 FCFA en valeur absolue (-0,15 %). Un tassement en apparence marginal, mais qui révèle des faiblesses structurelles sous-jacentes.

En scrutant les 35 781 189 619 FCFA dévolus au fonctionnement, le premier paradoxe éclate. Les recettes fiscales directes, bloquées à 28 683 573 366 FCFA, accusent un retard caractérisé sur l'objectif théorique à mi-parcours, ne réalisant que 47,60 % des projections. C'est l'arbre qui cache la forêt : la hausse globale de 1 865 104 593 FCFA (+6,95 %) par rapport à 2025 ne doit rien au génie des services locaux de recouvrement du CRIL ouvertement pointés du doigt pour leurs mauvaises performances, mais repose entièrement sur les perfusions automatiques de la Direction des Grandes Entreprises (DGE) et le reversement centralisé des CAC/TVA Douanes. Un taux de recouvrement de 100 % sur des titres émis ne saurait masquer l'incapacité de la régie locale à élargir son assiette. Quant aux recettes propres, la cosmétique comptable atteint ses limites. Les 7 097 616 253 FCFA affichés intègrent un « artifice » de 4 385 491 487 FCFA de réserves affectées. Isolées de ce matelas financier, les recettes propres « fraîches » s'effondrent à 2 712 124 766 FCFA, soit un taux d'émission famélique de 47,24 %. Certes, l'Ordonnateur peut se gargariser d'une hausse relative de 20,21 % (+456,018 millions de FCFA par rapport à 2025), tirée par l'explosion des droits d'occupation des parkings (+184,8 millions de FCFA), la redevance pour dégradation de la chaussée (+154,4 millions de FCFA) ou le certificat de lotir (+46,6 millions de FCFA). Mais ces embellies sectorielles relèvent davantage de la punition tarifaire des usagers que d'une stratégie d'optimisation fiscale pérenne.


Les populations restent sur leur faim

Mais le véritable goulot d'étranglement de la maison CUD réside, comme toujours, dans l'Examen des Dépenses. C'est ici que l'analyse pointilleuse tourne à l'impuissance publique. Au 30 juin 2026, les dépenses engagées ne représentent qu'un taux catastrophique de 31,52 % des Autorisations d'Engagements. Pire encore : les dépenses liquidées et ordonnancées stagnent respectivement à 20,67 % et 20,57 % des crédits de paiement budgétisés. À la moitié exacte de l'année civile, moins d'un quart des ressources prévues pour les investissements de la ville ont trouvé une traduction comptable effective. Pressé de justifier ce récurrent coma budgétaire du premier semestre, le Maire de la Ville, Roger Mbassa Ndiné a dû concéder un aveu édifiant : « la persistance d'une sous-planification chronique au sein des directions de la CUD ». Les projets courants, mal préparés en début d'exercice, subissent le calvaire des procédures administratives, rejetant le lancement des appels d'offres et l'attribution des marchés vers une fenêtre critique située entre juin, juillet et août. Résultat : la ville accumule la poussière au premier semestre, espérant un miracle d'exécution au second. Du côté de la caisse, le rapport du Receveur Municipal met en lumière d'autres vertiges. Les prises en charge globales (Droits Constatés Globaux) s'élèvent à 50 266 072 743 FCFA, mais portent en leur sein une dette toxique : 18 130 298 462 FCFA de restes à recouvrer (RAR). Si les règlements effectifs s'établissent à 20 783 188 781 FCFA dont 11 430 753 830 FCFA engloutis par l'apurement des arriérés de 2025 (apurés à 51,68 %), le stock de créances impayées au 30 juin 2026 demeure titanesque : 18 508 459 252 FCFA, incluant 7,12 milliards FCFA attribués à la SAD.

Plus grave encore, la Commission des Finances a identifié 5 948 361 434 FCFA de créances définitivement irrécouvrables. Une ardoise lourde qui contraint l'organe délibérant à recommander la création d'une commission ad-hoc pour procéder à l'aveu d'échec financier : l'admission en non-valeurs. Au-delà de la rigueur des registres, le terrain offre un contraste saisissant. Si les conseillers ont salué l'avancée spectaculaire de la Voie sur les Berges du Wouri ou l'effort d'extension du pavage dans les zones enclavées, d'autres chantiers révèlent des ratés incompréhensibles. À Bonabéri, la Centrale à Pavés attend toujours que l'Exécutif sécurise son assise foncière pour fonctionner à plein régime. Du côté du Drain Kondi/PK8, les Commissaires ont été incapables d'évaluer le moindre avancement qualitatif. Quant à l'épineux dossier de la salubrité urbaine, le spectacle offert à Makèpè BM interpelle : une vingtaine de jeunes pré-collecteurs, rémunérés à 70 000 FCFA/mois et facturant 3 500 FCFA par ménage selon un principe pollueur-payeur improvisé, se heurtent à l'absence criante de points de regroupement. Pour donner un semblant de fluidité à cet engrenage institutionnel, le Conseil a tout de même avalisé les 08 projets de délibération soumis, se réjouissant au passage du taux de validation préfectorale de la session précédente (92,31 %, soit 12 délibérations approuvées sur 13 par la Tutelle). Mais à l'aube des futures échéances électorales, l'injonction faite à la CUD de « mieux communiquer » ressemble fort à un aveu : à Douala, le budget se vote en milliards, se recouvre à grand peine, mais s'exécute encore trop souvent au compte-gouttes.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions économiques


 
 
 

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