Le Fonds Routier au chevet de la gouvernance des Collectivités Territoriales Décentralisés à Bertoua
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 1 jour
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REGION DE L’EST
Alors que plus de 10 milliards de FCFA ont été injectés dans les routes communales de l'Est entre 2018 et 2026, l'Administrateur du Fonds routier, Aubin Essaïe Moussa, a réuni le 27 août 2026 à Bertoua les magistrats municipaux de quatre départements. L'enjeu : dompter les lourdeurs de la chaîne de dépense, sécuriser les crédits transférés et garantir l’efficience des décomptes dans un contexte de réorganisation institutionnelle poussée par le sommet de l'État.

À Bertoua, la capitale régionale du Soleil levant, l’argent de la route ne manque pas seulement de bitume ; il manque parfois de fluidité administrative dans sa maturation et son exécution. C’est le constat en filigrane qu’est venu dresser l’Administrateur du Fonds routier, Aubin Essaïe Moussa, le 27 août 2026, face à un parterre de Maires, de Secrétaires généraux de Communes, d'Ordonnateurs et de Responsables des services déconcentrés venus des départements du Lom-et-Djerem, de la Boumba-et-Ngoko, du Haut-Nyong et de la Kadey. Organisée dans le sillage d'une première session qui avait réuni une quarantaine d'édiles du Grand-Nord en janvier dernier, cette étape de l'Est ne relève pas d'une simple formalité de calendrier. Elle touche au cœur de la décentralisation routière, consacrée par le décret n° 2017/144 du 20 avril 2017 fixant la nomenclature routière national. En attribuant la maîtrise d’ouvrage exclusive des routes communales (classe C) aux magistrats municipaux, le Législateur a projeté les Maires au-devant de la scène, transformant les édiles locaux en gestionnaires de projets d'envergure, souvent sans qu'ils ne possèdent l'ingénierie financière ou procédurale requise.
L’artisanat administratif face aux exigences du guichet unique
Le diagnostic est connu des habitués du secteur des Bâtiments et Travaux Publics (BTP) : retards accumulés dans la validation des programmes, dossiers d'appels d'offres mal ficelés, lenteurs chroniques dans la constitution des décomptes, voire méconnaissance des pièces justificatives exigées pour le déclenchement des paiements. Résultat, des chantiers à l'arrêt, des entreprises exsangues et des pistes rurales rapidement avalées par la forêt équatoriale ou détruites par les pluies torrentielles. Pour sortir de ce cercle vicieux, le Fonds Routier du Cameroun a articulé la rencontre de Bertoua autour de quatre piliers méthodologiques capitaux : - l'explication des compétences transférées et des cahiers des charges ; - la méthodologie d’élaboration des programmes d'entretien ; - la passation et l'exécution rigoureuse des contrats ; et enfin, - le décryptage de la chaîne de traitement des décomptes et des règlements. En rappelant les exigences figurant dans le Guide technique de l'usager, l'organe payeur entend imposer une orthodoxie financière stricte. L'ambition est claire : éliminer les goulets d'étranglement administratifs en amont pour éviter les rejets de factures en aval. Car, dans l'architecture renouvelée par le décret n° 2025/293 du 10 juillet 2025 portant réorganisation du Fonds Routier sous la Très Haute Impulsion du Chef de l'État, Paul Biya, les critères de performance, d'audibilité et de traçabilité des ressources publiques sont désormais portés à un niveau de rigueur inégalé.

Un pacte financier de 10 milliards de FCFA à rentabiliser
Sur le terrain des chiffres, la région de l'Est n'a pourtant pas à rougir des allocations de la solidarité nationale. Entre 2018 et 2026, l'effort cumulé du Fonds Routier en faveur des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) de l'ensemble du Cameroun s’élève à 134 milliards de FCFA, dont 10,026 milliards de FCFA ont été directement affectés vers la seule région de l'Est. Cette manne financière a permis d'assurer la maintenance de 1 344,10 kilomètres de routes et la pose ou la réhabilitation de 252 mètres linéaires d'ouvrages d'art. La ventilation départementale sur la période 2018-2025 met en lumière les disparités et les priorités géographiques d'un massif régional vaste et enclavé : - Le Haut-Nyong se taille la part du lion avec 3,650 milliards de FCFA injectés au profit de 14 Communes (412,60 km entretenus et 106 m d'ouvrages d'art) ; - La Kadey suit avec 1,955 milliard de FCFA réparti entre 07 Communes (409,70 km de réseau et 12 m d'ouvrages) ; - Le Lom-et-Djerem a mobilisé 1,772 milliard de FCFA ventilé sur 08 Communes (133,60 km et 88 m d'ouvrages) ; - La Boumba-et-Ngoko ferme la marche avec 592 millions de FCFA alloués à 04 Communes (105 km de pistes et 10 m d'ouvrages).
L'exercice budgétaire 2026 en cours s'inscrit dans la continuité de ce volontarisme étatique. Au titre du programme d'entretien des routes communales et régionales, une enveloppe immédiate de 1,289 milliard de FCFA est mise à la disposition des Communes de l'Est pour intervenir sur 204,81 km de voies et 103 m d'ouvrages d'art. De son côté, le Conseil Régional de l'Est, dirigé avec une attention particulière pour le désenclavement intercommunal, perçoit une dotation directe de 430 millions de FCFA pour le traitement de 122,5 km. S’y ajoutent les guichets spécialisés de l'État : 1,586 milliard de FCFA transféré sous la tutelle du Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) pour l'entretien des voiries urbaines, et 420 millions de FCFA délégués par le Ministère des Transports pour les interventions ciblées de sécurité et de prévention routières.

De la théorie des amphithéâtres à l'épreuve des pistes de bois
Si le bilan comptable impressionne, la réalité des chemins de terre de la Kadey ou de la Boumba-et-Ngoko rappelle que l’efficacité financière ne se mesure pas à la somme des crédits délégués, mais à la pérennité du roulement des grumiers et des véhicules de transport de marchandises. En réunissant autour d’une même table le Président du Conseil régional, le Préfet du Lom-et-Djerem, le Maire de la Ville de Bertoua ainsi que l’ensemble des Magistrats municipaux, Aubin Essaïe Moussa a voulu créer un cadre de dialogue sans langue de bois. Les Maires, souvent confrontés aux exigences hétérogènes des entreprises adjudicataires et aux retards d'imputation budgétaire, ont pu exprimer leurs griefs. En retour, les experts du Fonds Routier ont rappelé les règles d'or d'un dossier bancable : programmation réaliste, suivi technique rigoureux sur le terrain, et transmission dans les délais des décomptes validés. À l'heure où le Cameroun accélère sa politique d'interconnexion des bassins de production agricole aux grands centres de consommation, l'Est ne peut plus se permettre le luxe des crédits engagés mais sous-consommés ou mal justifiés. L'atelier de Bertoua marque ainsi une étape décisive : celle du passage d'une gestion municipale guidée par le tâtonnement à un véritable management public de l'infrastructure routière. La balle est désormais dans le camp des édiles locaux, sommés de transformer ces séminaires de renforcement de capacités en kilomètres de routes praticables en toute saison.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions de décentralisation



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