Le PM Chief Joseph Dion Ngute lance un cri du cœur et un appel au cessez-le-feu après dix ans de conflit
BAMENDA
En visite de travail de 48 heures dans le chef-lieu de la région du Nord-Ouest, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a remis le dialogue communautaire au centre de l’échiquier politique. Entre ferveur populaire à Mankon, reddition symbolique de dizaines de combattants et détonation d'un engin explosif artisanal au départ de son cortège, le Chef du gouvernement insuffle une diplomatie de la proximité tout en posant une question axiale à la conscience collective : dix ans de crise, est-ce que ce n'est pas enfin assez ?

Il faut l’avoir vu esquisser ces quelques pas de danse au Palais de Mankon, les bras levés vers le ciel, revêtu du Toghu traditionnel d'apparat offert par le Fon Fru Asaah Angwafo IV, pour mesurer la portée symbolique du voyage. Dans un Nord-Ouest meurtri par une décennie d'affrontements fratricides, l'image n'a rien d'une simple parade protocolaire : elle traduit l'affirmation d'un style. Joseph Dion Ngute, anglophone, fils du Sud-Ouest et missi dominicus du président Paul Biya, refuse de réduire la paix à une incantation formulée depuis les ors de l'Immeuble Étoile à Yaoundé. Pour le Chef du gouvernement, la réconciliation nationale s’incarne sur le terrain, se partage au milieu des populations, s'écoute et se danse. Pourtant, sous l'apparente effervescence festive qui a gagné le Palais des congrès de Bamenda ce 15 octobre 2026, la gravité des enjeux rattrape à chaque instant le calendrier politique. Arrivé la veille après des étapes remarquées à Matazem et Santa, le Premier ministre est venu porter une stratégie renouvelée de dialogue communautaire, dans le sillage direct du rassemblement tenu à Buea le 28 septembre dernier.
Le pari de la proximité et du concret
La méthode Dion Ngute repose sur un équilibre subtil : associer l'offensive de développement territorial à la remobilisation des figures de confiance locales. Au Palais des congrès, la tribune officielle réunissait ainsi une poignée d'élites régionales de premier plan, à l'instar de Philemon Yang, du Pr Fuh Calistus, de Tutu Muna ou encore de Rose Mbah Acha. Prenant la parole, la Ministre déléguée à la Présidence chargée du Contrôle Supérieur de l'État a rappelé que la quête de sérénité s'appuyait déjà sur des Comités locaux d'initiative citoyenne à l'instar des Momo Women for Peace, tout en mettant en avant le désenclavement routier et l'électrification rurale de Njikwa ou Ngie. Car sur le terrain des infrastructures, l'État entend imprimer sa marque. Au-delà de l'inauguration du nouveau siège régional de la Douane ou de l'inspection du chantier de l'Hôpital de District de Mankon et du marché de Bamenda I, c'est le chantier du bâtiment administratif et de la résidence de l'Assemblée régionale du Nord-Ouest, à Up Station, qui capte l'attention. Sous la conduite du Pr Fru Angwafo III, la décentralisation cherche son ancrage physique pour redonner corps aux institutions locales. Sur le plan humain, la séquence la plus marquante de la matinée est survenue lors de la présentation officielle de plus de 30 anciens combattants séparatistes issus du département de la Mezam et des zones environnantes. Désarmés et pris en charge par le Centre de désarmement, démobilisation et réintégration (DDRC), ces jeunes ont déposé les armes avant de recevoir des garanties d'accompagnement financier pour leur réinsertion civile. Un signal fort, même si le chemin vers la pacification totale reste parsemé d'embûches.

« Dix ans, n'est-ce pas suffisant ? »
Le moment charnière de ce déplacement demeure le cri du cœur lancé par le Premier Ministre devant les Ch3efs traditionnels, les guides religieux, les représentantes des mouvements de femmes et les délégués de la société civile. Face à une assistance suspendue à ses lèvres, Joseph Dion Ngute a posé une question au ton empreint de lassitude et d'urgence : « Dix ans, n'est-ce pas suffisant ? » Une interrogation clinique qui résume l'exaspération générale face au piège de la violence aveugle. Car la réalité sécuritaire n'a pas tardé à rappeler la fragilité de la situation. Alors que le cortège du Premier Ministre s'apprêtait à quitter le Chef-lieu du Nord-Ouest en direction de l'aéroport pour regagner Yaoundé, une forte détonation a retenti à proximité de Sonac Street et City Chemist, non loin de Devil Street. L'explosion d'un engin piégé (IED), attribuable aux factions armées réfractaires au dialogue, a pulvérisé les vitrines de quelques commerces de proximité. Si l'incident n'a déploré aucune victime humaine, il illustre le dilemme tragique auquel se heurtent les initiatives de paix : d'un côté, une volonté gouvernementale d'ouvrir les portes du dialogue tout en finançant la reconstruction ; de l'autre, la persistance de poches de radicalisation isolées, en perte de vitesse mais encore capables de nuire.
Le crash-test des résultats
Pour les observateurs de la scène sociopolitique camerounaise, cette visite de 48 heures marque un tournant dans la gestion de la crise du NOSO. Mais la sincérité des gestes et la chaleur des poignées de main ne sauraient faire oublier le tribunal des faits. Au-delà des discours d'apaisement, les populations de Bamenda et de la région attendent des garanties intangibles : la libre circulation des biens et des personnes, la réouverture définitive de toutes les écoles, la relance du tissu économique rural et la consolidation de la confiance avec les forces de défense. En pariant sur le dialogue communautaire direct et la responsabilisation des acteurs locaux, Joseph Dion Ngute prend un engagement politique majeur. La clé du succès ne résidera pas dans l'éclat des cérémonies officielles, mais bien dans la capacité du gouvernement à transformer les promesses de Bamenda en une tranquillité retrouvée au quotidien pour chaque citoyen.
André Som N. envoyé spécial à Bamenda



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