Entre l'offensive américaine de Murphy Oil et le vertige financier de la SNH à l'heure des comptes
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 6 jours
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EXPLORATION PETROLIERE ET GAZIERE
Au sortir de deux journées de négociations marathon tenues à Yaoundé, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) a paraphé un procès-verbal décisif avec le Major Américain Murphy Oil Corporation pour l'exploration de quatre blocs pétroliers. Portée par Nathalie Moudiki pour le compte du bras armé de l’État, cette avancée ouvre la voie à la finalisation de Contrats de Partage de Production d'ici deux mois. Mais derrière l'annonce victorieuse de cette nouvelle offensive amont, les états financiers de la SNH arrêtés à fin 2025 dévoilent un paradoxe béant : une activité opérationnelle en perte de 12,47 milliards de FCFA, sauvée uniquement par la magie de ses placements financiers.

À Yaoundé, l’air des hauts plateaux n’adoucit en rien la dureté des chiffres, ni la solennité des négociations contractuelles. Durant quarante-huit heures, les 20 et 21 août 2026, l'immeuble-siège de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) s'est transformé en théâtre d'un ballet diplomatique et financier de haut vol. Table de négociation tirée au cordeau, dossiers denses étalés sous la lumière tamisée des salons de réception : l'enjeu n'était rien de moins que l'avenir amont du domaine minier national. Au centre du dispositif, Nathalie Moudiki, Conseiller N°2 et Vice-présidente de la Commission Permanente de Négociation des Contrats Pétroliers et Gaziers (CPNCPG), agissant par délégation du tout-puissant Administrateur-Directeur Général, Adolphe Moudiki dont elle est l’épouse. Face à elle, Simon Payne, Vice-Président du géant américain Murphy Oil Corporation, venu sceller l'engagement d'un major d'outre-Atlantique dans le golfe de Guinée. L’aboutissement de ces deux journées intenses a été marqué par la signature d’un procès-verbal consacrant un accord sur les grands axes de l'exploration de quatre blocs pétroliers et gaziers majeurs. Ces conclusions constituent désormais l’ossature irréversible des Contrats de Partage de Production (CPP), dont le paraphe définitif entre l’État du Cameroun et Murphy West Africa Limited est attendu sous soixante jours.
L’attractivité retrouvée du sous-sol camerounais
Cette signature ne sort pas d’un néant improvisé. Elle parachève le vaste avis à manifestation d’intérêt international impulsé par la SNH en août 2025, qui remettait sur le tapis neuf blocs libres logés dans les sous-bassins prolifiques du Rio del Rey et de Douala-Kribi-Campo. Une dynamique d'attractivité qui avait déjà enregistré un premier succès retentissant le 14 août dernier avec la signature du CPP relatif au bloc de Bolongo avec le britannique Octavia Energy. Pour Murphy Oil, cette manœuvre camerounaise n'est pas une simple diversification sur carte d'état-major. Dans sa récente lettre trimestrielle adressée aux actionnaires à l'issue du deuxième trimestre 2026, la firme basée au Texas n'a pas caché ses ambitions : le rouleau compresseur technique est prêt à être lancé dès le dernier trimestre 2026. Au menu des engagements souscrits par l’américain : - Un programme de travaux intensif incluant l’acquisition sismique de nouvelle génération et des forages exploratoires en eaux profondes et peu profondes. - Une enveloppe financière ferme garantissant la couverture des opérations sans grever le trésor public. - Un volet contenu local et formation de pointe, imposant un transfert de compétences réel au profit des cadres et ingénieurs nationaux. Déjà fort d’une découverte d’envergure au large de la Côte d’Ivoire, pays qui ambitionne d'atteindre 500 000 barils par jour à l'horizon 2035, le géant américain réaffirme sa foi dans le potentiel du golfe de Guinée. Pour le Cameroun, l'enjeu est vital : enrayer le déclin naturel de ses champs historiques et renouveler des réserves nationales sous pression.

Le gouffre sous les fleurs : la fracture financière de la SNH
Pourtant, à l’ombre de ces triomphes diplomatiques et des clichés d'usage immortalisant les poignées de main patronales, un nuage lourd flotte sur l'avenue de l'Indépendance. Si l'amont pétrolier continue de faire briller la vitrine, la réalité comptable de la SNH, elle, affiche des fêlures qui frisent le vertige. L'examen minutieux des états financiers de l'entreprise publique, clos au 31 décembre 2025, révèle une pathologie structurelle que les communiqués officiels peinent à dissimuler. Le bénéfice net annuel de la compagnie s'est effondré de 41 %, dégringolant de 34,05 milliards de FCFA à 19,98 milliards en l'espace de douze mois. Plus grave encore : le cœur de métier de la SNH détruit désormais de la valeur. L’exploitation directe de la société accuse un déficit abyssal de minus 12,47 milliards de FCFA. En clair, l'extraction, la commerciale et les opérations pétrolières courantes coûtent plus cher à l'entreprise qu'elles ne lui rapportent.
Mathieu Nathanaêl NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions économiques
Indicateur Financier SNH | Exercice 2024 | Exercice 2025 | Variation (%) |
Résultat Net | 34,05 milliards FCFA | 19,98 milliards FCFA | - 41,3 % |
Résultat d'Exploitation | Non communiqué | - 12,47 milliards FCFA | Zone rouge |
Revenus Gestion Portefeuille | ~5,22 milliards FCFA | 5,545 milliards FCFA | + 6,1 % |
Charges de Personnel | ~11,50 milliards FCFA | 12,41 milliards FCFA | + 7,9 % |
Résultat Financier | 57,73 milliards FCFA | 43,88 milliards FCFA | - 24,0 % |
Pénalités Fiscales Subies | 13,2 millions FCFA | 1,32 milliard FCFA | + 9 900 % |



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