Le Ministre René Sadi pédale dans le vide sur l’affaire des vrais-faux décrets présidentiels
- Mathieu Nathanael NJOG

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COMMUNICATION GOUVERNEMENTALE
Il aura fallu près de deux semaines. Quatorze longs jours de silences pesants, de rumeurs vrombissantes, de nuits d’insomnie dans les salons feutrés de Yaoundé et de supputations fiévreuses dans les chaumières. Quatorze jours pour que le Ministère de la Communication, d’ordinaire si prompt à brandir le glaive de la version officielle, daigne enfin commettre un texte. Un communiqué. Que dis-je ? Un monument de vacuité sémantique, une pièce d’orfèvrerie dans l’art de parler pour ne rien dire, une logorrhée laconique qui brille autant par ce qu'elle feint de révéler que par ce qu'elle s'évertue à cacher.

À l’observation de cette sortie tardive, intervenue in extremis alors que l’opinion publique avait déjà digéré, disséqué et presque classé l’affaire des « vrais-faux décrets » présidentiels portant nomination d’un Vice-Président, une question s'impose d'emblée : à quoi sert encore la parole gouvernementale si elle n'a pour seule ambition que de constater son propre retard ? Le Ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi nous revient donc avec un texte dont la teneur laisse pantois. On y apprend, ô surprise, qu’au mois de juin 2026, « un individu » s’est rendu à la CRTV avec un pli fermé contenant un prétendu décret. Un individu. Pas de nom, pas de visage, pas d'ancrage systémique. Juste un fantôme qui traverse les mailles de la sécurité de la télévision d'État, dépose une bombe institutionnelle, et s'en va. Le communiqué ministériel se perd ensuite dans un cours magistral de droit administratif de niveau Licence 1, rappelant à des Camerounais médusés que la publication des actes officiels obéit à « des procédures strictes et réglementées ». Merci pour la leçon, Monsieur le Ministre. Mais l’opinion publique n'attendait pas un cours de droit sur l'opposabilité des tiers ; elle attendait des réponses. Elle attendait de comprendre comment, au sommet de l'État, la mécanique a pu s'enrayer au point qu'un faux décret, revêtu « des sceaux officiels de la Présidence », ait pu atterrir sur la table des programmateurs du journal télévisé.
Les omissions manifestes et l'ingratitude de la République
En réalité, ce texte ne répond à aucune des préoccupations légitimes du peuple. Il élude tout. Il survole le brasier en feignant d’ignorer que la République a frôlé le précipice. Le plus dramatique dans cette mise au point tardive réside dans ses omissions volontaires. Depuis deux semaines, les réseaux sociaux et certaines officines médiatiques s'en donnent à cœur joie, distillant des thèses de complot de palais, qualifiant l'événement de « coup d'État manqué » orchestré par la Première Dame, Chantal Biya, et le Directeur adjoint du Cabinet Civil, Oswalde Baboke. Une cabale d'une violence inouïe, visant à décapiter politiquement un collaborateur immédiat du Chef de l'État. Pourtant, sous la plume du porte-parole du gouvernement, pas un mot. Pas une ligne pour restaurer l'honneur bafoué d'Oswalde Baboke, livré aux chiens de la blogosphère et des officines de déstabilisation. Si cette affaire est, comme le prétend le Ministre, l'œuvre isolée d'un illuminé anonyme qui « ne figure nulle part dans les effectifs de la Présidence », pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas formellement et vigoureusement démenti l’implication du Directeur adjoint du Cabinet Civil ? Ce silence n'est pas seulement un aveu de faiblesse ; c'est une faute politique qui laisse prospérer le poison du soupçon. Mais qu'à cela ne tienne, le communiqué préfère réécrire l'histoire immédiate en attribuant le salut de la nation à une entité abstraite : « la vigilance des responsables de la CRTV ». Quelle pudeur de gazelle !

Pourquoi taire les noms de ceux qui, au péril de leur carrière et peut-être de leur liberté, ont refusé de prêter le flanc à l’imposture ? Rendons à César ce qui appartient à la bravoure, et à la vérité historique ce que le laconisme gouvernemental tente de noyer. Si le Cameroun a échappé à ce que l'on peut qualifier de coup d'État institutionnel, c'est grâce à l'instinct journalistique et au courage de Aimé Robert Bihina. C'est lui qui, face au « non-lu » de ce document incendiaire, a flairé le piège, mesuré la gravité de l'acte et refusé de céder à l'urgence de l'exclusivité. Et que dire de la subtilité manœuvrière de Charles Ndongo ? Le Directeur Général de la CRTV a su faire valoir son expérience des arcanes du pouvoir pour bloquer la machine infernale. En choisissant de ne pas diffuser ce pli de manière in extremis, ces deux hommes ont préservé l’ordre constitutionnel. Car il faut mesurer le risque encouru : en cas d’échec de leur discernement, ou si la vérité avait été autre, une sentence politique arbitraire les attendait au tournant. Ils auraient été immédiatement cloués au pilori, frappés d’une accusation péremptoire de complicité de haute trahison ou de tentative de déstabilisation des institutions. La République, prompte à châtier, se montre ici d'une ingratitude crasse en refusant de nommer ses sauveteurs du jour, préférant noyer leur courage dans l'anonymat d'une « vigilance des responsables ».
Une sortie qui sonne creux
Le communiqué se conclut par une invite compassée aux concitoyens « à un peu plus de vigilance et de discernement ». Quelle ironie ! C’est le gouvernement qui, par son mutisme de quinze jours, a entretenu le flou, nourri les fantasmes et laissé l’opinion publique basculer dans le discernement alternatif des réseaux sociaux. Arriver après la bataille, l'armure froissée et le verbe lourd, pour nous dire que « l'enquête est en cours » et que le coupable est « entre les mains des autorités compétentes », c'est administrer la preuve par neuf que la communication de crise au Cameroun reste bloquée à l'ère pré-numérique. Ce communiqué n'éclaire rien ; il obscurcit le débat. Il ne rassure personne ; il inquiète sur la capacité du système à se défendre autrement que par le déni et le silence. Face au faux-vrai décret, le gouvernement a pondu un vrai-faux démenti : officiel dans la forme, mais désespérément vide dans le fond. La République mérite mieux que des notes de lecture tardives sur des coups d'État rampants.
Mathieu Nathanaël NJOG



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