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Le MINEPAT et la diplomatie de la résilience en trompe-l'œil, face à une économie sous le feu du Moyen-Orient


RAPPORT SUR L’ECONOMIE CAMEROUNAISE EN 2025

C’est sous les dorures du salon feutré de l’Hôtel Hilton de Yaoundé que le Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Alamine Ousmane Mey, entouré pour la circonstance d'un collège gouvernemental – son collègue des Finances, celui des Travaux Publics, le Ministre des Petites et Moyennes Entreprises et de l'Artisanat, et  la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, a dévoilé ce mardi 25 août 2026 la 4ᵉ édition du « Rapport sur l’économie camerounaise en 2025 ». Dans un document au parfum d'amertume technocratique rédigé par la Direction Générale de l’Économie et de la Programmation des Investissements Publics (DGEPIP), l'exécutif tente de transformer un solde mitigé et l'ombre menaçante du conflit Iran-USA-Israël en ode à la résilience nationale. Mais sous la rhétorique feutrée de la Stratégie Nationale de Développement (SND30), l'économie nationale s'essouffle à 3,5 % de croissance et vacille devant les secousses de la géopolitique mondiale.


On connaissait Yaoundé championne des grand-messes institutionnelles et du discours policé ; voici le Gouvernement passé maître dans l'art des calculs d’apothicaires sous les éclats théoriques de bombes au Moyen-Orient. Le grand monde de la politique économique camerounaise s'est retrouvé à l'Hôtel Hilton ce 25 août 2026 pour assister à l'exercice d'exhibition annuelle du MINEPAT. Autour d'Alamine Ousmane Mey, les visages des grands argentiers et des bâtisseurs de l'État affichaient cette assurance placide des grands jours, malgré un ciel diplomatique et financier lourd d'orages. Mais sous le vernis des formules sacramentelles « Paix – Travail – Patrie », la 4ᵉ édition du Rapport sur l’économie camerounaise en 2025 sonne comme un avertissement sans frais. Alors que la guerre déclenchée le 28 février 2026 entre l'Iran, les États-Unis et Israël fait flamber le baril de brut et grippe les conteneurs du commerce mondial, l'administration financière camerounaise vient présenter les comptes d'une année 2025 qui portait déjà en elle les germes d'une fragilité structurelle tenace.

Le piège des chiffres : la croissance au point mort de la SND30

Devant l'aréopage de diplomates, de bailleurs de fonds et de barons du secteur privé rassemblés dans la grande salle du Hilton, le Ministre Alimine Ousmane Mey a vanté un Produit Intérieur Brut (PIB) s’étant adjugé un 3,5 % en terme réel pour 2025. Une stabilité « résiliente » par rapport à 2024, portée par la vitalité du secteur non-pétrolier à +3,8 %. Une pirouette intellectuelle bien rodée qui peine pourtant à dissimuler l'essentiel : le Cameroun reste dramatiquement englué loin des trajectoires de la SND30, censée nous catapulter vers une croissance à deux chiffres et l'émergence tant promise à l'horizon 2030. Certes, le secteur tertiaire joue les locomotives de secours (+4,3 %), tiré à bout de bras par l'explosion des télécommunications, la frénésie du secteur bancaire et les flux du transport. Le secteur secondaire redresse timidement l'échine, secouru par la mise en service complète du Barrage de Nachtigal qui injecte enfin ses précieux mégawatts dans un réseau électrique longtemps convalescent. Mais le secteur primaire vacille, miné par les faiblesses structurelles d'une agriculture vivrière livrée aux aléas climatiques et aux promesses théoriques de la politique d'import-substitution. Sur le front de la cherté de la vie, le Gouvernement plastronne en annonçant une inflation ramenée à 3,4 %, contre 4,5 % en 2024. Mais quelle ménagère du marché Mokolo à Yaoundé ou du marché Mboppi à Douala peut décemment percevoir ce repli statistique dans son panier d'emplette ? La politique monétaire restrictive de la BEAC a asséché le crédit et les cours mondiaux des denrées se sont détendus, mais la vie chère continue de tordre le cou aux budgets des ménages urbains.

