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Le bréviaire salvateur de Viviane Nguimeya à l’épreuve des démons de la violence en milieu scolaire

il y a 2 jours
4 min de lecture

LITTÉRATURE ET ÉDUCATION

Dans un continent miné par les tensions sociales et au sein d'un milieu scolaire de plus en plus asphyxié par la violence, l'Inspectrice de pédagogie et militante de la paix, Viviane Clémence Demefack Nguimeya fait paraître un ouvrage méthodologique fondamental. Intitulé « L'Éducation à la paix et aux Droits de l'Homme en milieu scolaire : Guide des méthodes et activités ». Ce livre de 196 pages propose une thérapie par la racine, en réinventant le dialogue, la tolérance et la citoyenneté à partir des ressources ancestrales du patrimoine africain.


Il est des livres qui ne naissent pas du simple désir d'aligner des mots sur du papier, mais d'une urgence sociale viscérale. Quand les salles de classe, jadis sanctuaires du savoir et du civisme, se muent sous nos yeux en théâtres d'incivilités, d'agressions et de drames sanglants, l'inaction devient une complicité. C'est à ce mal contemporain, qui gangrène l'école camerounaise et africaine, que Viviane Clémence Demefack Nguimeya oppose une digue intellectuelle et méthodologique remarquable. En publiant « L'Éducation à la paix et aux Droits de l'Homme en milieu scolaire : Guide des méthodes et activités », l'ancienne enseignante devenue Inspectrice de pédagogie ne livre pas une énième spéculation théorique. Elle offre un bréviaire de survie sociétale. La cérémonie de présentation de cet ouvrage de 196 pages, tenue devant un parterre de pédagogues, de journalistes et d'acteurs de la société civile, a résonné comme une prise de conscience collective : pour éteindre le feu de la violence dans la cité, il faut d'abord pacifier l'esprit des enfants.

Du "Peace Bus" au Guide pédagogique : La trajectoire d'une passionnée

On ne comprend bien la portée de cet ouvrage qu'en scrutant le parcours de son auteure. Titulaire d'un Master en gestion des systèmes éducatifs de l'Université Léopold Sédar Senghor du Caire et d'un Diplôme d'Enseignant des Lycées et Collèges de l'École Normale Supérieure de Yaoundé, Viviane Clémence Demefack Nguimeya a arpenté pendant quinze ans les couloirs des établissements scolaires. C'est au contact direct des tensions du terrain qu'elle est devenue, un peu par hasard puis par une foi inébranlable, médiatrice dans la résolution des conflits scolaires. Fondatrice en 2004 de l'AFEF (Association Femme pour la Femme) pour accompagner les femmes des zones défavorisées de Douala, elle franchit un cap décisif en 2006 en créant la Peace Bus Association. Une initiative parrainée à l'époque par une figure tutélaire de la conscience morale camerounaise : le regretté Cardinal Christian Tumi. L'œuvre aujourd'hui publiée est l'aboutissement de deux décennies d'engagement sur le terrain, enrichies par une formation spécialisée en résolution des conflits suivie aux États-Unis (notamment à Columbia University) et par son rôle actif au sein de la Global Campaign for Peace Education.


 

L'éclairage critique : Quand la famille et l'école se tendent la main

Présent lors de la note de lecture transversale, le journaliste sénior et analyste Alex Gustave Azebaze n'a pas manqué de souligner la pertinence structurale de l'ouvrage. « Ce livre contient des outils concrets pour un monde plus juste et plus pacifique. Il concerne au premier chef les parents et les enfants, parce que le premier lien d’une éducation c’est la famille, et le second, c’est l’école », a-t-il analysé. L'ouvrage excelle en effet à démontrer la symbiose indissociable entre Paix et Droits de l'Homme. Il ne peut y avoir de paix durable sans l'appropriation et l'application stricte des droits humains fondamentaux. Sur les 196 pages que compte le volume, 125 sont exclusivement consacrées au partage d'expériences pratiques et à l'exploitation de données accumulées sur le terrain. Une véritable batterie didactique qui enseigne à l'élève comment devenir, à son échelle, un véritable ambassadeur de la non-violence.

 

La sagesse des ancêtres au service de la modernité pédagogique

L'une des contributions les plus originales et profondes de l'auteure réside dans sa démarche anthropologique. Face aux modèles importés, Viviane Clémence Demefack Nguimeya puise au cœur du patrimoine africain pour fonder sa pédagogie. Les proverbes, émanations de la littérature orale ancestrale, deviennent sous sa plume des instruments modernes de régulation sociale. Ces maximes issues des cultures bantoues et africaines se divisent en deux dynamiques : - Les proverbes dénonciateurs qui stigmatisent la haine, le manque de solidarité, la trahison, l'oisiveté et la recherche effrénée d'intérêts egoïstes ; autant de germes qui déstabilisent les communautés. - Les proverbes valorisants qui exaltent le pardon, la tolérance, la concertation, la modestie et l'hospitalité. En réhabilitant la « parole des sages », l'auteure démontre que l'Afrique a toujours détenu dans sa tradition orale les fondements mêmes des principes consacrés par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

 

Investir « cinq minutes à la paix » et l'héritage du Cardinal Tumi

Loin de vouloir surcharger des programmes scolaires déjà denses, l'auteure s'inscrit dans une logique de complémentarité. « Je viens renforcer l'existant », martèle-t-elle avec humilité. Alors que l'UNESCO préconise « une minute de la paix » au début des cours, le guide propose d'étendre cette parenthèse à cinq minutes opérationnelles. À l'ère où les cours de morale ont disparu des programmes scolaires, ces cinq minutes quotidiennes ne seraient pas un temps de silence passif, mais un moment d'échange interactif. L'enseignant pourrait y commenter un proverbe africain, expliciter un extrait de convention internationale ou débattre d'un texte de loi sur les droits de l'enfant. Le guide fournit précisément la matière clé en main pour meubler ce rendez-vous civique. Cette démarche fait écho aux paroles prémonitoires prononcées en décembre 2006 par Son Éminence le Cardinal Christian Tumi lors du lancement du Peace Club au Lycée d'Oyack à Douala : « La paix se cultive et s'entretient au quotidien, et c'est bien pour cela qu'il ne faut pas attendre les guerres pour éduquer les hommes à adopter des comportements harmonieux. » Soutenue à l'international par des figures académiques telles que le Professeur Tony Jenkins de Georgetown University (USA) ou la coach en leadership Lucie S. Matsouoka, cette publication bilingue (français/anglais) s'impose d'ores et déjà comme l'outil de référence pour animer les clubs UNESCO et les clubs de paix dans les activités périscolaires. En rappelant que l'esprit de l'Homme est le berceau où naissent les guerres, c'est aussi dans l'esprit des jeunes élèves que Viviane Clémence Demefack Nguimeya entreprend, avec méthode et passion, d'élever les fortifications de la paix.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter, Journaliste d’Investigation & Analyste Litteraire

 
 
 

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