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Gaston Eloundou Essomba inaugure trois nouvelles infrastructures pour dompter la sécurité de l’approvisionnement

Dernière mise à jour : il y a 46 minutes


 SCDP

Dans une métropole économique habituée au supplice des goulots d’étranglement, l’inauguration simultanée par Gaston Eloundou Essomba de trois infrastructures clés de la SCDP marque une rupture stratégique décisive. Alors que le spectre d'une pénurie sèche hante le marché national depuis l'arrêt de la Sonara en 2019, la montée en puissance du dépôt de Bonabéri, le renforcement des pipelines du Wouri et l’érection d’un nouveau siège institutionnel dessinent les contours d’un État résolu à troquer la gestion au jour le jour contre l’exigence d'une souveraineté énergétique durable.


Il est des matins où Douala ne murmure pas seulement sous le poids suffocant de ses embouteillages ou de son humidité poisseuse : elle respire le soulagement discret des grandes décisions industrielles. le vendredi 21 août 2026, la capitale économique du Cameroun a été le théâtre d’un événement dont la portée dépasse très largement la pompe protocolaire habituelle. En procédant au coupage du ruban inaugural de trois infrastructures majeures de la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP), le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, n’a pas seulement meublé un agenda gouvernemental ; il a posé un acte de foi dans la résilience infrastructurelle de la Nation. Autour du membre du Gouvernement, le cénacle des grands jours s’était donné rendez-vous. Du Secrétaire Général de la Région du Littoral, Aboubakary Haman Tchouto représentant le Gouverneur, au Maire de la Ville de Douala, en passant par le Président du Conseil Régional, le Maire de la Commune d’Arrondissement de Douala 1er, les autorités administratives, traditionnelles et religieuses, sans oublier la Directrice Générale de la SCDP, Mme Véronique Manzoua épse Moampea Mbio, toute l'élite décisionnelle et le patronat pétrolier étaient réunis. Mais au-delà du cérémonial et de la présence remarquée des têtes couronnées de la distribution pétrolière, la véritable star de cette journée demeurait cette trinité d'ouvrages destinés à conjurer le sort logistique du pays.

Le choc de 2019 et l'impératif de l'anticipation

Pour bien comprendre la portée stratégique de cette journée, il faut accepter de regarder en arrière, là où le drame industriel a failli tourner au naufrage national. Depuis le tragique incendie qui a paralysé les unités de raffinage de la Société Nationale de Raffinage (SONARA) en mai 2019, le Cameroun vit sous perfusion d'importations massives de produits pétroliers finis. Une réalité crue, presque brutale : le pays ne transforme plus son brut sur son sol, il l'achète sur les marchés internationaux et le fait acheminer par tankers jusqu'aux rives du Wouri. Cette dépendance absolue aux flux maritimes a instantanément fait peser une pression démesurée sur les infrastructures portuaires de Douala et sur les capacités de stockage de la SCDP. Le moindre retard de navire, le moindre incident de dépotage ou la moindre saturation des bacs se traduisait immédiatement par des fils d’attente interminables devant les stations-services, menaçant de paralyser l'économie nationale. Face à ce risque systémique, la stratégie de l'État devait muer. Comme l’a martelé Gaston Eloundou Essomba lors de son allocution : « Ces investissements marquent une transition décisive : nous passons d'une gestion au fil de l'eau, vulnérable et réactive, à une démarche rigoureuse fondée sur l'anticipation, la résilience et la souveraineté énergétique. » Cette rupture conceptuelle trouve aujourd'hui sa traduction matérielle dans les trois ouvrages livrés à la communauté nationale.