 

Finances publiques : la fuite en avant par l’endettement

Du côté du trésor public, la partition jouée en présence du Ministre des Finances est tout aussi grinçante. Malgré une hausse relative de la collecte des recettes fiscales et douanières internes, le déficit budgétaire global s'est dégradé à -2,1 % du PIB en 2025. Le gouvernement continue d'entretenir un train de vie au-dessus de ses capacités de production réelle, alourdissant un encours de dette publique devenu une véritable épée de Damoclès. Sur les marchés monétaires financiers régional et international, les notations de Standard & Poor's, Moody's et Fitch Ratings tanguent au gré des tensions de trésorerie. Les Soldes Engagés Non Décaissés (SEND’s) extérieurs continuent d'empiler des centaines de milliards de FCFA dormants sous forme de commissions d’engagement, illustrant jusqu'à l'absurde l'incurie dans la maturation et le suivi des projets d'investissements publics. Les ressources transférées aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) pour la décentralisation restent marginales, transformant l'autonomie des régions en mirage administratif. Parallèlement, le démantèlement tarifaire imposé par l'Accord de Partenariat Économique (APE) avec l'Union Européenne (UE) continue de creuser des moins-values fiscales colossales dans les caisses de l'État, sans contrepartie industrielle probante.

 

L’onde de choc iranienne : le MINEPAT face aux réalités géopolitiques

Le cœur du problème et l'attraction centrale de ce rapport résident sans conteste dans le Chapitre IV. Intitulé « L’économie camerounaise à l’épreuve du conflit au Moyen-Orient », cette section fait passer un vent glacé sur l'assistance réunie au Hilton. Les simulations de la Direction Générale de l’Économie et de la Programmation des Investissements Publics (DGEPIP) sont d'une froideur chirurgicale : la fermeture potentielle du détroit d'Ormuz et l'embrasement des prix des carburants représentent des canaux de transmission létaux pour une économie camerounaise excessivement extravertie. Si le conflit s'installe dans la durée, l'explosion du coût des subventions pétrolières viendra dévorer les marges de manœuvre budgétaires et siphonner le pouvoir d'achat déjà précaire des ménages urbains et ruraux. Les industries dépendantes des consommations énergétiques directes s'apprêtent à traverser une zone d'orages violents. Sur l'estrade, Alamine Ousmane Mey a appelé de ses vœux la transformation des « enseignements en décisions, des recommandations en réformes et des diagnostics en résultats concrets ». Une pétition de principe séduisante, mais qui résonne étrangement après des années de constats similaires déposés au fond des tiroirs ministériels.

Le bilan dressé ce 25 août est lucide malgré la langue de bois d'usage : après une décennie de slogans sur la transformation structurelle, le Cameroun de 2026 demeure terriblement vulnérable au moindre missile tiré dans le Golfe Persique. Le MINEPAT et ses collègues du gouvernement ont beau égrener la panoplie d'urgence : révisions budgétaires drastiques, rationnement des dépenses de fonctionnement, accélération forcée du Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH) et prières pour la clémence des guichets de la Facilité Élargie de Crédit (FEC) du FMI. Le constat est cruel mais lucide : dix ans après les premières incantations sur la transformation structurelle de notre économie, le Cameroun de 2026 tremble au moindre missile tiré dans le Golfe Persique. Le ministre de l’Économie et ses technocrates ont beau multiplier les grilles de lecture et les acronymes ronflants de la ZLECAF à la CSU, du B-Ready aux programmes FEC-MEDC, la réalité du terrain rattrape la fiction des bureaux climatisés. L'économie camerounaise ne manque pas de rapports d'experts ; elle manque tragiquement de l'audace politique nécessaire pour couper le cordon de sa dépendance aux chocs de l'extérieur.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions économiques


 
 
 

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