La rituelle illusion de la circulaire présidentielle accuse un retard abyssal de 109 jours
Dernière mise à jour : il y a 4 heures
BUDGET 2027
En signant la circulaire fixant les orientations de préparation du budget de l’État pour 2027, le chef de l’État accomplit un rituel institutionnel désormais rodé. Mais sous le vernis des grandes intentions, le texte trahit un décalage criant avec le calendrier légal et la réalité économique du Cameroun. Analyse d’un document d’orientation à bout de souffle, empêtré dans la langue de bois et l’impasse de l’endettement.

Chaque année, la mécanique institutionnelle reproduit la même fiction. Le 12 octobre 2026, la Présidence de la République a rendu publique la Circulaire d’Orientation Budgétaire pour l’exercice 2027. S'il arbore une solennité d'usage, le texte accuse un retard flagrant de 109 jours sur les prescriptions réglementaires fait remarquer Louis Marie Kakdeu, économiste et Vice-président du SDF. L’article 28 du décret du 31 mai 2019 fixant le calendrier budgétaire dispose pourtant clairement que cette circulaire doit être publiée au plus tard le 25 juin. Cette échéance répond à une exigence pragmatique : elle doit nourrir le Débat d’orientation budgétaire (DOB) à l’Assemblée nationale avant les arbitrages estivaux. Si entre 2016 et 2021 le calendrier restait à peu près respecté, le glissement s’est progressivement aggravé, culminant avec les retards enregistrés pour les budgets 2025 et désormais 2027. Le problème dépasse la simple négligence administrative. Publier des orientations en octobre, alors que le projet de loi de finances doit arriver sur le bureau des parlementaires début novembre, relève du contre-sens. Comment l’administration peut-elle restructurer en quinze jours les travaux entamés depuis le mois de juin ? En réalité, le texte présidentiel intervient alors que les jeux sont déjà faits. Il ne guide pas la préparation du budget : il vient postérieurement tenter de la légitimer.
La SND30 : une formule magique sans déclinaison budgétaire
Le rituel s'accompagne d'un vocabulaire bien rodé. Le texte réaffirme que le budget 2027 s’inscrit dans le prolongement de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Mais l'invocation répétée tient davantage de l'incantation que de la planification rigoureuse. Pour qu’une stratégie nationale s’incarne dans un budget, elle doit se traduire par des lignes de crédits identifiables, des indicateurs d'impact, des échéanciers de décaissement et des responsabilités claires. Or, la circulaire continue de réclamer que les programmes budgétaires soient arrimés aux Cadres Stratégiques de Performance. Exiger cet alignement à trois ans seulement de l'échéance de la SND30 constitue l'aveu implicite d'un échec : la stratégie de développement reste un document de référence formel, fréquemment cité dans la rhétorique officielle, mais déconnecté des arbitrages financiers réels. Cette carence opérationnelle se double d'une rhétorique convenue. Les directives accumulent les verbes d'action : « renforcer », « poursuivre », « accélérer », « consolider » sans jamais les adosser à des objectifs chiffrés. Combien de kilomètres de routes seront effectivement bitumés en 2027 ? Quelle capacité énergétique supplémentaire sera injectée dans le réseau ? Quelle est la part exacte réservée aux PME locales dans la commande publique ? La circulaire reste muette sur ces indicateurs de performance.

L'étau de la dette face au mirage des investissements
Sur le plan macroéconomique, les projections affichées, une croissance de 3,6 %, une inflation contenue à 3,2 % et un déficit budgétaire à 2,7 % du PIB, peinent à masquer les tensions structurelles des finances publiques. L’engagement d'affecter « au moins 30 % » du budget général aux dépenses d’investissement se heurte à la réalité de la contrainte financière. En effet, le traitement de la dette publique asphyxie les marges de manœuvre de l’État. Entre la résorption des arriérés intérieurs, le remboursement de la dette flottante et l'apurement des restes à payer, le service de la dette pourrait avoisiner 3 000 milliards de FCFA en 2027. Face au ralentissement des recettes pétrolières et à l’étroitesse de la base fiscale, la priorité absolue du gouvernement demeure le service de la dette extérieure afin d'éviter le défaut de paiement. Dans ces conditions, la promesse des 30 % consacrés à l'investissement risque fort d'être amputée par des arbitrages d'urgence. Par ailleurs, le document fait l'impasse sur le contexte électoral de l'année 2027, une échéance politique majeure qui influe pourtant inévitablement sur la collecte des recettes et l'orientation des dépenses publiques.
Sortir de la dépendance à l'emprunt : l'urgence des capitaux propres
Le principal angle mort de la circulaire réside dans son attachement exclusif à la logique d'endettement. L’accent mis sur les emprunts concessionnels, la dette souveraine et les émissions de titres montre un modèle à bout de souffle. L'endettement systématique alourdit le service futur du budget et expose l'économie nationale aux fluctuations des taux d'intérêt et des devises. Pour financer durablement ses grandes infrastructures, le Cameroun doit opérer un changement de paradigme et attirer des capitaux propres. Cela implique d'ouvrir le capital des grands projets énergétiques ou routiers aux investisseurs institutionnels, de développer les fonds d'infrastructure et de mobiliser efficacement l'épargne de la diaspora. Il devient également impératif d'orienter l'abondante liquidité du secteur informel vers le circuit financier formel, notamment par la modernisation des mécanismes de paiement électronique et la création de fonds souverains adossés aux ressources extractives. L'argent nécessaire au développement est en grande partie disponible sur le territoire national ; il manque un cadre institutionnel incitatif et transparent pour l'investir utilement. Sans cette mutation structurelle, la circulaire pour 2027 restera, comme les précédentes, une déclaration d'intentions déconnectée des contraintes réelles du pays. Le développement économique du Cameroun exige désormais des mécanismes de financement soutenables plutôt que la simple reconduction de formules administratives.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions Economiques



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