 

La trinité de la résilience : Bonabéri, Bessengué et l'État-Major

Le premier pilier de ce redressement se dresse à Bonabéri. La mise en service d'une nouvelle sphère de stockage de Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL) d’une capacité de 1 000 tonnes métriques vient bouleverser la donne pour les ménages. En faisant passer les capacités de stockage de gaz de la SCDP de 2 500 à 3 500 tonnes métriques soit une hausse fulgurante de 40 %, cet ouvrage soulage durablement la chaîne d'approvisionnement. Mieux encore, la dynamique ne s'arrête pas là : une deuxième sphère de taille équivalente est en cours d’achèvement et une troisième est déjà annoncée. À terme, ce sont 5 500 tonnes métriques de gaz qui seront sécurisées à Bonabéri, éloignant définitivement la hantise de la bouteille de gaz introuvable au petit matin. Le second ouvrage, moins visible à l’œil nu mais tout aussi névralgique, s’enfonce dans les entrailles de la cité : un second pipeline long d’environ quatre kilomètres reliant les installations portuaires du Port Autonome de Douala au dépôt SCDP de Bessengué. Jusqu'ici, l'artère unique étouffait sous le volume des carburants à transférer. Grâce à ce doublement, les capacités mensuelles de réception grimpent en flèche, passant de 210 000 m³ à près de 345 000 m³. En clair, le port pourra désormais accueillir et déporter la cargaison d'environ 23 navires par mois, contre 14 auparavant. Ce tuyau de l'espoir permettra d'économiser plus de huit heures de temps de transfert par opération, réduisant par la même occasion les pénalités de surestaries coûteuses dues aux retards de déchargement des tankers. Enfin, le troisième joyau inauguré est le tout nouveau siège social de la SCDP. Flambant neuf, cet immeuble moderne offre au bras armé de l'État en matière de stockage un cadre de travail à la hauteur de ses ambitions stratégiques. Il symbolise la modernisation managériale d'une entreprise qui ne veut plus être un simple gestionnaire de bacs, mais le chef d'orchestre vigilant de la sécurité énergétique du Cameroun.

Cap sur 60 jours d'autonomie et le virage stratégique de Kribi

Ce coup d'accélérateur à Douala ne constitue pourtant que le premier chapitre d'un plan de maillage territorial bien plus vaste. Pour garantir la sécurité approvisionnelle des décennies à venir, le Gouvernement et la Direction Générale de la SCDP entendent pousser les limites du stockage de sécurité. L’objectif affiché par le Ministre Gaston Eloundou Essomba est clair : faire passer les réserves nationales de 30 à 60 jours d’autonomie garantie. Sur le terrain, le déploiement est déjà effectif. À Douala même, la construction de deux nouveaux réservoirs va injecter 13 000 m³ supplémentaires de capacité pour le supercarburant. Dans le Septentrion, Ngaoundéré verra ses capacités de gaz et de gasoil nettement renforcées. Plus au Centre-Est, à Bélabo, un nouveau réservoir de gasoil de 5 000 m³ entre en exploitation au cours de ce mois d’août 2026, bondissant la capacité locale de près de 92 %. Mais la véritable clef de voûte de cette architecture de souveraineté réside dans le futur terminal à hydrocarbures de Kribi. Conscient des limites physiques et du dragage permanent qu'exige le chenal de Douala, l'État fait de Kribi son projet prioritaire. À cet effet, le Ministre de l'Eau et de l'Énergie a formellement instruit la Direction Générale de la SCDP d'accélérer toutes les diligences techniques et financières afin d'engager sans délai la phase de réalisation effective de ce terminal en eau profonde. En quittant les berges du Wouri ce vendredi, les acteurs du secteur pétrolier avaient le sentiment partagé qu'une page venait de tourner. Sous la férule d'une vision gouvernementale réaffirmée et d'un exécuteur opérationnel déterminé, le Cameroun démontre qu'il sait transformer une crise majeure celle de la SONARA en un levier d'accélération infrastructurelle. Bâtir une chaîne logistique toujours plus sûre, plus moderne et plus résiliente n'est plus un vœu pieux, mais un chantier en marche.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions pétrolières

 
 
 

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