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Le grand rêve du financement local que porte le Forum Africain du Droit des Ressources Naturelles

SECTEUR MINIER AFRICAIN

Du 24 au 26 juin 2026, Douala abrite la 2e édition du Forum Africain du Droit des Ressources Naturelles. Entre frilosité des banques locales, mirage des capitaux étrangers et secrets juridiques du précieux « titre minier », l’Institut des Matières Premières jette un pavé dans la mare.



C’est le secret le mieux gardé des salons feutrés de la haute finance d'Afrique centrale. D’un côté, des sous-sols qui regorgent de richesses à faire pâlir d’envie le reste de la planète ; de l’autre, des coffres-forts bancaires nationaux désespérément verrouillés à double tour dès qu’on prononce le mot « mine ». Au Cameroun, comme chez la plupart de ses voisins, l'histoire est un éternel recommencement : nos opérateurs miniers plient bagage, direction l'international, pour mendier les milliards nécessaires au moindre coup de pioche. Les banques locales, elles, préfèrent visiblement le confort douillet des crédits de court terme aux risques des chantiers extractifs. Mais ce désintéressement affiché est-il une fatalité ou un monumental aveu d'ignorance ? C’est précisément pour briser ce statu quo et secouer le cocotier financier que l’Institut des Matières Premières (IMP) organise, du 24 au 26 juin 2026 dans la capitale économique camerounaise, à Douala, la deuxième édition du Forum Africain du Droit des Ressources Naturelles (fadRN). Le thème de cette année sonne comme une sommation : « Garanties et instruments de financement des opérations minières ? ». Un sujet brûlant, à la lisière du droit, du bluff politique et de la haute voltige financière.

Qu’est-ce qu’une opération minière au sens de notre législation ? Le Code Minier Camerounais en vigueur ne s’embarrasse pas de fioritures : il s’agit de l’activité de l’artisanat minier, de l’exploitation artisanale semi-mécanisée, de la reconnaissance, de la recherche, de l’exploitation, du traitement ou du transport de substances minérales (hors hydrocarbures et eaux de surface). Bref, une aventure industrielle d’une lourdeur financière herculéenne et hautement risquée. Pourtant, la clé de voûte de toute cette architecture tient sur un bout de papier administratif : le titre minier. Qu'il s'agisse d'une simple autorisation ou d'un permis en bonne et due forme, l’article 3 du Code Minier le définit comme « l’acte administratif délivré par l’autorité compétente à une personne physique ou morale aux fins d’exercer des activités minières sur une parcelle du territoire national ». C'est l’expression suprême de la souveraineté de l’État sur ses ressources. Mais alors, si ce document vaut de l'or, pourquoi les banques de la place le regardent-elles avec le dédain d'un aristocrate devant un faux billet ? Tout est une question de droit. Le titre minier confère des droits et des obligations, mais peut-il servir de monnaie d'échange ? Peut-il jouer ce double rôle crucial de garantie et d’instrument de financement ? C'est le grand mystère juridique que les experts de l'IMP promettent de disséquer à Douala.



Trois jours pour désamorcer la frilosité locale

Pendant trois jours, la place financière de Douala va donc se muer en un tribunal de la raison économique. L’objectif de l'IMP est limpide : amener les milieux financiers locaux à mordre enfin à l'hameçon du secteur minier. Alors que des projets pharaoniques se multiplient sur le continent, continuer à ignorer les mécanismes de constitution des titres miniers en garantie relève de l'hérésie économique. Les participants – qui iront des avocats aux magistrats, en passant par les notaires, les juristes d'entreprises, les cadres des administrations publiques et les opérateurs privés – devront plancher sur sept axes névralgiques : - La typologie des titres miniers et leurs besoins de financement ; - L'identification chirurgicale des titres susceptibles d'être affectés en garantie et ceux qui en sont légalement exclus ; - La constitution concrète de ces garanties ; - Le développement d’un véritable marché national de titres miniers ; - Le tissage de partenariats solides entre banquiers locaux et miniers. Il s'agit, pour le dire trivialement, d’apprendre à nos banquiers à ne plus avoir peur du noir des galeries minières, et à nos miniers à présenter des dossiers qui ne font pas fuir les comités de crédit.

Derrière cette grand-messe se cache l’Institut des Matières Premières (IMP), une structure dont le slogan, « Toujours élargir ses horizons », résonne comme un défi lancé à la léthargie ambiante. Spécialisé dans la formation de haut niveau, le conseil et l'expertise, l'IMP s'est donné pour mission de façonner l'élite africaine capable de dicter ses propres règles dans le grand jeu mondial du cacao, du café, du pétrole, du bois, et bien sûr, des mines. Pour ce forum, l'institut ne parachute pas de doux rêveurs, mais des praticiens-théoriciens de haut vol. Les résultats attendus à la fin des travaux sont d'ailleurs palpables : - doter les juristes d'une expertise pointue en montage de garanties, - offrir une bouffée d'air frais aux opérateurs miniers étouffés par le manque de capitaux, et - surtout, ouvrir les yeux du secteur bancaire national sur de nouvelles perspectives de profits légitimes. À l'heure où l'Afrique réclame sa souveraineté économique, le Forum de Douala s'annonce comme le lieu où le droit va enfin donner des muscles à la finance locale. À moins que les banquiers de la zone ne préfèrent rester spectateurs du pillage légal de nos sous-sols par les multinationales étrangères. Les cartes sont sur la table, le rendez-vous est pris pour le 24 juin. Au Canard Libéré 237, nous observerons qui osera enfin franchir le pas.




Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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