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Le ciel de la sous-région se cherche une voix à Yaoundé en pleine turbulences géopolitiques

AVIATION CIVILE EN AFRIQUE CENTRALE

Dans le grand théâtre de l’aviation civile mondiale, les strapontins sont chers, et les places africaines le sont encore plus. Surtout quand la sous-région Afrique centrale, habituée aux strapontins de seconde zone et aux indices de connectivité chroniquement en berne, tente enfin de faire bloc. Les 11 et 12 juin 2026, la capitale camerounaise a vibré au rythme d’un conclave de haute importance. À la manœuvre : les Directeurs Générales et Généraux des autorités de l’aviation civile de la sous-région, réunis d’urgence pour accorder leurs violons, ou plutôt leurs plans de vol, face aux redoutables échéances internationales qui pointent à l’horizon.





L’initiative porte une signature bien connue des chancelleries aéronautiques : celle de Madame Avomo Assoumou Paule, épse Koki. La Directrice Générale de l’Autorité Aéronautique du Cameroun (CCAA) n’agissait pas ici en simple maîtresse de maison, mais bien sous sa casquette de Vice-Présidente de la Commission Africaine de l’Aviation Civile (CAFAC) pour la région Afrique centrale. Un titre ronflant pour un défi herculéen : secouer l’inertie légendaire des micro-États de la zone pour qu'ils parlent enfin d'une seule et unique voix. Car, disons-le sans fard, l’enjeu économique et géopolitique est de taille. L'Afrique centrale, souvent qualifiée de « parent pauvre » du transport aérien continental en raison de tarifs prohibitifs et d'un protectionnisme obsolète, doit impérativement harmoniser ses positions. L'agenda mondial de cette fin d'année 2026 ressemble à un véritable parcours d’obstacles : la Convention et l’Exposition Africaine du Transport Aérien à Lomé (Togo) du 15 au 19 juin 2026, la redoutable semaine de l’aviation AFI, la Conférence du Transport Aérien de l’OACI prévue du 16 au 20 novembre 2026 à Montréal (Canada), ainsi que la prochaine conférence ICAN en Guinée Équatoriale. Au-delà de ces échéances, ce sommet a été l’occasion idéale pour échanger sur les grands enjeux régionaux, définir des stratégies communes et mettre en place des mécanismes de représentation efficaces.

Pour abriter ces joutes stratégiques, c’est l’École de Formation (Efo) de la CCAA qui a été réquisitionnée. Véritable institution de référence en Afrique centrale pour la formation aux métiers de la sécurité et de la sûreté de l'aviation civile, elle a déployé ses fastes technologiques. Un choix loin d'être anodin : montrer le muscle technique du Cameroun dans un secteur où la conformité aux normes de l'OACI se paye au prix fort, offrant un cadre moderne à la hauteur des ambitions de ce sommet. Cependant, le réalisme économique a imposé son propre format. Face aux contingences budgétaires de certains États ou à des agendas ministériels surchargés, la réunion a adopté un format hybride. Si une partie des décideurs s'est installée dans le confort des salles de Yaoundé, les autres se sont contentés d’écrans interposés, connectés en ligne. Un pragmatisme numérique salutaire, diront les optimistes ; une preuve supplémentaire des difficultés logistiques de l’intégration sous-régionale, grinceront les analystes les plus affûtés de notre landerneau économique.





Il reste de passer des résolutions aux actes

Pour animer les débats et éviter que la réunion ne sombre dans la litanie des déclarations de bonnes intentions, deux figures majeures de la gouvernance aéronautique internationale ont été mises à contribution : M. Esono Anguesomo, Représentant Permanent de la Région Afrique Centrale auprès de l'OACI, et M. Zoa Etundi Engelbert, Représentant Permanent du Cameroun auprès de cette même institution. Deux fins connaisseurs des arcanes de Montréal qui savent mieux que quiconque comment les intérêts africains se font régulièrement broyer dans la machine de la diplomatie mondiale, faute d'une préparation collective minutieuse et d'une vision à long terme. Au-delà de la diplomatie de couloir, le cœur des discussions a touché au portefeuille des compagnies et des usagers. Le transport aérien africain est en pleine mutation, poussé par les exigences du Marché Unique du Transport Aérien Africain (MUTAA). Or, l'Afrique centrale est en retard sur les pistes de la libéralisation. Pendant que les régions d’Afrique de l'Ouest et de l'Est densifient leurs réseaux, la zone CEMAC reste fragmentée, prisonnière de monopoles de fait, de flottes squelettiques et de taxes aéroportuaires asphyxiantes qui tuent la compétitivité.

À Yaoundé, il s'agissait donc de définir des mécanismes de représentation et de coordination particulièrement efficaces pour peser sur les décisions mondiales. Les lignes de fracture sont connues : comment défendre des Compagnies aériennes nationales souvent moribondes face aux géants du ciel africain tout en faisant mine de s'ouvrir à la concurrence internationale ? Le défi est immense. Alors que le transport aérien est en mutation, ce conclave s'est affirmé comme le tremplin indispensable pour propulser l'Afrique centrale au premier plan de la gouvernance aéronautique mondiale. Mais entre la théorie des communiqués finaux et la dure réalité des ciels fermés, le fossé reste encore à combler. En unissant leurs forces, ou du moins en simulant cette unité stratégique, les leaders du ciel de la sous-région Afrique centrale tentent de tracer les pistes d'une aviation plus forte, intégrée et résolument tournée vers l'avenir. Reste à savoir si ces résolutions survivront au décollage des délégations après le 12 juin. Les rendez-vous imminents de Lomé et de Montréal seront les véritables juges de paix de ce énième sursaut de Yaoundé. Espérons que cette union sacrée ne soit pas qu'un simple feu de paille technocratique.




Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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